Quand nos ancêtres imaginaient l’avenir…

Le futur a toujours passionné l’être humain. Après tout, c’est là où nos descendants comptent vivre, si possible dans de bonnes conditions. Qu’il s’agisse d’imaginer un futur merveilleux ou de s’appliquer à décrire une société d’avenir dystopique au bord de la rupture, les artistes se sont souvent adonnés à l’exercice avec une grande imagination, tandis que les scientifiques et ingénieurs s’appliquaient à faire de quelques rêves (et cauchemars) notre réalité. Si certaines inventions ne verront jamais le jour, celles présentes sur ces illustrations anciennes sont déjà là ou en cours de réalisation. Petit retour en arrière pour juger du présent et, à notre tour, penser un « autre » futur.

La plupart de nos ancêtres et designers des siècles passés s’imaginaient un futur hautement technologique aux possibilités illimitées, révolution industrielle aidant. Si la plupart d’entre eux se fourvoyaient complètement, imaginant des voitures volantes et des villes lunaires à l’aube des années 2000, certains avaient le nez creux pour s’imaginer les décennies à venir, celles que nous vivons actuellement. Preuve en est, ces quelques illustrations d’un autre temps. D’un temps où les appareils photo instantanés et autres écrans portables étaient encore de l’ordre du fantasme.

Outre les différentes questions éthiques que l’on pourrait soulever pour chacune des différentes inventions imaginées par le passé, il est intéressant d’observer les effets d’un sciècle porté par le culte du résultat (le produit fini), sans jamais véritablement questionner la manière même dont sont fabriqués les choses que nous consommons. Même aujourd’hui, peu nombreux sont ceux qui se questionnent sur l’origine des choses; et ils sont toujours le plus souvent montrés du doigt et assimilés à de quelconques illuminés ou extrêmes. Une seule question se pose : nos contemporains font-ils la même erreur ? Va-t-on une nouvelle fois imaginer le monde qui nous entoure comme étant « sans limite » et ses ressources à notre entière disposition ?

Alors que les ressources naturelles se font de plus en plus rares sur terre, et que le développement de technologies gourmandes en métaux rares continue à grand train, il est légitime de se demander si le progrès passe nécessairement par une technicisation toujours plus poussée des produits de grande consommation, sans faire de l’écologie une base de la conception de toutes choses (éco-conception dans une économie circulaire). La mauvaise répartition des richesses, également, reste un problème majeur au sein de nos sociétés globalisées, car sans croissance infinie possible, comment justifier une iniquité de revenus ?

  1. Les lunettes-télévision ou la réalité virtuelle

Prise en 1963 pour le magazine Life (à gauche), la photo montre le célèbre auteur de science-fiction Hugo Gernsback (considéré comme le père de la science-fiction par certains), portant le modèle d’un appareil mentionné dans une de ses histoires : les lunettes de télévision. Son idée était que les gens puissent un jour regarder la télévision de si près, à tel point qu’ils pourraient interagir directement avec l’écran.

Une « prédiction » assez précise, quand on voit aujourd’hui partout la réalité virtuelle se développer. Avec plus d’un million de casques de réalité virtuelle vendus au troisième trimestre 2017, les différentes applications rendues possibles par la réalité virtuelle semblent d’ores et déjà séduire. Qu’il s’agisse de jeux vidéos ou d’expériences plus inédites comme la simulation de son propre décès ou un voyage dans les Caraïbes ou même sur Mars, la réalité virtuelle semble trouver sa cible, et pose des questions. Certains arguent même que la réalité virtuelle pourrait nous rendre plus empathique. Pas étonnant, donc, de voir arriver peu à peu des documentaires en réalité virtuelle censés nous sensibiliser à diverses questions d’ordres sociales ou politiques en nous plongeant sur le terrain. Un exemple récent : ce documentaire gratuit mis en ligne par les Nations Unies concernant la situation des réfugiés.

Le robot-aspirateur automatique

En 1910, Jean-Marc Côté et son équipe d’illustrateurs décident de créer une série d’illustrations qu’ils intituleront « En L’An 2000 ». Celle-ci, appelée « frottement électrique » apparaît au début du siècle avec le développement de la technologie robotique. Les entreprises commencent alors à produire les premiers robots ménagers.

