Pollution, addiction, entraves aux libertés… Les limites liées à la croissance des high-techs sont de plus en plus prégnantes. Une démarche écologique concrète se développe aujourd’hui en opposition à ce modèle : les low-techs, qui visent à concevoir et à diffuser des techniques et des savoir-faire simples, durables et accessibles à tous. En quête d’un mode de vie plus sobre, un groupe de citoyens se bat pour démocratiser cette approche dans tous les domaines de la vie sociale : l’agriculture, l’habitat, l’énergie, l’éducation, l’économie, etc. Dans le film Low-tech, actuellement en campagne de crowdfunding, le réalisateur Adrien Bellay part à leur rencontre.

Depuis l’invention du premier microprocesseur en 1971, les technologies de l’information ont connu un développement exponentiel, faisant entrer le monde dans l’ère du high-tech. Mais ces progrès fulgurants viennent avec leur lot de conséquences. Celles-ci s’incarnent notamment dans l’emprise démesurée du numérique sur notre vie, qui entraîne de plus en plus souvent des limitations des libertés, des atteintes à la vie privée et des nuisances importantes sur l’état physique et psychologique des utilisateurs. Par ailleurs, le consommateur est de plus en plus coupé de la complexité technique des appareils qu’il utilise, se questionnant rarement sur ce qui permet de telles prouesses techniques rapidement banalisées. Mais la croissance débridée du secteur engendre également une pollution sans précédent.

D’après les chiffres de Statista, les émissions de gaz à effet de serre générées par le numérique sont réparties comme suit : 15 % proviennent des centres de données, 22 % des infrastructures réseaux et 63 % des équipements. Des chiffres auxquels s’ajoutent la pollution considérable liée aux déchets des dispositifs électroniques, qui s’entassent dans des décharges en Afrique et en Asie en l’absence de filières de recyclage dignes de ce nom. Ces données sont aujourd’hui bien connues, mais rien ne semble pourtant entraver le succès des entreprises du high-tech, GAFAM en tête, au prix d’une dépendance toujours plus importante à l’énergie et aux ressources naturelles comme les terres rares. Dans le domaine, la fin justifie les moyens et les rares avancées écologiques ne parviennent pas, à ce jour, à contrebalancer la croissance du secteur.

Un mode de vie plus sobre

Une alternative grandissante à ce modèle commence à voir le jour, avec le développement des low-techs. Ce mouvement consiste à concevoir ou à diffuser des techniques concrètes et des savoir-faire faciles d’utilisation, durables et accessibles à tous. Une manière de se réapproprier, « localement » ou à échelle humaine, les techniques. Les précurseurs de ce mouvement, qu’ils soient militants, agriculteurs, ingénieurs, ou entrepreneurs, sont aussi en quête d’un mode de vie plus sobre et cherchent à insuffler un élan positif dans tous les domaines de la vie sociale. Loin de rejeter la modernité et les technologies, ils croient cependant à une réappropriation des savoirs par les citoyens, par riposte à la privatisation des connaissances techniques par les acteurs du capitalisme moderne. Dans l’agriculture, dans l’habitat, dans l’énergie, dans l’éducation et dans l’économie, les low-tech sont une source d’inspiration. Elles le sont également pour Adrien Bellay, qui a décidé d’y consacrer un film.

Après un parcours qui l’a amené à collaborer au montage de reportages comme Envoyé Spécial ou Thalassa, il participe à des projets de films documentaires pour le cinéma avant de passer à la réalisation. Cette évolution se fait par nécessité : dans un monde qui part à la dérive, montrer les possibles écologiques devient selon lui indispensable. Son premier film, L’Eveil de la permaculture dévoile le processus de transmission des savoirs entre les pionniers de ce mouvement et une nouvelle génération soucieuse d’adopter un mode de vie en accord avec leurs principes. A sa sortie en 2017, le film réunit plus de 100 000 spectateurs.

Vers un changement de société

Dans la même lignée, Adrien Bellay se lance aujourd’hui dans un nouveau projet documentaire dédié aux alternatives concrètes : Low-Tech. Actuellement en cours de financement via une campagne de crowdfunding sur Ulule, le film a pour ambition de partager le quotidien des citoyens engagés qui luttent pour diffuser cette approche. Réparer les machines du quotidien, reprendre le contrôle de son alimentation en énergie ou bâtir ses propres moyens de production, nombreuses sont les applications concrètes des low-techs. En exprimant leur créativité et en s’affranchissant des normes, les précurseurs de cette approche espèrent un changement de société. Car démocratiser les low-tech, c’est aussi promouvoir la sobriété énergétique, l’économie circulaire et la libre circulation des savoirs.

