La survie des « petites îles » en question face au changement climatique

La mer qui atteint un cocotier lors d’une forte houle australe sur l’atoll de Tikehau, Polynésie française. Crédits photo : Bruno Marty (1996)

Résîliences est un projet de deux ans autour du monde, qui vise à étudier et documenter les solutions locales mises en place par les habitants de plusieurs petites îles pour s’adapter au changement climatique et la montée des eaux. Il est porté par l’association rochelaise GéOdyssées. Car, aujourd’hui encore, certaines communautés insulaires font perdurer leur mode de vie traditionnel, qui est fondé sur une très bonne connaissance du milieu naturel, une gestion durable des ressources, ainsi que sur des valeurs de partage. Cependant, ces pratiques peuvent-elles survivre face à l’ampleur du changement climatique actuel ? Quel est l’avenir de ces îles ? Et quelles solutions s’offrent à elles pour limiter les impacts du changement climatique ? Pour répondre à ces questions, Fanny et Adrien, deux géographes, vont partir à la rencontre des habitants de ces îles. Afin de financer leur expédition, ils ont lancé une campagne de crowdfunding.

L’adaptation au changement climatique est l’un des grands défis auxquels l’humanité doit désormais faire face en urgence. D’après les scientifiques, les petites îles comptent parmi les territoires les plus menacés par le changement climatique. En cause : la montée des eaux, la hausse de l’intensité et de la fréquence des événements extrêmes, l’acidification des océans et d’autres conséquences difficilement imaginables. Si les acteurs scientifiques/politiques disent travailler activement sur des stratégies d’adaptation, les solutions qu’ils proposent ne sont pas toujours adaptées aux contextes territoriaux et aux dynamiques locales particulières. Pourtant, les savoirs et pratiques développés par les communautés insulaires précoloniales, transmis de génération en génération, leur ont permis de vivre sur ces territoires particulièrement exposés aux phénomènes extrêmes et aux ressources limitées. Ceci représente une richesse culturelle et intellectuelle à ne pas négliger.

Se rendre sur ces îles, rencontrer ces communautés qui font perdurer leurs cultures locales (avec leur accord), et qui vivent en harmonie avec la nature pour relever les défis de demain, c’est le défi que se sont lancés Fanny et Adrien, deux géographes passionnés par la science et les enjeux liés aux changements climatiques et le reportage.

Crédits photos : Fanny Rubia, Adrien Prenveille

L’expédition Résîliences

En totale immersion, Fanny et Adrien partageront le quotidien de ces communautés pour découvrir leurs modes de vie et de pensée, comprendre leur perception du monde et s’inspirer des solutions qu’elles développent. Ceci leur permettra de réaliser une étude scientifique sur les changements climatiques et ses effets locaux, ainsi qu’un reportage dans le but de sensibiliser le grand public et de participer à l’éveil de la conscience écologique.

Le projet est né de leurs expériences en Polynésie française, aux Iles Cook et dans les Andes péruviennes, où ils ont étudié les impacts du changement climatique à l’échelle locale ; puis en France, où ils sensibilisent le grand public au changement climatique depuis plusieurs années. Lassés des messages véhiculés par les médias, catastrophistes et anxiogènes, ils souhaitent raconter une autre histoire, plus positive, qui donne envie d’agir : des solutions locales existent pour faire face à ce défi global, même dans les territoires les plus menacés par le changement climatique ; celles-ci sont des sources d’inspiration pour tous les territoires du monde.

Fanny sur l’atoll de Tikehau, Polynésie française. Des techniciens du Parque de la Papa et Adrien lors d’un focus group dans la région de Cuzco, Pérou. COP21 au Bourget, Paris. Crédits photos : Adrien Prenveille (2014), Fanny Rubia (2014), Bruno Marty (2015)

Les îles concernées par le projet Résîliences

De l’océan Pacifique (îles Salomons, Marquises, Hawaï) à l’océan Indien (Zanzibar, Mayotte), en passant par l’Indonésie (île de Seraya Besar), la mer des Caraïbes (Archipel des San Blas au Panama) et l’océan Atlantique (Saint-Pierre-et-Miquelon, Açores, Uloya), Fanny et Adrien recenseront les initiatives à succès portées par les communautés locales de plusieurs îles, dans les domaines de l’agriculture, la pêche, la gestion de l’eau et des écosystèmes, l’éducation, la gouvernance, l’énergie et la gestion des risques naturels. Ils ont développé des partenariats avec des organismes locaux (associations, ONG, instituts de recherche, etc.) sur chacune des îles concernées par l’expédition afin de bénéficier d’un appui scientifique, d’un soutien logistique, et d’intégrer leurs actions aux stratégies locales déjà mises en place.

