Du futur ? Pas vraiment. À l’heure où certains agriculteurs « alternatifs » choisissent de revenir à des techniques de travail plus traditionnelles et souvent manuelles, on peut également observer le phénomène inverse. Toujours dans une optique d’agriculture éco-responsable, certains professionnels font le choix de la robotisation. Capteurs ultra développés qui détectent les maladies, engins motorisés complètement autonomes ou encore communication en temps réel via smartphone, bienvenue dans le monde agricole du futur.

Peut-être vous souvenez-vous de cette fameuse scène du Cinquième Élément de Luc Besson ou « Zorg » présente ces robots automatisés multitâches. Vision quasi-prophétique. Si dans le domaine domestique ces robots pointent timidement le bout du nez, en matière d’agriculture, la robotisation est en pleine effervescence. Au sol ou dans les airs, de nouvelles machines ont récemment fait leur apparition sur le marché agricole. Combinant parfois plusieurs compétences, telles que le binage, le désherbage ou l’analyse des plants en temps réel, certaines d’entre elles ont fait leurs preuves quant à leur efficacité et leur rentabilité. Plusieurs entreprises françaises participent à cette évolution en développant de nouvelles technologies de pointe qui tendent à révolutionner les méthodes de l’agriculture raisonnée. Car, en effet, il semblerait que ces robots ne soient pas tout à fait incompatibles avec le souhait de voir émerger une production plus saine.

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Plus de confort pour l’agriculteur

L’entretien des cultures végétales demande toujours beaucoup de temps et d’efforts physiques. Il faut par exemple s’occuper du désherbage des rangs, qui doit être effectué toutes les semaines, et du binage, qui consiste à buter la terre au pied des plants. Ces actions sont toujours longues, répétitives et mauvaises pour le dos des agriculteurs. C’est pourquoi plusieurs sociétés, telles que Naïo, Vitirover ou Carré, trois entreprises françaises, ont mis au point des machines autonomes, fonctionnant à l’électricité, qui permettent de désherber presque parfaitement les rangs des plantations, sans en abimer les plants, ou encore de tondre l’herbe au pied des vignes. Simples d’utilisation, intelligentes et équipées de capteurs, elles peuvent naviguer entre les rangs des champs de façon totalement autonome. Un problème de batterie ou un obstacle rencontré sur la route ? Pas de problème, un message sera envoyé à son propriétaire pour l’avertir.

En matière d’énergie, oubliez le pétrole et les rejets dans l’atmosphère. La plupart de ces robots sont électriques et fonctionnent avec des batteries à recharger (qui ne sont pas nécessairement exemptes d’impact en amont). Certains vont encore plus loin comme la société Vitirover qui a choisi d’incorporer des panneaux solaires sur son robot tondeur de pelouse afin d’augmenter son autonomie. Ainsi, la caractéristique principale de celui-ci est qu’il est « lent mais permanent » et surtout autonome. Un luxe très utile pour les viticulteurs qui l’utilisent, quand on sait qu’environ 60Kg de produits désherbants, un minimum de 200 litres d’eau et 179 litres de gasoil seront économisés par hectare et par an grâce à ce petit robot. Car c’est bien là l’un des principaux atouts de ces petits engins, dans bien des situations, ils permettent de remplacer l’utilisation de dérivés pétroliers, ce qui, dans certains cas, les rendent compatibles avec l’agriculture biologique ou alternative.

Analyse des sols et prévention des maladies

D’autres engins, plus ou moins volumineux et équipés de caméras, permettent d’analyser en temps réel des hectares entiers. Pour cela, on trouve notamment Ladybird, inventé par des chercheurs de l’université de Sydney et encore à l’état de prototype. Cet énorme robot, qui rappelle la forme de la coccinelle, fonctionne uniquement à l’énergie solaire grâce aux panneaux placés sur son toit, et avance automatiquement à travers champs afin d’analyser la santé de la plantation. Une technologie qui va plus loin que les capacités humaines. Certaines maladies ne peuvent pas être détectées à l’œil nu et pourront ainsi être découvertes prématurément par Ladybird, ce qui permettra à l’agriculteur d’anticiper les besoins de son champs.

Un dernier exemple, et pas des moindres, est lAgridrone. Créé par la compagnie française Airnov, ce drone agricole a vu le jour l’année dernière. D’une valeur de 28 000 euros, il est capable de survoler 3 hectares de terrain par minute et jusqu’à 400 hectares par jour. Le but ? Permettre à l’agriculteur d’analyser ses cultures et d’ajuster ses besoins en engrais divers et en consommation d’eau. Un investissement qui pourrait, d’après son concepteur, permettre beaucoup d’économies à celui qui l’utilise, puisqu’il limite le gaspillage des denrées utiles au développement des plants, tout en contrôlant les rendements et en repérant les incidents éventuels. Pour l’instant utilisable uniquement sur les champs de blé et de colza, l’Agridrone tend à étendre son champ d’action avec des technologies embarquées toujours plus efficaces.

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Et l’activité humaine ?

L’automatisation se développe à vive allure et beaucoup craignent pour un chômage de masse déjà élevé. Cette problématique du développement avait brillamment été abordée dans le clip Human need not apply. Au même titre que nous n’utilisons plus du silex et des lances pour nous nourrir, la technologie libère l’Humain du labeur et de la difficulté pour tirer les fonctions vers de la qualification (intelligence) ou des activités libres comme les arts ou le sport. Malheureusement, les choix collectifs et politiques inspirés du néolibéralisme ont fait que cette liberté acquise grâce à la productivité fut ponctionnée sous formes de capitaux au lieu d’être redistribuée en abaissant le temps de travail (d’où l’explosion du chômage).

Les progrès en matière d’agriculture automatisée pourraient, comme pour toute technologie, libérer l’Homme autant que l’inverse. Beaucoup de paysans sont en grande difficulté financière justement à cause des lourds investissements dans l’automatisation imposés par leur coopérative ou leur « syndicat » (suivez notre regard…). L’équation n’est donc pas simple et dépend de multiples variables : taille de l’exploitation, quantité d’intrants chimique utilisés, type de culture, nombre d’ouvrier agricole, endettement actuel, etc. Ainsi, ces robots ne conviendront pas aux petites fermes de type biodynamie ou permaculture, qui préfèrent la main d’œuvre humaine, l’optimisation des technique agronomiques et la stabilité financière, mais plutôt aux exploitations céréalières, viticoles ou maraîchères industrielles. Une utilisation non imposée et mesurée de ces technologies pourrait néanmoins contribuer à développer la bio à grande échelle et à aider certains paysans dans leur travail. Du moins, nous l’espérons…

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Source : wedemain.fr

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