Yves, 70 ans, vit en autarcie depuis 5 décennies ! (Vidéo)

Quelque part dans l’ouest de la France vit un ours solitaire qui a fait le choix, il y a presque cinq décennies, de vivre en autarcie avec sa compagne Annick. La roulotte qui a accompagné leurs années de nomadisme est maintenant une véritable maison où il fait bon vivre, sur un terrain qui est devenu un lieu de visites et d’inspiration : Les jardins du Marais. C’est dans le documentaires « L’affranchi jardinier » que l’on peut voir comment se débrouillent Yves Gillen et sa compagne Annick dans leur quotidien hors des réseaux de consommation. Ce documentaire inspirant, c’est Baptiste qui l’a réalisé, soucieux de montrer que, pour certains, leur utopie est déjà une réalité.

Un jardinier affranchi du consumérisme

La première chose qui nous frappe en regardant le documentaire, c’est à quel point Yves, à plus de 70 ans, ne manque pas d’énergie ni d’imagination. Deux qualités qui ont rythmé sa vie pour satisfaire son besoin de vivre en marge de notre société de consommation. « En refusant d’aliéner notre existence à la société de consommation et ses mirages, nous nous sommes affranchis de ses contingences. Avec la roulotte, puis le jardin comme gage d’autonomie, un autre rythme s’est installé », explique-t-il.

Depuis que le couple a posé sa roulotte dans les années 70′, cet affranchi jardinier utilise les moyens du bord pour subvenir à leurs besoins, toujours dans une démarche politique citoyenne et dans un souci de préservation de l’environnement. C’est d’ailleurs ce qu’il nous explique dès les premières minutes du documentaire : « Le Potager c’est une démarche politique. La première démarche à faire c’est d’essayer de produire une partie de sa nourriture sans compter sur les autres. »

Une démarche qui demande beaucoup de créativité car il n’est pas toujours facile de mettre en place des systèmes « hors-réseau » pour couvrir tous leurs besoins, surtout dans les conditions d’il y a près de cinquante ans. Le couple a par exemple été l’un des pionniers français de l’auto-production énergétique, s’affranchissant du monopole EDF, grâce à un aérogénérateur dans un premier temps puis grâce à des panneaux solaires depuis 1980. Pour leurs besoins en eau, Yves a créé tout un système de récupération et de pompage, qui leur permet tout de même d’avoir une douche efficace, qui ne consomme que 20 litres d’eau par douche (alors que nos douches en consomment environ 55 litres).

Les Jardins du Marais s’étendent sur plus d’un hectare. Partagés entre culture vivrières, étangs, vergers et petits bois, ils ont la particularité d’être remarquablement beaux. Ouverts au public depuis quelques années, ils attirent toujours plus de passants qui viennent se nourrir de la beauté de cet espace et de la créativité de Yves, ainsi que de ses conseils de jardinier. D’ailleurs, Yves propose un cours de jardinage en plus de la visite, pour un coût symbolique de 5€, occasion pour lui de faire l’apanage des énergies renouvelables et de l’autoconstruction. Et recevoir un cours de jardinage de la part de cet Affranchi jardinier fait envie, car sa devise est claire : « Il faut donner au jardin avant de recevoir ». Un « travail » à temps plein lorsque l’on sait que le terrain à entretenir ne mesure pas moins de 13 000m² et qu’il n’utilise aucune machine afin de ne pas polluer. Car ce jardinier traite son sol en s’inspirant de la permaculture, en le nourrissant de matières organiques, et le couvrant pour l’isoler du soleil, du froid ou du vent. « La terre n’est pas un support, mais un organisme vivant dont nous dépendons tous, et cette matière noble mérite le plus attentif des regards pour mieux la décrypter. » 

Si la vie de cet affranchi jardinier pourrait étonner, dérouter voir même repousser certains, il n’empêche qu’elle est une belle preuve qu’on peut avoir le courage de vivre une vie choisie, avec tout ce que ça peut compter d’imprévisible et de précaire, mais aussi de liberté et de surprises. Un courage, oui, car vivre sans dépendances et s’affranchir du conformisme c’est n’avoir d’autre choix que de regarder à l’intérieur de soi et de trouver en soi-même les ressources pour répondre aux contraintes de survies. Mais cela a du bon, et pour Annick « L’idée que le jardin est un pacte implicitement signé avec la nature réconforte. C’est un lien ténu avec le passé qui nous rappelle nos racines enfouie. »

Derrière la caméra, une même passion du partage

Si nous pouvons suivre la vie de cet ours solitaire qui a fait le pari de la vie en autonomie, c’est grâce à Baptiste Henry, le réalisateur du documentaire. Depuis plus d’un an, il va à la rencontre d’hommes et de femmes qui vivent autrement, pour nous les présenter au sein d’un projet de série documentaire qu’il produit et réalise lui-même : Step Aside Project. Ce projet, c’est la volonté de prendre du recul et de montrer ce qui se passe « à côté » de nous en montrant qu’on peut « faire un pas de côté » pour aller à la rencontre d’autres façons de vivre. Un projet qui est né d’un déclic pour Baptiste :

« En seulement quelques siècles, l’être humain a évolué de manière impressionnante. La modernité s’est faufilée dans l’Histoire et nous a apporté prospérité dans bien des domaines. Entre autres, nous avons découvert de nouvelles façons de communiquer, de nous déplacer, de nous soigner… Et pourtant, malgré les bénéfices et le confort que nous a apporté ce progrès, de nombreuses personnes aspirent à vivre autrement. » Et elles ont aujourd’hui toutes les raisons de le faire !

L’affranchi Jardinier est le deuxième épisode de cette série et Baptiste avait réalisé un premier épisode autour de l’expérience de Gérard Augé, agro-pédologue et adepte de la biodynamie adaptée au jardin potager. Il avait également réalisé un film sur le lieu EchoVert, vivier de vie alternative gérée par Alter’Eco 30.

Jusqu’à présent, Baptiste à tout réalisé de façon indépendante, avec les moyens du bord, afin de rester fidèle à sa volonté d’autonomie. Sans véritable ligne directrice, il se laisse guider, au fil des rencontres, et nous entraine avec lui dans une découverte « en dehors des sentiers battus ». C’est probablement ce qui rend ces reportages si uniques. Mais ce créateur touche-à-tout se rend bien compte qu’un tel projet ne peut que difficilement se réaliser seul. « Mes rencontres m’ont appris que la quête d’autonomie, dans le sens de l’émancipation, passe par la solidarité et les interactions entre êtres humains », nous dit-il. C’est pourquoi il souhaite mettre à contribution tous ceux qui seront sensibles à sa démarche, et quelque soit leur possibilité d’action. Sur son site, il propose aux lecteurs de s’engager en finançant une partie du projet, ou bien en contribuant sur la communication, la traduction, en participant au tournage ou encore en signalant des lieux alternatifs ou des initiatives à partager aux spectateurs.

Car, pour Baptiste, la solidarité est l’entraide sont indissociables de l’essence même de son projet : tisser une toile entre les précurseurs d’un autre monde et rendre visible l’invisible en mettant en lumière leurs engagements. Et, comme une invitation à le suivre, il nous interpelle : « Et si faire un pas de côté signifiait créer du décalage pour sortir de notre cadre de référence habituel? Et s’il était possible de changer nos mentalités en modifiant le regard que nous portons sur le monde? Vous le feriez ce pas de côté ? ».


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