Si elle paraît de plus en plus souhaitable et nécessaire, la décroissance (ou Objection de Croissance) a encore un long chemin à parcourir jusqu’aux cœurs des citoyens, mais aussi et surtout au sein de nos sociétés développées happées par le désir d’opulence. Pourtant, les penseurs de ce mouvement sont d’ores et déjà bien présents, attendant le jour où l’idée trouvera écho dans les processus politiques et les actions citoyennes de façon généralisée. En 2013 sortait le livre « Un projet de décroissance », qu’une thèse scientifique vient aujourd’hui appuyer. Vers un nouveau paradigme économique ?

Aux racines de la décroissance

Œuvre des plumes de Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Christophe Ondet et Anne-Isabelle Veillot, le livre « Un projet de Décroissance » a pour ambition de donner un bon coup de pied dans la fourmilière de la sacro-sainte croissance et de ses adorateurs. Cet essai, rédigé par plusieurs membres du Parti Pour LA Décroissance, revenait alors sur les principes fondateurs de ce mouvement en offrant quelques clés intellectuelles à qui souhaiterait adopter un mode de vie plus ancré dans la réalité de la finitude de notre planète. Abordant les concepts d’une « sobriété heureuse » ou encore d’ « écologie politique » et de « post-croissance », l’ouvrage s’était à l’époque démarqué en abordant frontalement la question de la fin de la croissance, et de la durabilité d’une économie obsédée par un « progrès » fantasmé sans limite.

Partant du constat d’un capitalisme en échec et d’une économie de l’accumulation irraisonnée qui détruit tout sur son passage, les auteurs proposaient alors une vision « radicale » des choix auxquels nous devons nous préparer à être confrontés. Ils évoquaient alors deux voies qui pointaient vers la même direction, bien que très différentes : celle, d’un côté, de la décroissance volontaire, et, de l’autre, celle d’une récession « subie et oligarchique ». Face à ce carrefour que les différentes crises (environnementale, économique, sociale) nous poussent à emprunter, le sociétés humaines ont alors la responsabilité de faire le choix de la raison ou de la douleur, le choix du changement ou de l’inertie.

Véritable « manuel de la décroissance », le livre propose alors des pistes, étapes et stratégies qui permettraient aux individus et aux sociétés de s’extirper de cette logique de l’amoncellement morbide. Différentes propositions y sont également faites, comme celle consistant à instituer une « Dotation inconditionnelle d’autonomie », dont le principe se retrouve aujourd’hui dans la volonté de mise en place d’un revenu universel.

Un modèle économique nouveau pour une autre société ?

Trois ans après sa parution, « Un projet de décroissance » revient cette fois au sein d’un contexte de recherche scientifique au travers de la thèse de François Briens, un ingénieur en cursus à L’École des Mines Paris Tech. Intitulée « La Décroissance au prisme de la modélisation prospective : Exploration macroéconomique d’une alternative paradigmatique », celle-ci s’est intéressée à divers travaux tentant de poser les bases de la décroissance, dont le manifeste rédigé par les objecteurs de croissance pré-cités. Cherchant à donner du poids au débat, la thèse de cet ingénieur-chercheur a analysé quatre scénarios plausibles de décroissance avant de les soumettre à un modèle macro-économique spécifique. Les conséquences des différents scénarios de décroissance en terme d’emploi, de finances publiques, de consommation d’énergie, de pollution, et de production de déchets ont ainsi été projetées sur le long terme (2060). Une première !

Dans une tribune publiée sur Reporterre, l’auteur de la thèse revient sur son travail, soulignant l’importance prise dans ses résultats des « acteurs culturels, comportementaux et non purement ‘techniques’ ». Il y expose aussi certaines conclusions de sa recherche, qui vient pour l’une des premières fois quantifier une possible économie de la décroissance : « [Parmi] les scénarios recueillis et modélisés, celui intégrant ces propositions de la manière la plus poussée et systémique atteint par exemple une division par 4 de l’empreinte énergétique, et par 5 de l’empreinte carbone entre 2010 et 2060, en dépit d’hypothèses très modestes concernant les « progrès » techniques. Le taux de chômage y est significativement réduit et les finances publiques sont redressées. » Ainsi, d’une manière toute scientifique, l’étude souhaite démontrer que l’objection de croissance appliquée n’est pas juste bonne pour l’environnement, mais aussi pour les finances publiques et l’emploi… De quoi donner du grain à moudre à tous les sceptiques qui continuent de ne jurer que par la croissance des productions, quand bien même les dernières années auraient révélé nombre de ses défauts.


Sources : Projet-décroissance.net / Reporterre.net

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