L’association FUTUR dénonce le projet de porcherie intensive de Royère-de-Vassivière, pointant des risques majeurs de pollution pour les lacs environnants et le tourisme local.
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Le plateau de Millevaches est-il en passe de devenir une nouvelle terre d’industrie porcine ? À Royère-de-Vassivière, le projet d’installation de 1200 cochons par la coopérative Cirhyo suscite une levée de boucliers sans précédent. Entre menaces sur la qualité des eaux de baignade, épandages de lisier à proximité de sites Natura 2000 et opacité des procédures administratives, la colère gronde chez les habitant·es et les défenseurs de l’environnement.
Pour comprendre les enjeux de ce dossier qui dépasse les frontières de la Creuse, nous avons rencontré Louis, chargé d’enquêtes pour l’association FUTUR. Spécialisée dans la sensibilisation et la médiatisation des scandales écologiques et animaliers, l’organisation apporte aujourd’hui son expertise technique et juridique au collectif local Non à la porcherie du lac.

Mr Mondialisation : Pouvez-vous vous présenter et présenter votre association, son rôle et ses actions sur le territoire ?
Louis : « Bonjour, je suis Louis, tout nouveau chargé d’enquêtes chez FUTUR. FUTUR est une association de production audiovisuelle qui encourage un changement culturel quant à la perception qu’on peut avoir des animaux non-humains.
Nous produisons des contenus de sensibilisation et nous sommes fréquemment appelés par des particuliers ou d’autres associations qui souhaitent enquêter ou médiatiser des scandales animaliers – c’est notre versant le plus connu.
Mais nous avons aussi des aspects plus positifs, comme le projet des sanctuaires du Futur pour la démocratisation de l’adoption des animaux de ferme, et un réseau, de centaines de militant·es dans toute la France qui se rencontrent et aident sur tous ces projets. »

Mr Mondialisation : Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce projet d’élevage porcin à Royère-de-Vassivière et pourquoi votre association s’y oppose ?
Louis : « Le projet industriel porcin de Royère-de-Vassivière ressemble malheureusement à beaucoup d’autres : 1200 cochons dans 1000 m2, c’est même assez petit par rapport à ce qu’on peut voir par exemple dans l’ouest.
Mais c’est un prémisse : la coopérative Cirhyo aborde agressivement ce territoire, et n’hésite pas à faire pression en rassemblant des gros bras lors de réunions publiques. Les breton·nes qui ont vu l’écologie de leur territoire détruite par cette filière tirent la sonnette d’alarme pour que cela n’arrive pas à d’autres régions. »
Mr Mondialisation : Pourquoi ce projet vous semble-t-il particulièrement problématique pour le territoire du Lac de Vassivière ?
Louis : « La réponse est dans la question : on parle carrément d’épandages de lisier autour non pas d’un lac, mais de trois lacs de la région. Le lac de Vassivière, celui de la Vaud-Gélade et le lac de Faux. »
Mr Mondialisation : Quels sont selon vous les principaux risques environnementaux liés à cet élevage intensif ?
Louis : « Les risques environnementaux sont multiples, et déjà présents, sur un site ayant pourtant de nombreuses zones protégées Natura 2000.
Nous avons eu quelques entretiens avec Vincent Magnet, ingénieur et spécialiste de la gestion des eaux et vrai passionné de ce territoire, qui observe une dangereuse acidification du plateau de Millevaches au moins depuis dix ans, ainsi que la dégradation de nombreux autres paramètres environnementaux, alors que les projets d’ouverture et d’extension d’élevages sont acceptés sans sourciller par la préfecture qui reconnaît pourtant que la pollution des élevages est réelle. »
Mr Mondialisation : Craignez-vous un impact sur la qualité de l’eau et les zones humides du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin ?
Louis : « C’est naturellement la première conséquence et malheureusement pas la dernière : en polluant l’amont de ces trois lacs, déjà saturés par le lisier bovin – dont une partie provient par ailleurs du même groupe d’exploitants, la GAEC du Villard – la nature même de ce sol montagneux laisse filer assez directement une double pollution à l’azote et au phosphore vers les milieux humides.
Le lisier porcin est hautement plus riche que le lisier bovin et dégradera d’autant plus le milieu, surtout que les volumes sont importants pour l’endroit. »

