Lors des contestations étudiantes de l’automne 2026, l’essentiel des médias de masse a largement pointé du doigt les pillages qui ont pu ponctuer certaines manifestations. Toutefois, si l’on peut regretter ces débordements, il faut garder à l’esprit qu’ils découlent d’un système capitaliste lui-même carnassier et qui détruit en profondeur nos ressources communes.

Qu’il soit organisé par l’État, par les plus fortunés ou les multinationales, qu’il concerne les services publics ou la nature, le pillage de trésors collectifs est bien moins mis en lumière que le saccage de grandes enseignes parisiennes. Mr Mondialisation vous présente cinq exemples d’attaques bien palpables contre ce qui devrait pourtant appartenir à tous.

1) Le pillage de notre modèle social

Les services publics n’ont pas besoin d’être cambriolés ou incendiés pour être méthodiquement démantelés. Et pourtant, leur dégradation au cours des dernières décennies est incontestable. Le bilan est par ailleurs similaire en ce qui concerne la protection sociale.

Depuis quarante ans, pas moins de 17 000 écoles ont ainsi été fermées dans le pays, avec à la clef des classes surchargées et des enseignants débordés. Eux-mêmes ont d’ailleurs vu leurs effectifs amputés de pas moins de 10 000 professionnels depuis 2017.

Dans le secteur de la santé, la situation est tout aussi désastreuse, comme l’a révélé la crise du Covid-19. Selon le syndicat Force ouvrière, la France aurait même supprimé près de 100 000 lits dans les hôpitaux depuis l’an 2000. Les urgences saturées et le manque de personnel sont bien les premiers symptômes de cette destruction méthodique.

En parallèle, le gouvernement a repoussé l’âge du départ à la retraite de deux ans, tout en baissant les allocations chômage, en attendant un gel des aides au logement prévu pour 2027. À cela, il faut enfin ajouter la fermeture de nombreux services publics de proximité, comme les postes ou les guichets de gare.

2) Le pillage des richesses par les milliardaires

S’il y a bien un pillage massif organisé par l’État ces dernières années, c’est sans aucun doute celui des richesses produites par les travailleurs au profit des grandes fortunes. Ainsi, 53 milliardaires possèdent aujourd’hui autant que les 32 millions de Français les plus pauvres. Depuis 2017, le patrimoine de ces mêmes milliardaires a doublé.

Et pourtant, ces richesses, en grande partie construites sur la spéculation, reposent intégralement sur le labeur des salariés qui voient le fruit de leur travail accaparé par une minorité d’individus. De surcroît, ces fortunes se sont largement bâties avec la complaisance d’Emmanuel Macron et sa politique de cadeaux aux plus aisés. Rien de concret n’a d’ailleurs été mis en place face à l’évasion fiscale, qui ferait perdre aux Français près de 100 milliards d’euros tous les ans, ni contre l’optimisation, toujours légale.

Mais la mainmise des milliardaires sur la société ne s’arrête pas là, puisque leur latitude financière leur confère aussi d’immenses pouvoirs. Parmi eux, la question médiatique pose clairement problème, puisque plus de 90 % des médias leur appartiennent. Plus qu’un pillage, il s’agit même d’une confiscation de la démocratie.

3) Le pillage des connaissances

Les connaissances de l’humanité représentent sans doute l’un de ses plus grands trésors. Certaines recherches sont mises à disposition de tous dans l’intérêt du bien commun. Mais dans une société capitaliste où l’argent est roi, des acteurs privés ont pourtant décidé de monétiser et privatiser une partie de ce savoir.

Ainsi, de nombreux chercheurs formés dans l’enseignement public mènent d’abord des recherches financées par les impôts de tous. Par la suite, le fruit de ce travail va souvent déboucher sur des brevets et des produits distribués par des entreprises privées.

Si la situation peut déjà être regrettable lorsque de simples publications scientifiques sont verrouillées par le marché de l’édition commerciale, elle peut tourner au drame quand elle concerne des champs aussi cruciaux que la médecine. Le profit organisé par certains laboratoires grâce à l’exploitation commerciale de connaissances qui devraient pourtant bénéficier à toute l’humanité a en effet largement de quoi susciter l’indignation.

Mais ce pillage ne s’arrête pas là, puisqu’il peut aller jusqu’à la privatisation du vivant. Il n’est ainsi pas rare, dans le monde, d’observer des demandes de brevets déposées sur des semences pour en limiter l’utilisation ou la reproduction. Une démonstration du fait que, lorsqu’on laisse l’innovation et la recherche aux mains des grands groupes, sans aucune réglementation, ils n’auront jamais de scrupules à s’emparer de ce bien commun de toutes et tous.

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4) Le pillage des ressources naturelles

L’humanité a toujours eu besoin d’exploiter les ressources fournies par la planète pour subsister et se développer. Néanmoins, le système capitaliste néolibéral a définitivement détruit toute idée de limites. Et pourtant, ces ressources sont loin d’être infinies.

L’accaparement de l’eau, un bien indispensable à la vie, illustre d’ailleurs à merveille cet aveuglement. À l’heure du réchauffement climatique et des sécheresses, son accès constitue déjà enjeu crucial à très court terme. Cela n’empêche toutefois pas certaines compagnies ou grandes sociétés agricoles se s’accaparer cette ressource vitale.

La même mentalité s’applique aux forêts saccagées pour le profit, aux espaces naturels artificialisés, à la production polluante qui touche pas moins de 1700 rivières en France, aux exploitations minières qui détruisent tout sur leur passage, et, bien sûr, à la biodiversité et aux écosystèmes complètement ravagés par la soif de dividendes des plus fortunés.

5) Le pillage de l’argent public par les grandes entreprises

Si les milliardaires parviennent à accaparer une aussi grande part des richesses produites, c’est bien entendu avec le concours de l’État, mais en particulier grâce aux cadeaux aux multinationales. Selon certaines estimations, pas moins de 211 milliards d’aides iraient aux sociétés de France, sans aucune contrepartie.

Ce poste représente d’ailleurs la plus grosse enveloppe du budget français, tous secteurs confondus. Et on parle bien ici d’entreprises privées, et non publiques. Si certaines d’entre elles ont sans doute besoin de subventions, il est, cependant, difficile de voir autre chose qu’une soumission absolue aux plus aisés lorsque l’on évoque des compagnies atteignant plusieurs milliards de chiffre d’affaires.

Le processus est d’autant plus choquant lorsque l’on sait que ces sociétés ne doivent rendre aucun compte pour obtenir ces fonds. Dès lors, une entreprise qui licencie, pollue ou œuvre contre le bien commun peut malgré tout bénéficier d’un soutien financier public.

Une mise en perspective

À la lumière de ces exemples, il apparaît plus clair que le pillage des commerces, mis en avant par les médias mainstream lors de certains mouvements populaires, reste certes dramatique, mais sert également de diversion pour détourner l’attention de saccages légaux de grande envergure.

Pourtant, ces destructions des biens communs ont largement de quoi susciter une indignation générale quand au comportement d’une minorité possédante vis-à-vis de la masse de la société. Plus loin, on peut même espérer que si l’État s’occupait de ces injustices sociales, les manifestations et les pillages qui s’y greffent parfois prendraient sans doute fin.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Manifestation du 17 octobre 2026 à Paris / Wikimedia.

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