Le cri d’alarme d’un apiculteur français : « la Nature est en train de crever ! »

    Il vient de livrer un message aussi vibrant qu’inquiétant sur Youtube . Face à lui, ses ruches sont à moitié vides. Ses abeilles meurent et celles encore en vie ne produisent pratiquement plus de miel. Il nous l’avoue à demi-mot quand on lui demande comment le soutenir : « d’ici peu, il est probable que je ne sois plus apiculteur ». Pour le professionnel du miel, ça ne fait aucun doute, la pollution en est la cause. Mais celui-ci pointe tout particulièrement le changement climatique…

    Fils d’apiculteur devenu apiculteur professionnel depuis dix ans, Philippe produit du miel d’une manière locale et artisanale. Depuis longtemps, il devait déjà faire face au problème des pesticides qui contaminent 75% du miel au niveau mondial à des taux susceptibles d’affecter l’espérance de vie et les fonctions cérébrales des abeilles. Le consensus est notable, les pesticides sont considérés comme la cause principale de la disparition massive d’essaims entiers – le syndrome d’effondrement des abeilles – que l’on observe depuis plusieurs années un peu partout dans les pays industrialisés.

    À ce problème déjà crucial, il faut désormais ajouter les conséquences du dérèglement climatique qui s’exprime par des extrêmes climatiques. Les ruches de Philippe se trouvent à 800 mètres d’altitude, ce qu’on appelle un rucher de montagne. Elles passent l’hiver dans la plaine et sont montées en altitude pour les beaux jours. Avec la canicule exceptionnellement longue cet été, les arbres et plantes qui devraient normalement être en pleine forme avec des fleurs produisant le nectar que les abeilles récoltent, commencent déjà à décliner, à perdre leurs feuilles comme si on était en septembre. Sans fleur, comment les abeilles peuvent-elles être en bonne santé ?

    Les mûres ne se sont pas développées.

    La faute à la sécheresse, selon lui, que la canicule de juin a engendrée qui a « stoppé » le développement local de la flore. Philippe place toujours ses ruches au même endroit où son père le faisait quand il était petit. Il se souvient de la nature luxuriante à l’époque où il était un jeune garçon, des mûriers voisins qui débordaient de fruits. Aujourd’hui, amer et légitimement en colère, l’homme ne peut qu’observer des buissons aux mûres blanches à peine développées et qui ne mûriront plus cette année.

    Par ailleurs, le printemps froid de cette année – autre extrême climatique – a obligé Philippe à nourrir ses abeilles au mois de mai alors que c’est le mois où elles trouvent normalement le plus de fleurs gorgées du précieux nectar. Avec d’autres collègues apiculteurs, ils ont perdu plusieurs ruches où les abeilles sont mortes d’épuisement et de faim. À cette époque de l’année, les hausses des ruches devraient normalement être pleines de miel. Mais quand Philippe inspecte ses ruches, et il les retrouve à moitié pleines. Certaines hausses sont mêmes entièrement vides. L’année s’annonce particulièrement mauvaise pour Philippe et le secteur.

    La hausse qui devrait être pleine est totalement vide.

    À cause de la sécheresse, qu’une seconde vague de canicule a aggravée en juillet, les abeilles rescapées du printemps n’ont pas produit les quantités habituelles de miel, ce qui rend visible leur mauvaise santé. Conséquence directe de ces ruches vides, le travail fourni durant l’année par Philippe ne lui rapportera rien. C’est tout un système artisanal qui est donc voué à l’effondrement, et de nombreuses abeilles en dépendant. Naturellement, il convient de rappeler que les abeilles domestiques ne sont pas les seuls insectes butineurs à souffrir de la situation. Il existe 1000 espèces d’abeilles sauvages et de bourdons rien que dans l’Hexagone ! 80 % des plantes à fleurs dépendent directement de la pollinisation par les insectes.

    Mais les abeilles de Philippe ne sont pas de simples butineuses. Elle appartiennent au programme  » sentinelle de l’environnement « . Un programme à but non-lucratif qui s’attaque à la disparition massive des abeilles et autres insectes pollinisateurs en France et dans le monde, qui s’investit pour la sauvegarde de la biodiversité et le développement d’une agriculture durable. Les citoyens qui veulent agir à leur niveau peuvent notamment soutenir l’UNAF, l’union nationale de l’apiculture française. Si de nombreuses solutions individuelles existent, depuis les hôtels à insectes au sponsoring de ruches, il semblerait que seul un profond changement structurel de nos institutions puisse endiguer le drame.

    Rappelons que les abeilles sont à l’origine de la pollinisation de 90 % de nos cultures et 30 % de l’alimentation humaine. Leur disparition signerait la fin de notre agriculture telle que nous la connaissons et surtout le début d’une famine généralisée. Comme l’assène Philippe, la Nature est en train de « crever », pour reprendre ses mots, et nous en emportera avec elle si nous n’agissons pas à temps.

    S. B.

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