Employée de laboratoire : elle filme le calvaire des souris d’expérimentation en plein Paris

L’association Animal testing vient de diffuser des images glaçantes prises par une lanceuse d’alerte dans un laboratoire de recherche parisien. On y découvre comment des expériences sont menées sur des souris au nom de « la recherche médicale » souvent sans ménagement. Selon l’association, il est urgent de mettre en place une commission d’enquête parlementaire afin de lancer un débat public sur les pratiques menées derrière les murs des labos. En 2015, en France, 1,9 millions d’animaux ont été utilisés à des fins scientifiques dans des laboratoires, dont 1 million de souris. 

Pour des raisons évidentes, les laboratoires de recherche qui pratiquent des expériences sur les animaux n’aiment pas ouvrir leurs portes, encore moins être filmés. Dans une enquête inédite, tournée en caméra cachée, l’association Animal testing révèle une réalité macabre à propos d’un sujet tabou : les tests sur les animaux et leur mise à mort à des fins scientifiques.

En proie au doute et décidée à témoigner de la réalité de son travail, une salariée d’un laboratoire de recherche parisien à pris la décision de contacter l’association et de collaborer pour lui remettre des images prises pendant ses heures de travail. L’élément déclencheur fut pour elle la demande d’un chercheur responsable qui l’a révulsée : ce dernier lui avait donné l’ordre de « prélever du sang sur un certain nombre de souris, plusieurs dizaines, autant de sang que possible sur chaque animal sans anesthésie, au niveau de l’œil ». Il s’agissait donc de vider l’animal de son sang jusque mort s’en suive.

(Attention, images choquantes)

Des souris vivantes vidées de leur sang « pour la science »

Dans le laboratoire en cause, les souris sont le plus souvent tuées par « dislocation cervicale » ou par asphyxie. Dans le premier cas, décrit l’auteur des images, « avec ses propres mains, on va tenir la souris et rompre la colonne cervicale, pour qu’il n’y ait plus de connexion entre le cerveau et le corps », avant de préciser qu’elle a procédé à cette manipulation des centaines de fois et qu’il faut parfois s’y prendre à plusieurs reprises pour que l’animal meurt. La mise à mort par asphyxie, en enfermant les souris dans une boîte dans laquelle on injecte progressivement du CO2, provoque des souffrances chez les animaux, selon les propos tenus par la salariée auprès du journal Libération : « l’animal meurt en deux voire trois minutes. On voit que les souris respirent très vite, elles cherchent à se déplacer, elles titubent… pas besoin d’être scientifique pour voir qu’elles ne sont pas bien ». Pour la salariée et certains de ses collègues, cette mise à mort des souris est un acte répété de manière quotidienne.

Point de vue rarement abordé, ces pratiques ont également des conséquences sur le moral et le psychique des personnes qui travaillent dans les laboratoires. Personne ne tue des êtres-vivants en masse de bon cœur. Celle qui a finalement décidé d’alerter anonymement l’opinion publique explique : « On est en direct avec leurs blessures. On est enfermé avec eux, toute la journée, dans leur environnement, sans lumière et sans fenêtre. Seul. Forcément, on se remet en question. Au bout d’un moment, on devient fou, on devient malheureux, ça nous détruit », explique-t-elle face à la caméra. Dans d’autres cas, les individus développent une dissonance cognitive, si bien qu’ils ne s’aperçoivent plus de la contradiction entre leur système de valeur et ce qu’ils font réellement.

Crédit photo : Animal testing

Des règles éthiques non respectées et peu contraignantes

La recherche scientifique n’est-t-elle pas soumise à des principes éthiques pour éviter de donner la mort dans la souffrance ? En principe, les laboratoires doivent suivre la règle des 3R, « qui consiste à supprimer, réduire et améliorer autant que faire se peut l’emploi d’animaux en recherche ». Par ailleurs, tous nouveau projet de recherche impliquant des animaux doit être soumis à un comité d’éthique pour évaluation. En dernier ressort, l’administration peut être interpelée. Mais en pratique, ce n’est pas aussi simple…

Au sein du laboratoire, estime la femme, les protocoles ne sont pas toujours respectés, ni les « points limites » à ne pas dépasser, si bien que toutes les mesures ne sont pas prises pour éviter des souffrances aux animaux. Animal testing confirme et avance que lors de certaines expériences, aucun antidouleur n’est administré aux animaux, car les résultats expérimentaux se verraient faussés. Par ailleurs, les alertes envoyées en interne aux comités d’éthique ne sont que très rarement suivies. Très rares sont les expériences bloquées pour la souffrance qu’elles peuvent infliger : les principes ne joueraient donc qu’un rôle très secondaire et ne servent que très rarement de rempart contre des expériences abusives. De manière générale, la douleur des souris ne serait pas une préoccupation prioritaire pour les décideurs.

Vers un vrai débat public ?

« Notre volonté, c’est d’ouvrir un débat qui n’a pas existé jusqu’à présent dans la sphère publique », nous explique Joanna, bénévole au sein de l’association, qui insiste sur le fait qu’Animal testing ne souhaite pas imposer sa position, mais espère qu’une commission d’enquête parlementaire se constitue et discute à partir d’avis de scientifiques mais aussi de chercheurs venus des sciences humaines. Selon elle, le sujet est traité de manière biaisé lorsqu’on confronte de manière binaire le bien-être des malades à ceux des animaux. L’association ne rejette en rien la recherche mais estime que le modèle d’expérimentation animal est obsolète pour faire avancer la science, certains chercheurs émettant eux-mêmes des sévères critiques. En Allemagne par exemple, une association de médecins décrit ce type de recherche comme une impasse. Serait-ce donc l’ensemble du modèle de recherche qu’il faudrait revoir ?

Une souris vidée de son sang avec une seringue. Crédit photo : Animal testing

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Sources : animaltesting.fr