Ce lundi 5 mars, Les Amis de la Terre lancent une nouvelle campagne contre la banque Société Générale pour lui demander de mettre un terme à tous ses soutiens financiers envers le secteur des énergies fossiles. Comment ? En leur posant un lapin ! Entendez, mettre la pagaille dans leurs rendez-vous. Alors que, en ce qui concerne le changement climatique, les dernières publications scientifiques sont plus alarmantes que jamais, l’ONG plaide pour un changement de paradigme et la fin des partenariats financiers qui lient encore de très nombreuses institutions financières aux entreprises qui sont parmi les plus polluantes.

La bataille pour sortir des énergies fossiles continue. D’aucuns diraient qu’elle ne fait que commencer. Les rapports scientifiques les plus récents sont en effet on ne peut plus clairs : consommer le pétrole contenu dans les gisements actuellement exploités suffirait à faire augmenter les températures moyennes au-delà de la barre des 1,5° par rapport à l’ère préindustrielle. Pouvons nous vraiment encore nous payer le luxe de rester de simples observateurs passifs ?

Poser un gros lapin à la banque !

Société Générale ne veut pas mettre le changement climatique à son agenda ? « On va le faire pour elle » lance Malika Peyraut, chargée de communication auprès des Amis de la Terre. Ces dernières semaines, les activistes de l’ONG ont utilisé la plateforme de prise de rendez-vous de l’agence pour prendre « un grand nombre de rendez-vous » pendant la semaine du 5 mars. « Pour chacun d’entre eux on annoncera le jour J au chargé de relation client qu’on ne se rendra pas aux rendez-vous, ou alors on se présentera avec nos revendications » précise la salariée. Il s’agit de « perturber les activités de la SoGé dans une démarche d’action non violente » pour demander à la banque de mettre fin à ses soutiens à l’industrie fossile. Une énorme campagne de trolling contre la banque.

Terminal méthanierCesser l’exploitation des énergies fossiles : une urgence qui ne peut plus attendre

Pour les Amis de la terre, l’attentisme et l’immobilisme ne sont plus une option. Les faits sont clairs, il reste à agir. Depuis plusieurs années, l’ONG multiplie d’ailleurs les campagnes pour encourager le désinvestissement et délégitimer l’une des industries les plus polluantes de la planète. Tirant les conséquences de l’urgence climatique, il faudrait « laisser la grande majorité des réserves d’hydrocarbures dans le sol et renoncer à exploiter dans leur totalité les réserves déjà en exploitation est donc indispensable pour contenir le réchauffement en deçà de 2 °C et le plus près possible de 1,5 °C ».

« la Société Générale persiste à financer à coup de milliards de dollars les énergies fossiles. »

Selon Les Amis de la Terre, si l’on veut freiner l’exploitation du pétrole et des gaz de schiste, il faut s’attaquer à ceux qui nourrissent et financent cette industrie en leur demandent de mettre un terme à leurs partenariats. En première ligne, les banques, dont certaines françaises. « Si certaines banques internationales montrent l’exemple, à l’instar de BNP Paribas en France qui en 2017 a adopté des mesures ambitieuses en ce sens, d’autres semblent rester sourdes à ces appels répétés. Ignorant les impératifs climatiques et injonctions scientifiques, Société Générale persiste à financer à coup de milliards de dollars les énergies fossiles les plus polluantes dans le monde » regrettent les Amis de la terre, qui lancent cette semaine une campagne publique visant cette dernière.

Image : Les amis de la terre France

Les Amis de la terre dénoncent ainsi que la « SoGé » continue de s’engager dans des projets liés à l’exploitation des énergies fossiles en participant à leur financement comme par exemple au Texas, où elle soutient le développement du terminal Rio Grande LNG et le double gazoduc Rio Bravo Pipeline, un complexe d’exportation de gaz de schiste de 20 milliards de dollars. C’est pourtant l’ « Archétype du projet inutile et controversé que les banques doivent refuser de soutenir, il présente des risques irréversibles pour le climat et pour les communautés et écosystèmes riverains ». Également pointés du doigt, les investissements dans le gaz naturel, parfois présenté comme « combustible relais », alors qu’il s’agit d’une énergie fossile comme une autre.

« Contrairement à d’autres banques qui ont pris des engagements assez forts, la Société Générale refuse de bouger sur ces aspects là et engage de surcroît une politique dangereuse en essayent de se rendre leadeuse du secteur du gaz naturel liquéfié en l’affichant comme énergie de transition », ajoute Lorette Philippot chargée de la coordination et de la rédaction du nouveau rapport des Amis de la Terre sur les activités de la banque. Pourtant, il ne s’agit pas d’une énergie de transition, comme l’affirme certaines industries, car elle pose les mêmes problématiques en termes d’impacts sur les populations et l’environnement que le pétrole et les gaz de schiste.

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L’ONG espère marquer une fois de plus les esprits, alors que, depuis deux ans, l’industrie pétrolière a fait mauvaise presse, notamment en raison des affrontements violents entre la police et les populations autochtones nord-américaines menacées par de nouveaux pipelines. L’objectif ? Que la Société Générale face évoluer sa politique en se retirant de son mandat de conseiller financier pour le projet de terminal d’exportation Rio Grande LNG et de double gazoduc Rio Bravo Pipeline, qu’elle s’engage publiquement à ne fournir aucun financement et service financier à des projets de terminaux de gaz naturel liquéfié prévus en Amérique du Nord et dans le monde et adopte une politique ferme excluant de ses soutiens tous les nouveaux projets de développement des énergies fossiles les plus néfastes pour l’environnement et les sociétés humaines, ainsi que les entreprises qui les portent. « Ce serait un geste fort de la part de la Sogé que de montrer qu’elle ne cautionne plus ce modèle », souffle Lorette Philippot.

Face à la pression croissante de la société civile et la réalité climatique, la Société Générale pourra t-elle faire encore longtemps la sourde oreille ?


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