La Côte d’Ivoire produit 40 % du cacao au niveau mondial, ce qui en fait le principal producteur sur la planète et on consomme du chocolat qui a pour origine ce pays dans le monde entier. Une nouvelle étude publiée cette semaine par l’ONG internationale Mighty Earth* dénonce qu’une grande partie de ce cacao est produite de manière illégale, au sein d’espaces naturels protégés, au profit de marques très connues.

Le chocolat que vous consommez habituellement a peut-être pour origine des exploitations illégales. Depuis la Côte d’ivoire jusqu’aux grands fournisseurs, l’ONG internationale Mighty Earth a mené une large enquête qui expose, une fois encore, la face obscure du cacao. Elle dénonce qu’une partie du cacao consommé dans le monde provienne de forêts et de parcs protégés en Côte d’Ivoire, dans des zones où toutes ces plantations sont en principe interdites. Pourtant, certains de ces espaces seraient aujourd’hui occupés jusqu’à 90 % par des plantations en toute opacité.

Selon le rapport, pas moins de 40 % du cacao ivoirien proviendrait de ces zones protégées. « Presque à chaque fois que vous mordez dans une barre de chocolat, commente Etelle Higonnet, auteur de l’enquête, vous tombez sur du cacao qui provoque la destruction de parcs nationaux en Côte d’Ivoire ». On savait déjà qu’une part de l’industrie du chocolat était liée d’une certaine manière à la déforestation massive, autant que l’huile de palme. Désormais, il est question d’une atteinte aux espaces protégés, donc abritant des espèces et variétés qui pouvaient, jusqu’ici, vivre à l’abri de la folie humaine.

Pour découvrir ce pot-aux-roses, Mighty Earth a mené une vaste enquête de terrain. « C’est une cartographie satellitaire du pays sur laquelle apparaissait la déforestation massive du pays » qui a été l’élément déclencheur, raconte Etelle Higonnet. L’ONG a alors remonté l’ensemble de la filière cacao du pays, depuis les zones protégées (la forêt de Goin Débé, la forêt de Scio et le parc national du mont Péko) jusqu’aux revendeurs de l’industrie agro-alimentaire. Sans surprise, des noms bien connus de tous ont fait surface…

Crédit photo : Migty Earth

Les plus grandes marques de chocolat au monde impliquées

Après avoir quitté les exploitations et être passé à travers les mains de « coopératives », le cacao est vendu à différents géants de l’agro-alimentaire comme Olam, Cargill et Barry Callebaut, qui sont eux mêmes les fournisseurs des plus grandes marques de chocolat au monde. Parmi ces dernières : Ferrero, Lindt, Mars, Nestlé ou encore Cadbury. Ces multinationales représentent l’essentiel du chocolat vendu dans le monde. Cette production/distribution sur différents niveaux porte le trouble sur la responsabilité de chacun dans cette affaire. Mais au final, ce sont les grandes marques qui choisissent de se fournir auprès de ces fournisseurs et les consommateurs de manger leurs produits.

Selon Mighty France, l’enquête souligne que « cette déforestation illégale est un secret de polichinelle pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement du chocolat ». Selon l’ONG, tous les acteurs de la filière connaissent ouvertement l’origine du chocolat ainsi que ses conditions de production sur le terrain. Personne ne peut croire que des multinationales tentaculaires comme Nestlé soient frappés de cécité sur l’origine de leurs matières premières. Face à la réalité de terrain « l’industrie du chocolat a fermé les yeux » dénonce Etelle Higonnet, probablement pour maintenir des prix bas.

« C’est une catastrophe environnementale »

Ces exploitations illicites sont donc la cause d’une déforestation importante qui a des conséquences graves pour la faune et la flore du territoire. « En Côte d’Ivoire, la déforestation a chassé les chimpanzés qui vivent aujourd’hui dans des petites poches de forêts. Ce phénomène a aussi contribué à réduire drastiquement la population d’éléphants à 200-400 spécimens, quand ce pays pouvait s’enorgueillir jadis d’en compter plusieurs dizaines de milliers » commente Mighty Earth.

L’enquête est accompagnée d’un reportage photographique qui témoigne de l’ampleur du drame : « une production de cacao non durable laisse derrière elle ce que l’on appelle des forêts squelettes : des troncs dénudés de leur houppier persistent au milieu des cultures de cacao, souvenirs fantomatiques des grandes forêts qui régnaient jadis en ces lieux ». « 85% des forêts ivoiriennes ont disparu entre 1990 et 2015″, s’inquiète l’auteur de l’étude. Il semble déjà trop tard pour s’indigner.

Crédit photo : Mighty Earth

Des mesures concrètes de la part des entreprises du secteur se font attendre

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Face aux critiques dont fait régulièrement objet le secteur, les grands chocolatiers annoncent vouloir s’organiser pour mettre un terme à la déforestation illégale. Ainsi 34 des plus grands chocolatiers et entreprises du secteur ont déclaré en 2017 vouloir participer à des « coalisations multilatérales » pour « développer une vision et un plan communs pour mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts provoquées par les activités du secteur du cacao. » Néanmoins, en l’absence de mesures concrètes, Migty Earth reste sceptique face à ces belles paroles qui n’engagent à rien.

Pourquoi les lois ne sont elles pas simplement respectées ? « Ces sociétés n’ont fourni aucun détail quant à la nature exacte de leur programme, ce qui doit être fait d’ici la fin de l’année. Par exemple, elles n’ont pas encore garanti que les futures expansions des cultures seront menées sans déforestation, afin de protéger les paysages à haut stock de carbone. Elles n’ont pas non plus explicité leur action à l’égard des territoires défrichés dans les parcs nationaux et les aires protégées de Côte d’Ivoire » regrette l’ONG qui rappelle que ces activités jouent un rôle dans la changement climatique.

Etelle Higonnet considère néanmoins que l’action collective est essentielle pour résoudre ces problèmes. Elle estime par ailleurs que la Côté d’Ivoire affiche désormais une volonté réelle de lutter efficacement contre la déforestation. Selon elle, il faudrait que l’ensemble des acheteurs cessent immédiatement de se procurer du cacao lié à la déforestation et inciter les banques à ne plus soutenir les exploitants qui ne respectent pas la loi. Mais n’est-il pas déjà trop tard ? Sur les 240 forêts protégées en Côté d’Ivoire, seules une quarantaine peuvent encore être sauvées. Voyons le verre à moitié plein : si l’industrie s’adapte sous la pression d’un éventuel boycott citoyen, 40 espaces protégés seront sauvés !

Crédit photo : Mighty Earth

Source : propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation / mightyearth.org

* Migthy Earth est une organisation internationale de campagnes environnementales qui s’attache à la protection des forêts, à la conservation des océans, et se préoccupe du changement climatique.

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