Si la sphère complotiste ne manque pas d’imagination pour inventer toute sorte de théories farfelues, elle semble cependant bien moins s’attarder sur des sujets réels et documentés, pourtant souvent ignorés du grand public. C’est le cas, par exemple, du réseau Atlas, véritables conglomérats de think tanks libertariens américains clairement orientés vers l’extrême droite. Un réseau qui ne cesse d’étendre son influence, notamment en France.
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Comme le révélait l’observatoire des multinationales dès 2024, l’extrême droite mondiale bénéficie de nombreux soutiens financiers à travers le globe et s’avère être la dernière carte systématiquement jouée par la machine capitaliste lorsqu’elle entre en crise. Dans ce cadre, le réseau Atlas agit en sous-marin pour orienter le débat public et l’agenda politique dans le monde entier.
Une machine d’influence idéologique mondialisée
Derrière le réseau Atlas se cache un tissu impressionnant de think tanks défendant les thèses libertariennes. Ce courant ultralibéral, souvent lié aux sphères d’extrême droite, prône la réduction la plus poussée du rôle de l’État au profit du marché, mais aussi des idées antisociales et climatosceptiques.
Né aux États-Unis en 1981, ce réseau coordonne ainsi près de 600 groupes de réflexions à travers le monde avec un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars. Et derrière ces fonds, on retrouve sans surprise de très grosses entreprises ayant tout intérêt à l’avènement de ces théories. On y compte, par exemple, des industriels du pétrole, du tabac ou encore du médicament. Et ces investissements restent bien sûr très discrets.
À travers cette organisation, le but est de produire des rapports et faire circuler des pensées allant dans le sens des grandes compagnies. Grâce à ces « laboratoires d’idées », ces points de vue obtiennent une crédibilité certaine dans les médias et auprès des masses, comme s’ils venaient « d’experts » indépendants.
Le marché avant les gens
Et pour défendre les intérêts de ses instigateurs, les groupes liés au réseau Atlas mettent en avant des narratifs politiquement orientés qui n’ont rien d’une vérité scientifique. Ceux-ci veulent, par exemple, déréguler le plus possible le monde de l’entreprise. Comprendre par là, supprimer un maximum de droits aux travailleurs et obtenir la liberté la plus complète pour le patronat.
« Et pour défendre les intérêts de ses instigateurs, les groupes liés au réseau Atlas mettent en avant des narratifs politiquement orientés qui n’ont rien d’une vérité scientifique. »
Et cette liberté de pouvoir tout détruire sur son passage dans le seul but de générer des profits doit également s’appliquer à l’environnement. C’est pour cette raison que ce type d’institut soutient des thèses infondées d’un point de vue scientifique. En France, on a par exemple vu l’IFRAP, think tank lié au réseau d’après l’observatoire des multinationales (bien qu’il s’en défende), propager de fausses informations sur les énergies renouvelables.
En matière d’économie, l’État, pourvoyeur de services publics qui limitent les profits du patronat, est constamment pointé du doigt. À l’inverse, ce sont plutôt les organismes privés qui sont mis en avant à grands coups de messages simplistes, mais surtout de désinformation et manipulation du grand public.
Un « complot » qui n’intéresse pas les complotistes
Et curieusement, ce type d’information ne semble toutefois pas intéresser le moins du monde les réseaux de la « complosphère ». Peut-être parce qu’il ne s’agit pas d’un « groupe secret », « caché dans l’ombre » dont on ne peut pas prouver l’existence, mais bien d’un phénomène documenté.
Rien de sensationnaliste, mais des actes concrets qui influencent pourtant la vie de milliards de personnes à travers le monde. Le réseau a néanmoins bien joué un rôle dans des évènements aussi importants que le Brexit, l’élection de Javier Milei, ou encore le rejet d’une constitution progressiste au Chili.
« Croire à un « complot pédo-sataniste » ou « islamo-wokiste » est bien plus confortable que se confronter à la réalité brute du système capitaliste. »
Si tout cela ne passionne pas le milieu complotiste, c’est peut-être également parce que celui-ci est étroitement lié à l’extrême droite qui partage de nombreuses aspirations avec le réseau Atlas. Croire à un « complot pédo-sataniste » ou « islamo-wokiste » est bien plus confortable que se confronter à la réalité brute du système capitaliste. D’un point de vue médiatique, il est aussi bien plus facile d’évoquer des théories ridicules pour conserver l’ordre établi plutôt qu’aborder des faits questionnant les privilèges bourgeois.
Se recentrer sur le réel
De fait, il est nécessaire de recadrer les véritables enjeux de notre temps. Dans une époque saturée d’informations, savoir distinguer les faits documentés des fantasmes s’avère crucial. À l’inverse des hypothèses infondées et farfelues de certains milieux, les activités du réseau Atlas sont bien réelles et leur impact sur le débat public mérite d’être souligné.
Par là, chaque citoyen a alors le devoir d’approfondir son regard critique pour analyser ce qui se présente à lui. Dans le cas contraire, il prend le risque de se perdre dans des théories sans valeur et de passer à côté de phénomènes se déroulant sous ses yeux et nuisant à ses propres intérêts.
– Simon Verdière
Photo de couverture : montage photo par Mr Mondialisation















