Nouvelles routes de la soie : le coup commercial du siècle qui précipite l’effondrement

    Le Président chinois Xi Jinping en parle comme du projet du siècle : les nouvelles routes de la soie, aussi appelées Belt and Road Initiative (BRI), véritables artères flambant-neuves de la mondialisation, ont pour ambition de faciliter et de développer le commerce mondial. Afin d’assurer son hégémonie commerciale et fluidifier les échanges de marchandises à l’échelle internationale, Pékin multiplie les acquisitions et les chantiers maritimes et terrestres pharaoniques, au mépris des conséquences désastreuses pour l’environnement qu’ils induisent.

    Le projet BRI a été lancé en 2013 par le Président Xi Jinping dans le but déclaré de relier davantage la Chine aux marchés du reste du monde. Concrètement, la BRI consiste en la création d’une « ceinture » terrestre qui parcourt l’Asie et l’Europe doublée d’une « route » maritime qui se déploie jusqu’en Afrique. De nouvelles liaisons commencent même aujourd’hui à apparaître du côté de l’Amérique du Sud et centrale. Au total, ce gigantesque réseau d’infrastructures énergétiques, routières, ferroviaires, maritimes et digitales couvrira plus de deux tiers de la population mondiale. Une toile d’araignée connectée qui mise une fois encore sur le caractère espéré de la croissance mondiale infinie.

    Mondialisation 2.0

    En ce moment même, de plus en plus de pays rejoignent le programme ambitieux, parfois appelé « mondialisation 2.0 » tant il deviendra central à l’économie mondialisée. La réalisation de la BRI est aujourd’hui bien engagée et devient inévitable. Xi Jinpin est sur le point de mettre en œuvre le plus grand projet commercial jamais pensé à l’échelle du monde. Des échanges plus intenses, plus fréquents, plus rapides… mais surtout encore plus polluants. Car, en dépit des déclarations, l’aspect écologique n’est pas vraiment prioritaire dans le modèle. Comment pourrait-il l’être alors qu’il s’agit d’une nouvelle atteinte contre l’économie locale qui peine déjà à résister aux marchés d’échelle.

    Après de nombreux rapports d’ONG, c’est ainsi un think tank chinois, le Centre Tsinghua pour la finance et le développement, qui pointait début septembre la menace potentielle que représente la BRI pour la lutte contre le réchauffement climatique. Si les effets néfastes sur l’environnement du commerce mondial ne sont plus à prouver, la pollution atmosphérique occasionnée par les transports maritimes industriels n’est pas le seul problème posé par les nouvelles routes de la soie.

    Avril 2019 – les 130 pays impliqués dans la BRI (source : FMI)
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    Les enjeux écologiques au second plan

    Parmi les 130 pays qui ont signé des accords de coopération avec la Chine, un grand nombre peine déjà à tenir leurs engagements pour l’environnement, et ce projet ne devrait pas les y aider, bien au contraire. Le centre Tsinghua a modélisé les effets du développement des ports, pipelines, voies ferrées et autoroutes liées à la BRI dans certains de ces pays. Résultat : la Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite ou encore l’Indonésie devraient réduire leurs émissions de CO2 de 68% d’ici à 2050 pour rencontrer les objectifs de l’Accord de Paris de 2015. Un tour de force dans un contexte où la croissance économique reste un objectif majeur des activités économiques et politiques.

    En ce qui concerne l’impact environnemental de la BRI, les déclarations officielles de Pékin demeurent peu claires. En théorie, les normes du pays hôte doivent être respectées lors de la construction d’infrastructure. Mais une réglementation trop ambitieuse pourrait tempérer l’intérêt des autorités chinoises, et les enjeux écologiques se voient donc souvent relégués au second plan par les pays en question. Le régime de Pékin met tout en œuvre pour que la dépendance au développement économique qu’il apporte continue de primer sur tout le reste.

