Au Brésil, le candidat de gauche Lula a été élu face à l’extrême droite Bolsonariste. Pourtant, Flavio Bolsonaro, le fis de l’ex-candidat Jair Bolsonaro, était arrivé largement en tête au premier tour. La plupart des sondages le donnaient gagnant au second. Pour renverser la vapeur, les partisans de Lula se sont en particulier appuyés sur une méthode basée sur les préceptes du député André Janones, soutien et stratège de la campagne.
Baptisée Janonisme, cette tactique se fonde sur une approche innovante de la communication (notamment numérique) et de la mobilisation politique sur le terrain. En coordonnant leurs actions, les militants ont réussi à retourner les algorithmes contre leurs adversaires.
Mr Mondialisation vous présente 5 principes de cette méthode qui pourrait bien se développer en France pour faire gagner la gauche de rupture aux présidentielles.

Principe numéro 1 : centraliser et synchroniser
L’un des outils principaux de la gauche brésilienne reposait sur un canal WhatsApp commun à tous les sympathisants. Mis en place au début de la campagne, il rassemblait au départ seulement 60 000 militants. Mais dans l’entre-deux-tours, il a grimpé jusqu’à 11 millions d’abonnés.
Cet unique canal, intitulé « l’armée de Lula » a permis au député André Janones de transmettre des consignes de « missions » simples, en particulier sur les réseaux sociaux, comme lancer un sujet, partager un hashtag, une image ou une vidéo. La pratique est même devenue ludique et facile à répéter pour les militants.
Grâce à cette tactique, tous les participants pouvaient se synchroniser dans un délai très court (de préférence moins d’une heure) pour faire décoller une publication et lui donner une visibilité maximale. La méthode préconise une action unie qui entraîne les faveurs de l’algorithme à l’inverse des initiatives dispersées.
Le député avertit malgré tout sur la nécessité de créer un canal de secours au cas où la plateforme ou la justice suspendrait celui-ci. Dans l’hexagone, la France Insoumise suit déjà cet exemple avec un fil similaire nommé « l’équipe de Mélenchon » qui a dépassé les 150 000 militants.
Principe numéro 2 : ne jamais nourrir l’adversaire
Il s’agit sans doute de l’un des aspects les plus marquants de cette campagne : cesser d’offrir du carburant à ses rivaux politiques. Le député rappelle ainsi que lorsque vous allez commenter une publication de l’un de vos adversaires, y compris pour le contredire et même intelligemment, vous ne faites en réalité que lui donner de la visibilité. Plus vous interagissez avec un post, plus l’algorithme la fera apparaître dans le fil d’autres utilisateurs.
La méthode préconise donc de liker, commenter, partager, s’abonner et regarder les vidéos en entier des comptes en faveur des idées progressistes afin de les diffuser en masse. À l’inverse, elle invite à ne pas interagir de quelques manières que ce soit avec les contenus des opposants. Ne pas répondre, ne pas se moquer ni insulter permet de les invisibiliser. Faire défiler rapidement l’écran va en outre indiquer à l’algorithme que la publication n’est pas importante et va ainsi le suggérer à moins de gens.
🚨 ATTENTION! People are mistranslating what I said!
I NEVER said people should block far-right accounts. I said they should IGNORE THEIR POSTS!
Blocking actually works against this strategy because the algorithm will understand that you didn’t see the content simply because…
— André Janones (@AndreJanonesMG) October 28, 2026
Ce point est particulièrement crucial parce qu’il offre une parade aux méthodes de l’extrême droite, très utilisées par Donald Trump, qui consistent à diffuser un maximum de propos polémiques, faux ou outranciers afin de générer beaucoup d’engagements de ses adversaires. En cas de réponse nécessaire, il est, par ailleurs, possible d’avoir recours à des captures d’écran plutôt que commenter directement une publication. Enfin, le blocage peut aussi intervenir pour ne pas être submergé par ses émotions et être tenté de répliquer malgré tout, même s’il n’est idéalement pas recommandé.