Mr Mondialisation : Que reprochez-vous précisément à la procédure administrative utilisée pour instruire ce dossier ?
Louis : « La GAEC du Villard a de drôles de façon de procéder – ayant d’abord annoncé l’enregistrement de son projet quand une étude environnementale lui a été demandée, elle revient finalement en force… avec tout un plan économique préparé par Cirhyo, et plein de pièces complémentaires bâclées.
Comme un plan d’épandage plein de fautes d’orthographes, qui s’amuse à mesurer parcelle par parcelle le taux de pollution admissible en essayant de toujours rester en-dessous – sauf que dans le cas présent, les trois lacs se rejoignent et que toute cette pollution massivement distillée finira quand même par se concentrer jusqu’à des endroits fort éloignés. »
Mr Mondialisation : Pourquoi estimez-vous que la concertation autour de ce projet a été insuffisante ?
Louis : « Légalement, la procédure est encadrée, et la concertation est d’ailleurs en cours ! N’hésitez pas à contribuer, d’où que vous veniez, en envoyant un mail à la préfecture, on vous explique tout sur notre site. Mais l’aspect légal est un peu décevant pour les habitant·es du territoire… »
« Depuis le remembrement des terres promu par les syndicats agricoles, on voit beaucoup de très gros exploitants multi-propriétaires qui sacrifient la qualité de vie de tous pour leur seul profit. »
Mr Mondialisation : Selon vous, quels acteurs auraient dû être consultés dans ce dossier ?
Louis : « Les conséquences de ce projet franchissant les frontières du département (le lac de Vassivière étant à cheval entre la Creuse et la Haute-Vienne), il est étonnant que la consultation publique ne se limite qu’à trois communes creusoises.
Par ailleurs, alors que plusieurs installations d’EDF sont en aval, du barrage de Vassivière jusqu’à la centrale de Civaux, le fournisseur d’électricité n’était pas au courant de ce projet, et n’est pas en capacité de produire une étude d’impact sur la durabilité de ses ouvrages exposés – une compétence qui relève de la préfecture. »
« Plutôt que l’économie de dépenses du contribuable en éventuels frais de maintenance, la préfecture a choisi de faire des économies administratives en ignorant splendidement le sujet. »
Mr Mondialisation : Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie touristique autour du Lac de Vassivière ?
Louis : « Le lac de Vassivière accueille 15 0000 visiteurs par an, et a investi dans un objectif de doubler l’affluence. La région est d’ailleurs en train d’achever le nouveau système d’épuration pour un coût total de 8 millions d’euros, car la qualité des eaux de baignade laisse parfois à désirer…
Je me demande quelle tête a fait le président de région, par ailleurs habitué des lieux, lorsqu’il a appris qu’on allait étendre du lisier en amont de ce nouvel investissement prometteur.
Par ailleurs, des épandages de lisier sont prévus autour du tracé du GR46 sur une belle portion, des deux côtés du sentier, et le clou : l’élevage est prévu pour s’installer à proximité directe de gîtes accueillant des enfants à la semaine pour des colonies de vacances. Je ne suis pas sûr que la destination plaise autant à l’avenir ceci dit… »

Mr Mondialisation : Comment les habitant·es et les élus locaux réagissent-ils à ce projet ?
Louis : « Le collectif Non à la porcherie du lac, géré par des locaux, a été notre principale source d’informations, ainsi que d’autres habitants non affiliés, des politiques – toutes tendances confondues, des voisin·es…
« Il est difficile de trouver des habitant·Es sacrifiant leur territoire avec le sourire principalement au profit d’une coopérative basée dans un autre département. »
Lors de la précédente réunion publique, les principales voix pour le projet étaient… des dizaines d’agriculteur·ices syndiqué·es de la coopérative et d’ailleurs, venu·es de toute la région, pour mettre la pression aux habitant·es en les forçant à se presser pour leur juteux business. »
Mr Mondialisation : Quelles actions votre association a-t-elle engagées jusqu’à présent ?
Louis : « Nous disposons de quelques militant·es à proximité, mais notre action n’est pas tellement locale – le terrain appartient aux habitant·es concernés, ainsi que l’initiative de la lutte.
Notre façon de procéder sur cette affaire est double :
- comprendre tous les ressorts du projet pour faire de la communication ciblée – non médiatisée – auprès des victimes potentielles, qu’il s’agisse d’entreprises, d’organismes de gestion des territoires, d’instances étatiques de diverses degrés… pour rassembler des alliés de poids contre le projet.
« L’espoir est que le projet marche sur les pieds de quelqu’un de suffisamment important, AINSI le préfet respecterait la prise de contact. »
- assister à la médiatisation de plus grande ampleur, en relançant régulièrement les médias régionaux sur cette problématique, et en essayant de faire connaître au plus possible la consultation publique.
Nous proposons par ailleurs l’assistance de notre avocat, maître Pierre Pelissier, qui apporte conseils et aide à monter les recours. »
Mr Mondialisation : Envisagez-vous d’autres mobilisations ou des recours juridiques ?
Louis : « La question d’une mobilisation est à l’étude, et si elle se fait devant la préfecture nous pourrons aider à faire grossir les rangs mais la façon qu’ont nos adversaires de se mobiliser face à ce type d’initiatives nous préoccupe un peu – bien qu’elle soit loin de nous décourager.
Par ailleurs, nous nous tenons prêt·es pour d’éventuels recours, si cette folie persiste et que le projet passe à travers les lignes du bon sens. »
Mr Mondialisation : Qu’attendez-vous désormais des autorités concernant ce projet ?
Louis : « Depuis que je m’intéresse au sujet, je pense que peu d’argumentaires contre l’ouverture d’un élevage ont pu être si diversifiés au regard des problématiques qu’il suscite. L’opposition populaire sur place est présente depuis le début et largement majoritaire. Alors si ce projet délirant et égoïste réussit, quelle est notre possibilité, nous citoyen·nes, de nous défendre contre d’autres projets destructeurs montés par des industriels avides ? »
– Propos recueillis par Mauricette Baelen
Photo de couverture : Vue aérienne du lac de Vassivière ©Wikipédia