Aujourd’hui, si les robots-aspirateurs ne sont pas dans tous les placards, ils sont bel et bien une réalité. Au Japon, ces aspirateurs automatiques sont aujourd’hui de l’ordre de la normalité. Et si la technologie n’a pas encore pris totalement le pas sur le travail humain prodigué par les hommes et les femmes de ménage, la mécanisation des tâches quotidiennes est déjà très avancée dans nos sociétés modernes. Un progrès qui prétendait, dans le contexte de l’époque, libérer les femmes de leurs tâches quotidiennes à la maison. Aujourd’hui, la complexification technologique fait écho à une robotisation de la sphère industrielle. En France, on considère que d’ici une quinzaine d’années, 330 000 emplois ouvriers pourraient disparaître des suites d’une nouvelle vague de robotisation. Concernant les agents d’entretien, ce chiffre s’élèverait à 320 000. Aux États-Unis, des recherches ont montré que 47% des emplois pourraient être menacés par la robotisation dans un futur proche. Un doute soudain quant à l’avenir de votre profession ? Le site « Will robots take my job » vous répond. Comme quoi, la « menace » est réelle, cette robotisation n’est pas nécessairement négative si elle libère l’humain du labeur tout en redistribuant les fruits du travail robotisé. Incompatible avec le capitalisme ?

L’école ultra-informatisée

Cette illustration a été réalisée en 1969 par Shigeru Komatsuzaki, pour un magazine japonais appelé Computopia. Nommée « La montée de l’école informatisée », la scène nous montre une salle de classe du « futur » où l’enseignant apparaît sur un écran alors que chaque élève dispose d’un ordinateur, sur lequel il travaille seul. Le « professeur numérique » vérifie automatiquement la progression des étudiants, tandis que des robots sont en charge de surveiller et de punir les étudiants désobéissants. Cette vision très industrialiste est calquée sur le modèle de la réussite individuelle et le culte de l’entreprise.

Aujourd’hui, de nombreux pays mettent en place l’utilisation d’ordinateurs dans les salles de classe. Certains pays fournissent même un ordinateur personnel à chaque élève, comme illustré ci-dessus. Dans certains cas (encore rares), un professeur décentralisé donne cours à plusieurs classes par vidéo conférence. En outre, l’éducation à distance et l’apprentissage en ligne deviennent également une chose banale, notamment avec les Moocs (formations en ligne ouverte à tous). À l’école, les applications se multiplient, permettant aux enseignants de noter les absences des élèves, ou de communiquer directement avec les parents.

Les appels-vidéos ou « Skype »

C’est certain, ils n’ont pas vu venir la miniaturisation technologique. Prédite par de nombreux auteurs, futuristes et illustrateurs dans le passé (cette illustration date de 1930), une technologie permettant de passer des appels vidéos a bel et bien vu le jour. Encore une fois, la ressemblance avec un gadget moderne que nous connaissons sous le nom de « smartphone » est frappante. Alors qu’à chaque table de café, il n’est plus rare de voir un groupe d’amis penchés sur leurs smartphones, cette illustration tape dans le mille concernant notre relation actuelle à la communication, qui donne aujourd’hui lieu à la naissance de nouvelles notions comme le « phubbing »l’art de snober les gens qui nous entourent, le nez enfoui dans son portable.

Des robots chauffeurs et autres voitures automatiques

Une illustration parue en couverture du magazine Popular Science en juin 1940 prédit que les voitures de demain pourraient fonctionner de manière autonome et transporter des personnes sans nécessiter de chauffeur. Un rêve sur le point de devenir réalité : aux États-Unis, les voitures autonomes de Waymo  ont parcouru 1 000 000 de miles à travers la Californie ne causant qu’une seule collision où leur voiture était en faute. Au Royaume-Uni, les voitures sans conducteur devraient être testées sur les autoroutes en 2019 et on estime que d’ici 2025, une voiture pourra se déplacer de porte à porte sans que le conducteur ait à toucher le volant. Du point de vue « froid » de l’assureur, ce type de voiture est nécessairement beaucoup plus fiable pour éviter des pertes économique et, par conséquent, humaines. Inévitablement, ce modèle est amené à se généraliser, encore une fois, sans vraiment poser la question de fond : la voiture individuelle généralisée à l’humanité est-elle soutenable ?

De quel avenir voulons-nous vraiment ?

Si ces illustrations représentent toutes des individus qui semblent évoluer dans des sociétés plutôt riches, déconnectés des questions écologiques ou sociales, on peut se questionner sur le présent bien réel d’une grande partie des populations du globe, bien loin des smartphones et du glamour des maisons ultra-modernes et hyper-connectées. Aussi utopiques qu’elles aient pu apparaître à l’époque où elles ont été réalisées, ces illustrations doivent aujourd’hui nous questionner sur notre propre vision de l’avenir, et contribuer au départ d’une réflexion plus poussée sur notre idée du progrès en général. Vers quoi voulons-nous évoluer aujourd’hui ?


Sources : TheVintageNews.com / Capital.fr / Bloomberg.com / Figaro.fr / LesInrocks.com