Ce film répond à la volonté d’Adrien Bellay, de diffuser des récits souhaitables, de « mettre en scène un univers écologique désirable et crédible, porté par un groupe de citoyens représentatif qui inspire confiance et dans lequel nous pouvons nous reconnaître. » Pour ce faire, le réalisateur souhaite dévoiler le quotidien de huit acteurs du monde des low-techs. Il s’agira non seulement de suivre leurs actions, mais aussi de comprendre les raisons qui les ont poussés à s’engager. Au fil des étapes de fabrication ou de réparation d’un outil, de la transmission d’un savoir-faire à la commercialisation d’un produit, jusqu’à l’aboutissement du projet, ils se confieront sur leurs désirs d’autonomie et de réappropriation des savoirs.

Démmocratiser les low-tech, c’est aussi promouvoir la sobriété énergétique, l’économie circulaire et la libre circulation des savoirs. – Pixabay

Des coopératives agricoles aux écoles d’ingénieurs

C’est ainsi que le film donnera la parole à Charlotte Rautureau, en charge d’un atelier de réparation qui vise à déprogrammer l’obsolescence et à recréer du lien social dans un quartier populaire de Nantes. Low Tech emmènera également le spectateur en Isère, à la rencontre de Barnabé Chaillot, qui fait la promotion de l’autonomie énergétique et alimentaire au fil de ses tutos sur Youtube, mais aussi de Fabien et Cécile Morel, un couple d’entrepreneurs devenus bâtisseur d’éco-village. Dans la même région, le réalisateur présentera L’Atelier Paysan, une coopérative agricole qui propose aux agriculteurs d’autoconstuire leurs machines pour ne plus dépendre des industriels.

Parmi les autres personnages du film, on retrouvera Alice Bodin, qui co-anime un stage de fabrication d’éolienne domestique et sensibilise aux enjeux et solutions de la surconsommation. Pour elle, « quel que soit le projet, la première étape est d’oser repenser nos besoins d’énergies. On ne réalisera pas de transition énergétique si on ne résout pas d’abord la surconsommation. » En Bretagne, le film donnera la parole à Clément Chabot et Pierre-Alain Lévêque, deux jeunes ingénieurs rebelles qui ont rejoint l’aventure du Low-Tech Lab à Concarneau, après avoir habité dans une tiny house pendant près d’un an. Citons encore Baptiste Eisele, étudiant à l’École d’Ingénieur des Mines d’Albi, qui s’investit dans son école pour sensibiliser les étudiants à ces enjeux et Gaël Lavaud, qui poursuit son rêve de créer un véhicule réellement écologique avec sa marque La Gazelle.

Réduire la consommation

Le porte-étendard des low-techs en France Philippe Bihouix serait bien entendu également de la partie. Spécialiste de l’épuisement des ressources minérales et des questions de soutenabilité des sociétés industrielles, l’auteur de L’âge des low tech, Vers une civilisation techniquement soutenable a popularisé le terme en France. D’après lui, il est urgent d’orienter l’innovation vers l’économie des ressources grâce à l’éco-conception : « la recette actuelle – une fuite en avant, la plus rapide possible à base d’innovation high tech – ne résoudra pas les problèmes. Reste l’option très rationnelle d’appuyer sur la pédale de frein : réduire, au plus vite et drastiquement, la consommation de ressources par personne. »

A travers ces portraits, le film suscitera donc de nombreux questionnements. Comment trouver l’équilibre entre convictions personnelles et pratiques quotidiennes ? Comment faire des low-techs une alternative crédible ? Avec une question centrale : quel modèle de société voulons-nous pour demain ? Ces pionniers qui tentent d’imaginer des futurs désirables fondés sur des techniques écologiques proposent des éléments de réponse. Pour leur donner la parole dans le cadre d’un film indépendant de qualité, l’équipe a lancé une campagne de financement participatif. Les contributeurs bénéficieront d’un accès privilégié au film et d’autres contreparties exclusives. L’objectif est de réunir 40 000 euros afin de produire et diffuser le film dans un maximum de salles et médiatiser les low-techs au-delà de la communauté la plus engagée dans ce mouvement.

Raphaël D.


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