Durant les élections municipales de mars 2026, une opération numérique a cherché à discréditer La France insoumise et plusieurs de ses candidats. Baptisée « Rokh Solis », cette campagne est désormais considérée par les autorités françaises comme une ingérence numérique israélienne.

Dans un rapport publié le 11 juin 2026, Viginum, le service technique et opérationnel de l’État français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères, affirme avoir identifié plusieurs indices techniques indiquant « l’implication d’acteurs israéliens ».

Les investigations conduisent notamment vers une mystérieuse structure appelée BlackCore, spécialisée dans les opérations d’influence numérique. Mais une question essentielle demeure : qui a commandité cette campagne contre LFI ?

Rokh Solis : une campagne de désinformation contre LFI

Viginum a détecté Rokh Solis en mars 2026, pendant les élections municipales. Le dispositif reposait sur plusieurs sites partageant des caractéristiques techniques communes. Leurs contenus étaient ensuite relayés sur TikTok, Instagram, Facebook et X par des comptes présentant plusieurs signes d’inauthenticité.

Pour Viginum, l’objectif politique de cette manœuvre d’influence ne fait guère de doute. L’écosystème présentait une ligne éditoriale « résolument hostile » à La France insoumise. Le service décrit une « stratégie de discrédit général » du mouvement.

Trois candidats ont particulièrement été ciblés : Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix. À Marseille, un site intitulé Le Blog de Sophie s’en est notamment pris à Sébastien Delogu. Une prétendue victime l’y accusait de faits criminels.

Le dispositif dépassait donc les simples publications politiques hostiles. Il consistait à créer un écosystème capable de donner une apparence de crédibilité à des contenus trompeurs. Le parquet de Paris a depuis ouvert une enquête sur les campagnes ayant visé les trois candidats insoumis.

Faux islamistes et faux militants : les méthodes de l’ingérence contre LFI

Un autre volet de Rokh Solis cherchait à associer La France insoumise à l’islamisme. Un faux site baptisé L’Alternative 2026 se présentait comme un guide électoral destiné aux musulman·es français·es.

Autour de lui gravitaient deux sites aux positions apparemment opposées. Le premier reprenait le nom de Forsane Alizza, une organisation islamiste radicale dissoute en 2012. Ce faux groupe affichait son soutien à L’Alternative 2026. Le second, RCN France, adoptait au contraire une ligne conservatrice, identitaire et souverainiste. Il dénonçait l’existence du prétendu projet islamiste. Les opérateurs fabriquaient ainsi les deux camps d’une même confrontation. De prétendus islamistes soutenaient un projet présenté comme favorable à LFI, tandis que de faux militants conservateurs dénonçaient cette proximité.

Viginum estime que cette mécanique cherchait à polariser le débat public français en instrumentalisant la communauté musulmane. Les enquêteurs ont également identifié plusieurs indices conduisant vers Israël. Des caractères hébreux apparaissaient dans les métadonnées d’un site, et un compte TikTok associé au dispositif était localisé en Israël.

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Des faux comptes ont aussi partagé des publications islamophobes liées à l’organisation pro-israélienne ELNET et diffusé les hashtags #TheWestIsNext et #TheWestIsNow. Pour Viginum, ces différents éléments indiquent « l’implication d’acteurs israéliens » mais ne démontrent pas qu’ELNET aurait organisé la campagne.

BlackCore : la piste d’une officine israélienne d’influence 

Les investigations françaises ont surtout conduit vers une structure plus mystérieuse : BlackCore.Cette entité se présentait comme une entreprise israélienne spécialisée dans l’influence et la guerre informationnelle. Viginum a identifié une infrastructure Internet associée à BlackCore et des outils permettant notamment l’amplification artificielle de contenus. Son existence juridique reste pourtant difficile à établir. Viginum parle ainsi d’une « pseudo-entreprise », qui ne semble pas inscrite au registre israélien des sociétés.

BlackCore disposait néanmoins d’un site Internet enregistré en août 2025 et d’une présence sur LinkedIn. Plusieurs sous-domaines permettaient d’entrevoir ses activités dont la formation en communication numérique auprès du gouvernement angolais. D’autres renvoyaient vers des outils d’amplification sur les réseaux sociaux. BlackCore a ensuite largement disparu d’Internet. Son site et sa page LinkedIn ont notamment été mis hors ligne après les premières révélations.

Son activité pourrait par ailleurs dépasser le cas français. Selon Reuters, les autorités soupçonnent BlackCore d’avoir participé à des opérations d’influence concernant des élections à New York, en Écosse, en Angola et au Togo. D’après Viginum, une campagne avait notamment visé Zohran Mamdani, élu maire de New York en 2025. En Écosse, des contenus négatifs ont ciblé le Premier ministre John Swinney. Tous deux ont publiquement critiqué la politique menée par Israël à Gaza, tout comme LFI qui est particulièrement engagée contre le génocide palestinien.

Ingérence israélienne contre LFI : qui est le commanditaire ? 

C’est la principale inconnue de l’affaire. Viginum établit l’existence d’une ingérence numérique étrangère et relève des marqueurs indiquant l’implication d’acteurs israéliens. BlackCore constitue également une piste importante de l’enquête.

Mais rien ne permet actuellement d’attribuer spécifiquement l’opération. Viginum précise qu’aucun élément ne permet d’établir « l’identité et l’origine des commanditaires » ayant pu recourir aux services de BlackCore. Le rôle éventuel d’ELNET reste lui aussi indéterminé. La diffusion de ses publications par certains comptes ne constitue pas une preuve de commandite.

Malgré une audience limitée, Rokh Solis pose néanmoins un problème démocratique majeur. Pour Viginum, l’opération a délibérément cherché à influencer l’opinion publique dans le cadre d’un scrutin. À quelques mois de la présidentielle de 2027, l’affaire illustre aussi la professionnalisation des opérations privées d’influence.

Florian Douare


Photo de couverture de Julio Lopez sur Unsplash

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