Principe numéro 3 : le miroir
S’il est donc déconseillé de répondre directement aux militants de droite et d’extrême droite, il existe tout de même une façon de s’opposer à leurs idées : la technique du miroir. Il s’agit de créer du contenu original en contradiction radicale avec le message d’origine.
Si un membre du RN affirme, par exemple, dans un tweet que le réchauffement climatique est une illusion, il peut être judicieux de faire une déclaration expliquant les conséquences prochaines de cette catastrophe MAIS sans riposter sous la publication. L’idée est plutôt de créer des publications indépendantes qui peuvent être poussées par le canal de communication commun.
La même méthode peut être employée sur les formats. Qu’il s’agisse de vidéos, de mèmes ou d’expressions, tout ce que l’adversaire utilise peut-être détourné pour le ridiculiser ou pour redonner l’avantage au camp progressiste. Ce comportement pourra d’ailleurs inciter les militants de droite à commenter ces publications et à les diffuser plus largement malgré eux, y compris au sein de leur cercle de contacts. Un moyen simple d’élargir la fenêtre d’Overton.
Enfin, la méthode préconise aussi de se réapproprier des symboles nationaux souvent accaparés par l’extrême droite, comme le drapeau ou l’hymne du pays. Dépossédée de ce qu’il perçoit comme des signes de ralliements le camp identitaire s’en trouvera alors déboussolé.
Principe numéro 4 : Percer la bulle
L’un des constats des diverses expériences électorales démontre aussi une tendance des militants à rester enfermés dans une bulle. Autrement dit, le programme politique ne se diffuse que dans un cercle restreint de gens déjà convaincus.
Pour pallier ce problème, Janones préconise d’introduire des messages politiques à l’intérieur de références populaires. En ayant recours à la musique, à l’humour, au sport, à la culture ou encore au jeu vidéo, il devient envisageable d’élargir son audience. En détournant de la matière aimée de tous (des scènes de films, des chansons, etc.), il est plus aisé de produire des contenus dont la force de circulation précède la lecture politique.
Le député préconise ainsi d’utiliser toutes les formes de publications possibles tant qu’elles permettent de générer de l’engagement et de toucher un maximum de personnes. En outre, ces contenus doivent rester populaires et transmettre de véritables idées progressistes sans être trop intellectualisant.
Principe numéro 5 : le passage au réel
Enfin, la méthode rappelle malgré tout qu’une campagne électorale ne peut pas reposer uniquement sur des interactions numériques. Les mobilisations en ligne doivent ainsi se transformer en engagements physiques qui peuvent ensuite alimenter les réseaux personnels.
Qu’il s’agisse de tracts, d’affiches, d’autocollants, de manifestations, de concerts, de porte-à-porte ou de rassemblements festifs, les événements physiques demeurent indispensables, notamment pour convaincre les individus éloignés du cercle virtuel et fortement influencés par les médias traditionnels.
Une dernière tactique mise en avant par le député consiste à susciter la curiosité en poussant les gens à enquêter par eux-mêmes. Les QR codes diffusés dans la rue peuvent, par exemple, servir de pont avec le milieu numérique. L’utilisation de hashtag ou de formulations mystérieuses peuvent aussi amener les électeurs à se rendre sur un moteur de recherche et à tomber sur du contenu militant.

Continuer la lutte
Évidemment, il n’existe pas de méthode miracle pour vaincre la droite et l’extrême droite et que la gauche de rupture remporte les élections. La victoire de Lula est même loin d’être ample et il ne disposera pas de la majorité au congrès.
Néanmoins, cette élection rappelle que rien n’est joué d’avance et qu’il est toujours possible de faire mentir les enquêtes d’opinion. En France, le Nouveau Front Populaire avait d’ailleurs largement déjoué les sondages. Reste à savoir si Jean-Luc Mélenchon pourra en faire autant. Le Janonisme pourrait en tout cas apporter sa pierre à l’édifice. Et en attendant le scrutin, tous les espoirs et les tentatives d’y parvenir sont permises.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Lula et Janones. 22 octobre 2026. Wikimedia.










