Rencontre avec un peuple indigène d’Équateur au mode de vie menacé

Les peuples indigènes représentent une des richesses de l’Équateur et pourtant, leur vie est loin d’être riche, ils sont souvent oubliés, voire discriminés par les autorités. Rencontre touchante avec l’une de ces communautés ancestrales au cœur des Andes ou de la forêt amazonienne.

“Indigènes”, le mot peut paraître péjoratif dans notre vocabulaire occidental, mais il est un synonyme de fierté pour ces peuples originels. Ethnologiquement, il signifie qu’ils sont les descendants de ceux qui habitaient la terre avant les conquêtes, les colonies et les grands bouleversements des temps modernes. L’authenticité d’un mode de vie et d’une culture unique est inscrite dans leurs gênes et ils la défendent fermement.

L’Équateur, 15 millions d’habitants, compte treize nationalités indigènes, inscrites dans la constitution de 1998. Après des années de spoliation, cette reconnaissance officielle leur donne enfin des droits et une voix comme membre à part entière de l’État équatorien. Ils sont, selon le recensement des Nations Unies en 2004, plus de 4 millions de personnes, soit plus d’un quart de la population !

Monica. Photographie : Pascale Saury / Mr Mondialisation
Photographie : Pascale Saury / Mr Mondialisation

Nous voici dans les Andes, quelque part entre 3000m et 4000m d’altitude, non loin des volcans emblématiques de la région. Sur le chemin, nous avons d’abord croisé Monica qui sortait de sa modeste maison entourée de terres cultivées et d’enclos pour les animaux. “Je pars tous les jours vers 9h avec mes moutons dans la montagne et je reviens vers 16h. Je vends aussi des boissons dans un petit café pour les touristes pour gagner ma vie.” nous confie-t-elle.

Ces hommes, ces femmes et ces enfants vivent très loin des zones urbanisées et parlent une vingtaine de dialectes différents. Aujourd’hui, ils font face à de nombreux défis pour perpétuer leur mode de vie menacé par la pauvreté et la convoitise de grandes entreprises. En jeu, les richesses insoupçonnées de leurs terres. Car si Monica, et les autres, aspirent à une vie simple, des groupes d’investissements rêvent d’y installer élevages industriels et mines à ciel ouvert.

Laura Chusin Pilango est une mère de famille de 46 ans. C’est sa petite fille qui nous interpelle, curieuse, sur le bord du chemin. Dans cette région magnifique et verdoyante, Laura représente une des 35 familles de la communauté Guayama Grande. Elle a 9 enfants et vit avec sa fille Tania de 10 ans. Son mari et ses autres enfants vivent en ville pour étudier et/ou travailler.

Comme ces “voisins”, Laura est agricultrice et essaye de tirer le meilleur de son petit lopin de terre avec ses quelques moutons. Loin d’une approche industrielle, elle cultive des haricots, des fèves de chocho, sorte de haricot local, mais aussi du maïs, des pommes de terre,… Dans un dénuement assez palpable, elle travaille tous les jours pour assurer la subsistance de sa famille. Comme Laura, ces communautés se situent en bas de l’échelle sociale et économique du pays, et souffrent encore aujourd’hui de nombreuses discriminations. Elles n’ont pas les mêmes chances que les autres en termes d’accès aux soins de santé ou à l’éducation par exemple, du simple fait de leur origine mais également de leur manque de revenu. Selon un rapport de la Banque Mondiale, 87% de la population indigène d’Équateur est pauvre, 96% dans les Andes ! Cependant, cette pauvreté ne détruit pas leur optimiste et joie de vivre.

Laura explique être heureuse de vivre dans ce cadre naturel, même si ce n’est pas facile d’avoir assez d’argent pour manger chaque jour. Cependant, elle estime vivre mieux ici qu’en ville où les gens, selon elle, sont enfermés. « C’est une belle vie ici, mais le vent ici est un problème. Le vent fort abîme parfois la maison. On vit heureux, mais c’est un peu dur aussi. Nous n’avons pas beaucoup d’argent. Les produits que nous cultivons ne poussent pas bien. Le soleil tape trop fort, toutes les cultures sont sèches. Les pommes de terre ne grandissent pas. Oui, c’est un peu difficile. »

Bon nombre de communautés indigènes ont désormais quitté leurs terres pour aller trouver du travail et une vie meilleure en ville. Paco Garzon Rosas connaît la région comme sa poche. Il vit ici depuis plus de 80 ans et il nous explique cette évolution. “Avant, la population des communautés ici était beaucoup plus importante. Mais les populations indigènes se sont métissées et ils sont partis en nombre vers les villes. Ceux qui sont encore ici sont de vraies communautés indigènes.”

Dans la région amazonienne, les communautés indigènes luttent au quotidien pour préserver leur mode de vie authentique qui, aux yeux du monde moderne, doit faire place à la course au productivisme et à la compétitivité. Cette forêt majestueuse qui se dresse sous leurs yeux est menacée par la déforestation, l’exploitation minière, forestière et pétrolière. Dans cette “forêt vivante” comme ils l’appellent, les Kichwas de Sarayaku sont très actifs sur les réseaux sociaux pour défendre leur territoire face à la gourmandise du monde moderne. Les dirigeants officiels de cette communauté se sont récemment déplacés à Bonn, en Allemagne, pour se faire entendre à la COP23. Car, en dépit de la pauvreté, ceux-ci utilisent aujourd’hui internet comme vous et moi.

Paco Garzon Rosas. Photographie : Pascale Saury / Mr Mondialisation

Un question « mondialisée »

Sur la planète, 90 pays abritent toujours des peuples indigènes. Ces familles représentent 5% de la population mondiale (approximativement 370 millions d’individus), mais 15% dans les statistiques de l’extrême pauvreté. La Banque Mondiale prétend défendre la subsistance de ces populations : « Alors qu’ils possèdent, occupent ou utilisent un quart de la surface de la planète, ils sont en réalité les « gardiens » de 80 % de la biodiversité mondiale. De fait, on doit à ces populations la préservation de certaines terres et eaux marines ou douces qui revêtent une importance primordiale du point de vue biologique. Les peuples autochtones possèdent une expertise et un savoir ancestral fondamental sur les moyens d’adaptation aux risques causés par le changement climatique et les catastrophes naturelles ainsi que sur ce qui permettre de les atténuer et de les réduire. Or, seule une infime partie de ces terres, qu’il s’agisse de territoires appartenant aux populations autochtones par tradition ou dont elles sont propriétaires selon le droit coutumier, fait l’objet d’une reconnaissance foncière officielle par les États concernés ».

En 20 ans, selon l’institution internationale, les droits de ces peuples se sont améliorés grâce à l’adoption de nouveaux textes internationaux et à la création de nouveaux organismes de défense comme la déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Indigènes (UNDRIP) en 2007, la création de l’Instance permanente de l’ONU sur les questions autochtones et la nomination d’un rapporteur spécial sur les droits des communautés indigènes. Loin de ces grands cénacles internationaux, sur le terrain, le travail de ces familles est admirable pour tenter de s’offrir une vie décente au quotidien et résister à un développement économique triomphant qui se passerait volontiers d’eux…

Tania. Photographie : Pascale Saury / Mr Mondialisation

Pascale Sury


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Sources : World Bank / ONU / Les Sarayauku

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