Très soucieux de réduire l’impact carbone de leur expédition, inévitable dans ce type de recherche scientifique, ils prévoient de compenser les émissions de gaz à effet de serre induites par leurs déplacements en contribuant financièrement à la réalisation de projets de compensation carbone (reforestation, préservation).


La valorisation de l’expédition

L’expédition Résîliences permettra donc à Fanny et Adrien de réaliser une étude en géographie humaine. Ils ont ainsi prévu de publier des articles scientifiques dans des revues spécialisées et de mettre à profit leur expertise lors d’une conférence à la COP24 en Pologne, en novembre 2018, avec leurs partenaires scientifiques. De plus, comme ils ne souhaitaient pas faire une étude de manière isolée, au risque de ne pas atteindre l’ensemble de la communauté scientifique, ils ont prévu de sensibiliser le grand public à ces problématiques. Ainsi, ils développeront divers supports de sensibilisation, à destination de plusieurs publics, et à des échelles variées (du local à l’international). Ils réaliseront par exemple une web série engagée sur leur chaîne Youtube, dans laquelle ils relateront les découvertes qu’ils feront sur chaque île, à raison d’un épisode tous les deux mois. Ils ont également créé un partenariat entre l’association l’E.C.O.L.E de la mer et une école primaire de La Rochelle, pour développer une Aire Marine Éducative. À leur retour en France, ils participeront à des conférences et organiseront des séances ciné-débat autour du film documentaire qu’ils auront réalisé. Enfin, ils prévoient de réaliser une exposition photographique itinérante, et de rédiger un ouvrage rassemblant des études de cas, des photos, des réflexions et des témoignages.

Pourquoi les petites îles ?

Les modes de vie, les connaissances et les pratiques locales des habitants des petites îles sont fortement menacées (ainsi que les habitants eux-mêmes). En effet, les bouleversements anciens liés à la colonisation des siècles précédents, à la mondialisation contemporaine et à l’accroissement démographique ont entraîné des transformations sociétales très importantes dans les communautés insulaires. Les changements sont d’ordre socio-économiques, tels que la forte dépendance aux importations, la dépendance économique avec le système économique global, l’exode rural des petites communautés vers les ensembles urbains et des îles vers les continents, l’interruption de la transmission des savoirs de génération en génération, etc. Ils sont également d’ordre institutionnel, par le manque de reconnaissance des droits des peuples traditionnels, de l’absence de l’apprentissage des savoirs locaux dans les programmes éducatifs formels, etc. Il est largement reconnu que ces changements de modes de vie ont jusqu’à aujourd’hui provoqué l’étiolement des cultures propres à chaque communauté, et avec elles les connaissances et pratiques locales qui avaient pourtant permis à ces peuples de survivre dans ces milieux. L’analyse de la littérature scientifique montre que les connaissances locales sont désormais reconnues comme une base « indispensable » pour développer les stratégies d’adaptation à l’échelle locale, en particulier car elles tiennent compte des spécificités socio-culturelles des populations concernées.

Les îles concentrent sur un petit territoire beaucoup de problématiques auxquelles d’autres sociétés font face aujourd’hui (par exemple : l’urbanisation croissante, la surpopulation, la gestion des déchets, la gestion des ressources). Les caractéristiques insulaires intrinsèques de ces territoires (par exemple : isolement, ressources limitées), perçues comme des contraintes aujourd’hui, dans le contexte du paradigme de développement fondé sur les énergies fossiles et la mondialisation, peuvent devenir des opportunités dans une société dont le modèle est celui de la sobriété, du développement de solutions durables. Des valeurs qui devraient nous permettre de mieux faire face aux changements qui s’annoncent…


Pour suivre Fanny et Adrien : facebook.com / Site internet / youtube.com

Crowdfunding / Contacts : geodyssees@gmail.com