Cette famille de surfers parcourt les mers pour lutter contre la pollution

À l’heure où la pollution s’immisce de plus en plus dans les paysages naturels, c’est souvent dans les mers et les océans, qui représentent 71% de la surface du globe, que les résidus de l’activité humaine finissent leur route en toute discrétion. C’est en observant de leurs propres yeux cette infâme pollution galopante que ce couple de « windsurfers » professionnels, accompagné de leurs deux filles, parcourt les mers afin de sensibiliser les plus jeunes aux enjeux environnementaux.

Carine Camboulives et Emmanuel Bouvet sont deux français expatriés depuis plus de vingt ans sur l’île de Maui, à Hawaii. Partis initialement pour un simple stage de fin d’études, ce voyage va se muer en véritable projet de vie. Le contact de l’océan sera une véritable révélation pour le jeune couple, qui décide de s’installer sur l’île. Là, ils ont eu la chance de pouvoir tous les deux acquérir le statut d’athlètes professionnels dans le domaine du « windsurf », incluant la planche à voile et le kitesurfing.

Amenés à surfer sur tous les océans pour leur carrière sportive, Carine et Emmanuel n’ont pu qu’observer le drame environnemental qui se déroulait sous leurs yeux. En effet, au fil des années, ils ont eu non seulement l’occasion d’observer les plages et les eaux dévastées par la pollution, mais également de rencontrer les populations directement touchées par ce fléau, auxquels s’ajoutent aujourd’hui les problèmes du réchauffement climatique et de la montée des eaux.

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Désormais accompagnés de leurs deux filles, Lou, 10 ans et Shadé, 4 ans, Carine et Emmanuel n’ont pas pour autant abandonné leur folle épopée sur les eaux. Ils ont récemment entrepris un long travail documentaire indépendant, fruit de plusieurs années de rencontres, d’observations et de découvertes. Ainsi, lors de leurs nombreux déplacements, ils interviennent dans les écoles, auprès des jeunes enfants, afin de les sensibiliser à la cause environnementale, toujours d’une façon positive, en montrant la beauté infinie d’une nature majestueuse, mais fragile.

Après une première rencontre l’année dernière autour de la sortie du documentaire Pas de cadeaux pour Christmas Island, nous avons revu Emmanuel afin qu’il nous parle plus avant de son projet de sensibilisation, dans une interview menée par notre équipe.

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MR.M : Loin du confort de la vie citadine, quel est votre plus grand motivant pour mener à bien votre mission aujourd’hui ?

Emmanuel B : Keyserling a dit « Le plus court chemin vers soi-même mène d’abord autour du monde« . Aujourd’hui, nous nous sentons très privilégiés de vivre ces expériences en famille. Tout ce que nous vivons et apprenons au cours de ces voyages n’a vraiment de valeur que si nous le partageons. C’est cela qui nous motive le plus aujourd’hui : partager ces expériences, et sensibiliser sur les problèmes environnementaux en montrant à quel point la nature est belle, mais en danger. À travers nos enfants, nous allons vers d’autres enfants : lors des visites que nous faisons là où nous passons, nous adoptons un message positif pour évoquer une situation tragique afin de montrer à chaque enfant qu’il a le pouvoir de changer les choses. Ce sont ces échanges qui nous motivent aujourd’hui à repartir.

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MR.M : Avez-vous un souvenir en particulier vous ayant marqué toutes ces années ?

Emmanuel B : Il y a eu beaucoup de moments forts en 20 ans de voyage. Des moments magiques, et des galères aussi. Mais au bout du compte, ce sont les rencontres humaines qui marquent le plus. Il y a 5 ans, nous sommes partis à la rencontre d’une tribu nomade de Papouasie de l’ouest qui n’a aucun contact avec le monde extérieur. Elle avait été repérée par les chercheurs d’or qui sont les seuls à s’enfoncer aussi profond dans la jungle. Ensuite, un ethnologue avait été à leur rencontre, mais la tribu ne souhaitait pas rencontrer « d’homme moderne”, sauf s’il s’agissait d’une famille avec des enfants. Nous les avons donc trouvés après 3 jours de voyage depuis Bali. Ces hommes et femmes dégageaient une énergie indescriptible que nous n’oublierons jamais.

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MR.M : Sur vos photographies, on peut souvent voir des traces de pollution. Quel constat tirez-vous de l’état des océans ?

Emmanuel B : À parcourir les plages du monde et à surfer les vagues de tous les océans, leur détérioration nous est apparue flagrante. Il est vite devenu impossible de prendre le même plaisir dans l’eau alors que chaque plage ou presque est un cri d’alarme de l’océan. Leur pronostic vital est engagé à plusieurs niveaux. D’abord, il y a la pollution par les plastiques qui a pris des proportions délirantes. Ce que l’on appelle les ”gyres de plastique”, à savoir les immenses tourbillons d’eau créés par les vents et courants marins qui regroupent les déchets plastiques flottants dans les océans, atteignent aujourd’hui une superficie équivalent à 24 fois la France !

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Lors de notre dernière expédition avec la Race for Water Odyssey à l’Île de Paques, il suffisait de laisser tremper un petit filet quelques secondes a l’arrière du bateau pour que s’amasse une quantité effrayante de micro-plastiques. C’est toute la chaîne alimentaire qui se retrouve contaminée. Ensuite, il y a la sur-pêche qui vide les océans de tout un éco-système. On l’a vu encore en Egypte sur la mer Rouge, mais cela est vrai partout où nous passons. Il y a de moins en moins de poissons, les “petits” pêcheurs doivent toujours aller plus loin, au risque de leur vie, pour ne pas rentrer bredouille. Souvent, la zone de pêche qui a depuis toujours fait vivre la communauté a été octroyée a la pêche industrielle qui ne laisse rien derrière elle.

MR.M : Vous en avez déjà fait beaucoup pour les océans. Quels sont vos projets à venir ?

Emmanuel B : On rentre juste d’un échange de maison de 6 mois avec le Chili. C’était une super expérience, nos filles sont allées dans une école alternative (Ecole Waldorf) construite au milieu d’une ferme où les élèves ne mangent que ce qu’ils font pousser, et où ils développent une forte connexion avec la nature. C’était très intéressant comme modèle éducatif, et en plus il y a plein de bonnes vagues là-bas. Nous finissons un documentaire tourné sur place et à l’Île de Pâques, sur la pollution des océans par les plastiques. Nous nous posons donc un peu à Maui où nous avons également une ferme (de nénuphars), et où nous allons profiter de la saison des vagues qui commence, tout en préparant la prochaine mission.

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Emmanuel termine son exposé de façon positive en soulignant le fait que « chacun de nous a beaucoup plus de pouvoir qu’il ne l’imagine. À la fois en tant que consommateur, leader d’opinion, et par l’énergie positive que nous mettons dans nos convictions ». Un beau projet, qui nous rappelle qu’une sensibilisation à l’échelle mondiale entrainant des actions locales est à encourager à l’heure où les actes des uns ont des conséquences sur l’ensemble de l’humanité. Au fond, ne se cache-t-il pas un militant existentiel qui s’ignore en chacun de nous ? Reste à lui donner les moyens de s’exprimer…

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Source :  Interview réalisée par mrmondialisation.org / Crédits photo : Pierre Bouras, Carter, Benjamin Thouard