La jeunesse de Bogotá : du crime à la résurrection culturelle

Bogotá reste sans aucun doute l’une des villes les plus dangereuses au monde. Si la vie en Colombie est plus paisible aujourd’hui, la violence subsiste. Mais le dynamisme de la jeunesse démontre à quel point le pays persiste sur la voie d’un avenir plus serein qu’hier. Rencontre sur la route avec deux jeunes colombien décidés à faire vivre leur projet et donner un sens à la collectivité.

Les touristes sont avertis : l’extrême prudence est exigée à Bogotá en dépit des évolutions remarquables de ces dernières années en matière de sécurité. La Colombie reste gangrénée par la criminalité, les trafics de drogue, les kidnappings, les braquages et les vols. Le processus de paix avec l’ex-guérilla des FARC est sur de bons rails, mais sur le terrain, la criminalité est encore palpable. L’avis de voyage du département d’état américain est sans équivoque : « les signes extérieurs de richesse restent la première cible des criminels. La plus grande menace en ville est d’utiliser son smartphone ostensiblement. Les attaques les plus fréquentes sont les agressions, le vol de téléphone, la fraude à la carte de crédit et les braquages. Ces criminels de rue travaillent en bandes. Ces hommes utilisent en général des couteaux et des armes à feu. Il n’est pas rare que les victimes soient sérieusement blessées ou tuées quand elles résistent. » (source).

On comprendra donc aisément à quel point le voyage à Bogotá est particulier. D’autant que les locaux redoublent d’attention à notre égard : « rangez votre téléphone », « ne sortez pas la caméra ici », « ne prenez pas un taxi au hasard, je vais en appeler un pour vous », « vous pouvez marcher dans cette rue, mais attention pas la suivante, c’est trop dangereux » sont quelques uns des conseils donnés par des habitants. Cela dit, à l’image de toute la Colombie en chemin vers la paix, vivre à Bogotá est aujourd’hui un peu plus « safe » que par le passé. Les crimes les plus graves (homicides, extorsions et enlèvements) sont en forte baisse et la ville semble portée par un vrai souffle positif, si bien qu’elle est citée en exemple à suivre ailleurs en Amérique latine.

Lors de notre passage, un peu au grès de nos rencontres, deux projets à caractère positifs vont retenir notre attention.

Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation

Latin Latas : mettre les déchets en musique

Nous poussons les portes de la maison Latin Latas, un petit centre culturel de quartier né il y a 7 ans grâce au dynamisme d’Andrea. Andrea Defrancisco, 37 ans, a décidé de conjuguer sa passion (la musique) et ses convictions sociales et politiques pour en faire un métier. Au contact de jeunes défavorisés de la capitale, elle a voulu donner du sens à son talent musical en recyclant les déchets des poubelles de Bogotá et en construisant des instruments de musique à partir de ceux-ci. À ce jour, une vingtaine d’instruments de musique originaux ont été créés.

Plus qu’un lieu culturel, Latin Latas mène un travail communautaire et social auprès des publics fragilisés et des jeunes, victimes du conflit armé. C’est aussi devenu un vrai groupe de musique de 4 personnes qui parcourent le monde pour sensibiliser sur des thèmes comme la consommation responsable, la défense des droits des animaux, les semences, l’eau, le vélo,… Avec l’art et la musique, le message qu’ils veulent faire passer au monde est : « Prendre soin de la vie » ! et éventuellement éloigne un maximum de jeune de la criminalité.

Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation
Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation
Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation

Sin palabras : Un café pour personnes malentendantes.

Quelques rues plus loin, nous nous arrêtons dans un petit café d’apparence banal. Mais ce qui s’y trouve est en réalité exceptionnel. C’est une première en Colombie et seulement le 6e dans le monde (après l’Angleterre, l’Espagne, la France, le Canada et le Nicaragua) : un café à destination des individus sourds et muets.

Cristian Jean Pierre Melo est fier de son idée. Depuis toujours, il est très sensible à cette thématique. Avec sa sœur et sa femme, ils ont décidé de se lancer dans l’aventure il y a 4 mois et le succès est déjà au rendez-vous : « il y a énormément de personnes sourdes qui viennent, mais également beaucoup de gens valides qui sont heureux d’en apprendre plus sur la vie des personnes malentendantes. Et, cette fois, ce sont les personnes valides qui doivent s’adapter au monde de la surdité et pas l’inverse ! »

Ici, les malentendants sont donc rois, et cette inversion de rôles n’a rien de péjoratif dans ce lieu unique en son genre. On y communique avec les mains, sans paroles « sin palabras ». Il y a même un interrupteur à côté de chaque table pour signaler au serveur que l’on est prêt à passer sa commande. Un vrai bol d’air pour ces personnes qui peinent souvent à bénéficier de structures adaptées. Pour une fois, c’est à « nous » de nous adapter au mode de vie d’une personne handicapée. Et l’expérience est profondément intéressante. Selon l’Institut national pour sourds, 1% de la population colombienne est atteinte de surdité, soit tout de même 455 718 personnes !

Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation
Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation
Photographie : Pascale Sury / Mr Mondialisation

Ces deux initiatives lumineuses au cœur d’une ville au passé sombre offrent un éclairage nouveau sur Bogotá et la Colombie en général. Certes, ces projets donnent une toute petite idée de la lente renaissance rencontrée par la ville qui connait un taux de criminalité le plus bas enregistré au cours des 40 dernières années ! (25,9 homicides pour 100 000 habitants). Le travail de fond reste entier. Puisse la jeune générer perpétuer ce virage pleinement engagé vers une société plus sereine.

– Pascale Sury & Mr Mondialisation


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