Pendant 25 ans, Anil et Pamela Malhotran ont racheté en Inde des terres revendues par leur propriétaire en raison des rendements décroissants et de la perte de rentabilité. Sur ces espaces devenus inexploitables pour les agriculteurs, ils ont fait ressurgir un écosystème entier sous la forme d’une forêt. Cette expérience est une réussite encourageante qui nous confronte cependant au malaise social que traverse le monde paysan dans ce pays.

Anil et Pamela Malhotran se sont connus aux États-Unis, où ils se sont mariés en 1960. En 1986, ils décident de retourner en Inde et acquièrent en 1991 un terrain de 14 hectares situé à proximité de la ville de Brahmagiri, au sein d’une région dans laquelle l’environnement est particulièrement dégradé. Au sud de l’État de Karnataka, dans les campagnes et forêts, « les quantités de pollution étaient importantes », décrit le couple. Partout, l’eau était souillée et les animaux disparaissaient sous l’avancée des hommes. « Le lobby du bois est très présent localement et la rivière était polluée. Mais personne ne semblait y prêter attention. C’est à ce moment que nous avons décidé de faire quelque chose pour remettre en état la forêt ».

Une oasis de biodiversité

Anil et Pamela Malhotran ont donc transformé ces terres en un espace naturel protégé privé. Afin de restaurer la nature, ils ont planté des espèces indigènes d’arbres et de plantes : progressivement, au rythme des saisons, les sols ont repris vie, permettant à la faune et la flore de s’épanouir et à la nature de se régénérer. Les cours d’eau en ont également profité. Grâce aux arbres, ceux-ci assainissent les sols et l’eau devient à nouveau potable. Une nouvelle positive dans un pays où le stress hydrique est important. Leur investissement porte aujourd’hui ses fruits : le sanctuaire de 22 hectares attire des espèces sauvages qui avaient pourtant disparues de ces terres, certaines étant même en voie d’extinction. Parmi elles, tigres, léopards, éléphants et nombreuses espèces d’oiseaux.

Le couple a continué à acheter des nouvelles terres, si bien qu’au total la zone englobe 120 hectares à ce jour (300 acres). Dans la majorité des cas, il s’agit de terres agricoles qui ont perdu leur fertilité suite à une surexploitation et à l’utilisation de pesticides, deux pratiques à l’origine de la fragilisation des sols. De ce fait, ces terres ont peu de valeur aux yeux des producteurs et s’achètent à bon prix. De plus, avec les rendements agricoles décroissants de ces terres, les coûts de production devenaient insupportables pour les fermiers qui en avaient la possession.

Financement du projet par l’intermédiaire d’une fondation

La réalisation du projet a été malgré tout le fruit de dépenses importantes. Dans un premier temps, les terrains ont été achetés par le couple lui-même. Afin de pouvoir financer le projet durablement, ils ont par la suite initié la création d’une ONG, le Save Animals Initiative Sanctuary Trust. Dans ce cadre, ils ont mis sur pied un programme de protection de la nature qui est désormais associé à des cycles de conférences. Sur place, les visiteurs se voient offrir la possibilité de séjourner dans des éco-habitations et de participer à la protection du milieu tout en s’instruisant. Une forme d’écotourisme équilibré dont les fruits préservent les lieux.

Contraintes locales

La réalisation du projet ne s’est pas faite sans difficultés. Le couple a été confronté à certaines contraintes, en raison notamment de la crise sociale que traverse le monde paysans en Inde. Parfois, ils ont eu des difficultés à racheter les terres : les fermiers étaient tellement endettés, que les titres de propriété revenaient de droit aux créanciers. À d’autres moments, leur projet a pu être critiqué par les populations locales, qui ne comprenaient pas forcément le sens de leurs interventions. Cet élément rappel à quel point ce type de projet peut heurter, si les habitants n’arrivent pas à s’y identifier. En effet, protéger la forêt ne coule pas toujours de source quand l’inquiétude de certains villageois est la survie ou la production de nourriture. Il y a pourtant un lien direct entre la qualité des terres productives et l’équilibre environnemental des lieux. Les interventions doivent donc nécessairement se faire en association avec les habitants et dans le respect de leurs pratiques ainsi que de leurs savoirs, afin d’éviter des situations légitimes de méfiance et de rejet.

Dans ces régions, les fermiers ont été contraints par le passé d’abandonner des pratiques traditionnelles, notamment sous la pression du marché global agricole. Fluctuations des prix des matières premières, endettement et sécheresses liées au changement climatique expliquent en grande partie pourquoi les fermiers se retrouvent dans des situations désespérées. D’autant que les populations sont soumises à une pauvreté croissante qui est accentuée par un système agricole qui privilégie les grandes exploitations aux petites fermes, et qui pousse à la monoculture industrielle  – pourtant peu résiliente et coûteuse à moyen terme. Autant de facteurs qui expliquent pourquoi les fermiers se tournent vers des techniques agricoles qui les entraînent dans une spirale sans fin d’accumulation de dettes, observée également dans les campagnes françaises. Dans ce contexte, les problèmes environnementaux sont un sujet épineux et sensible qui posent des questions économiques et sociales difficile à traiter. Dans leur tentative de trouver un juste équilibre et un retour de la biodiversité, Anil et Pamela s’en sortent plutôt bien.


Sources : indiatimes.com / saysanctuary.com / treehugger.com / youtube.com

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