    L’énergie, le nerf de la guerre

    En parallèle, le régime de Président Xi Jinpin insiste sur ses « projets verts » lancés dans le cadre des nouvelles routes de la soie. Des centrales solaires, des barrages hydrauliques et des parcs éoliens seront effectivement mis en place, participant volontiers au mythe d’une croissance verte. Pourtant, une étude publiée par le World Resources Institute en collaboration avec le Global Development Policy Center de Boston pointe le fait que les investissements dans le projet entre 2014 et 2017 ont été dirigés dans une large mesure vers l’utilisation abondante des énergies fossiles. « La plupart des projets énergétiques et de transports sont encore étroitement liés aux secteurs traditionnels », analyse encore le rapport, qui recommande par ailleurs plus de transparence au gouvernement chinois. Le Global Environment Institute avance pour sa part le chiffre de 240 projets d’énergie à base de charbon auxquels Pékin aurait participé entre 2001 et 2016 dans le cadre de la BRI. Autant dire que les projets « verts » sont les arbres qui cachent la forêt.

    Le CECP (corridor économique Chine-Pakistan), qui relie la Chine au port de Gwadar, en mer d’Arabie, rassemble à lui seul une bonne partie de ces projets. Plus de la moitié des dépenses engagées dans ce corridor d’une importance stratégique capitale, soit 33 milliards de dollars, sont investis dans des centrales énergétiques classiques. Près de 75% de l’électricité ainsi produite proviendra de centrales au charbon. Le contrôle du port de Gwadar avait été cédé à la Chine en 2015 pour une période de 43 ans.

    Le Président Xi Jinpin lors d’un forum international dédié à la BRI en mai 2017 (source : Reuters)

    Une consommation énorme de ressources naturelles

    Outre les ressources énergétiques, de nombreux autres matériaux sont nécessaires pour mener ce projet à bien. Des quantités énormes de bois, de sable, de calcaire et de nombreux autres minéraux plus ou moins rares sont engouffrées chaque jour par les nombreux chantiers de la BRI à travers le globe. L’extraction et le transport de ces ressources naturelles ne manquent pas d’engendrer des dégâts importants à l’environnement, notamment en Afrique. De par sa taille, c’est peut-être d’ailleurs le projet qui affiche le plus manifestement les conséquences et besoins de la mondialisation triomphante.

    Le continent Africain est devenu aujourd’hui le principal fournisseur de la Chine, dont l’appétit pour les matières premières semble sans limite. Pékin multiplie ainsi les chemins de fer et autres routes commerciales en pleine nature comme dans les mers destinées à l’acheminement des ressources depuis l’Afrique, profitant souvent des réglementations plus souples en matière d’environnement mais aussi de la dépendance des pays en voie de développement à leur grande puissance économique.

    Une menace grandissante pour la biodiversité

    Des chantiers aussi importants que ceux-là empiètent aussi forcément sur le territoire de la faune locale. C’est ce que dénonçait en 2018 de nombreux experts de l’environnement du monde entier. Dans le cadre d’une tribune publiée dans Nature Sustainability, ils estimaient, s’appuyant sur un rapport de WWF, que les routes commerciales de la BRI pourraient nuire gravement à plus 265 espèces menacées, dont certaines en danger critique d’extinction. En plus d’envahir leur territoire, la BRI augmente la fragmentation de leur habitat, la pollution tant atmosphérique que sonore ou lumineuse et le risque d’introduction d’espèces invasives. Ces chantiers contribuent également à déplacer des populations locales, qui figurent parmi les premières victimes du projet.

    Dérèglement climatique, pollution atmosphérique, surconsommation de ressources naturelles, déforestation, perte d’habitat pour des espèces végétales et animales… La liste des impacts désastreux des nouvelles routes de la soie est longue. Le type de projets développés (qui font la part belle aux énergies fossiles), leur grande diversité, le manque de réglementation stricte dans les pays concernés et l’impérialisme économique destructeur de la Chine, premier émetteur de CO2 du monde (avec plus de 30% des émissions à son actif), engendrent des risques sans précédent pour l’environnement. Alors que la crise écologique exige des réponses qui s’articulent autour de la subsistance locale et d’un changement complet de paradigme, de nombreux gouvernements continuent de s’engager toujours plus sur la voie d’une mondialisation intensive qui menace l’avenir de la planète. Reste à comprendre pourquoi les populations continuent-elles de les élire, précipitant par là même leur propre extinction. Tout ça pour quelques gadgets pas chers fabriqués en Chine ?

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