En Afrique de l’Est, au Burundi, les incendies de marchés et de centres commerciaux se multiplient, emportant marchandises, économies et parfois des années de travail. Depuis le début de 2026, huit espaces commerciaux ont déjà été ravagés par les flammes, faisant de ces sinistres une préoccupation nationale. Un phénomène qui rappelle tragiquement l’incendie du marché central de Bujumbura, survenu en 2013, et qui soulève encore aujourd’hui une question : pourquoi les espaces commerciaux brûlent-ils à répétition au Burundi ?

Le 27 janvier 2013, le marché central de Bujumbura était englouti par un gigantesque incendie. Des milliers de commerçants perdaient leurs boutiques, leurs marchandises et parfois le fruit de plusieurs générations de travail. Beaucoup y voyaient un drame exceptionnel.

Mais treize ans plus tard, les incendies sont devenus récurrents. Marchés, galeries et centres commerciaux sont régulièrement réduits en cendres. Parmi eux, le marché des planches de Chez Sion, ceux de Kinama, Cibitoke et Jabe, le marché central de Ngozi, ainsi que les galeries Ndayizamba et le marché de Kinindo. Au-delà des pertes matérielles, chaque sinistre ravive le traumatisme de 2013 et renforce le sentiment d’insécurité chez les commerçants.

Le feu qui détruit de génération en génération

À 35 ans, Arsène, père de deux enfants, est commerçant comme son grand-père et son père. Ce dernier vendait des vêtements et des chapeaux au marché central de Bujumbura jusqu’à l’incendie qui a ravagé le marché en 2013. En quelques heures, la famille a tout perdu. Pour le père d’Arsène, le choc économique mais aussi émotionnel a été particulièrement difficile à surmonter. Selon son fils, cette épreuve a profondément affecté sa santé. Il a développé des problèmes cardiaques et est décédé quelques années plus tard.

Malgré cette tragédie, Arsène a décidé de reprendre le flambeau familial. En 2018, il contracte un petit crédit et ouvre une boutique au marché de Kamenge, avec l’espoir de reconstruire progressivement ce que sa famille avait perdu. Mais deux ans plus tard, le même scénario se répète. En 2020, le marché de Kamenge est à son tour ravagé par un incendie. Arsène perd une nouvelle fois une partie de son activité et voit s’effondrer les efforts engagés pour repartir de zéro.

Aujourd’hui, il continue tant bien que mal à exercer le petit commerce. Mais chaque soir, au moment de fermer sa boutique, une même inquiétude demeure : celle de voir, une fois encore, des années de travail partir en fumée.

Les commerçants réclament la vérité

Treize ans après l’incendie du marché central de Bujumbura, l’incompréhension reste profonde parmi les commerçants. À chaque nouveau sinistre, les mêmes interrogations refont surface : s’agit-il d’incendies accidentels ou d’actes criminels ? En l’absence de conclusions publiques sur les enquêtes annoncées par les autorités, beaucoup disent toujours ignorer l’origine de ces incendies à répétition et demandent que toute la lumière soit faite.

À Ngozi, Jean-Paul, commerçant, estime que les simples campagnes de prévention ne suffisent désormais plus. Pour lui, les commerçants ne peuvent pas se prémunir efficacement contre un danger dont ils ignorent encore la cause. « Les autorités nous demandent de protéger nos commerces, mais c’est difficile de se protéger contre quelque chose dont on ne connaît pas l’origine », déplore-t-il.

Face à la répétition des sinistres, les commerçants réclament également des mesures concrètes pour renforcer la sécurité dans les marchés. Le président de l’Association des commerçants du Burundi, Antoine Muzaneza, propose notamment la mise en place de comités de sécurité nocturne, l’installation de caméras de surveillance ainsi qu’un meilleur contrôle des heures d’ouverture et de fermeture des espaces commerciaux.

Une enquête sans réponses

Après chaque incendie, les autorités annoncent l’ouverture d’une enquête destinée à déterminer l’origine du sinistre et, le cas échéant, à identifier d’éventuels responsables. Pourtant, treize ans après l’incendie du marché central de Bujumbura, en 2013, aucun rapport d’enquête n’a été rendu public. Une absence de conclusions qui entretient les interrogations des commerçants et de la société civile sur les causes de ces incendies à répétition.

Visite de Evariste Ndayishimiye, Président du Burundi, à la Commission européenne. Wikimedia

Pendant longtemps, les sinistres ont principalement été associés à des accidents ou à des défaillances électriques. Mais cette version est aujourd’hui remise en question par de récentes déclarations du président de la République, qui a affirmé que l’incendie du marché central de Bujumbura, en 2013, relevait d’un acte criminel. Une déclaration qui a ravivé les interrogations sur les circonstances réelles de ce drame.

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Le secrétaire général du parti au pouvoir au Burundi, Révérien Ndikuriyo, appelle lui aussi à des investigations approfondies. Il s’interroge notamment sur l’origine de l’incendie du marché de Ngozi, soulignant que celui-ci ne disposait pas d’installation électrique. Pour lui, cette situation doit conduire les enquêteurs à explorer toutes les pistes et à éviter d’attribuer systématiquement les sinistres à la société chargée de la fourniture d’électricité, sans éléments permettant de l’étayer.

La vérité ou l’oubli

Treize ans après l’incendie du marché central de Bujumbura, les interrogations restent entières. Qui se cache derrière ces incendies lorsqu’ils sont d’origine criminelle ? Quels intérêts pourraient expliquer la destruction de commerces dont dépendent des milliers de familles ? Et lorsque les sinistres sont accidentels, quelles mesures ont réellement été prises pour éviter qu’ils ne se reproduisent ?

Au-delà des pertes matérielles, c’est la confiance des commerçants qui s’érode, à mesure que les enquêtes annoncées restent sans réponses publiques. Établir les causes de ces incendies, identifier d’éventuels responsables et, lorsque les faits sont établis, permettre aux victimes d’obtenir réparation constituent autant d’enjeux pour tourner la page de ces treize années d’incertitude.

– Landry Ingabire


Photo de couverture : TV5MONDE Info

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