8500km de vélo à travers l’Union : « Construire des murs ne nous a jamais rapprochés »

    En 2015, alors âgé de 21 ans, Thibault Bourdon a traversé une dizaine de pays Européens à vélo afin de comprendre ce qui pouvait unir des territoires avec des langues si différentes et avec des particularismes sociaux et politiques marqués. Ce voyage a donné lieu à plusieurs reportages indépendants en immersion auprès des habitants du continent. Du haut de ses 25 ans, le jeune homme nous raconte ce que représente aujourd’hui l’Union européenne à ses yeux.


    Mr Mondialisation : En 2015, vous traversiez plusieurs pays de l’UE à vélo. Qu’est-ce qui vous poussé à faire ce périple ?

    Thibault Bourdon : Je pourrais raconter que la géopolitique me passionne depuis longtemps, mais ce n’est pas ce qui m’a poussé à monter sur une bicyclette et à traverser l’Europe de l’Ouest. J’étais avant tout en quête d’aventure et de liberté, de découverte des autres, tout en dépassant mes limites.

    Pendant ce périple à l’occasion duquel j’ai parcouru 8500km de vélo dans tous les pays de l’Europe de l’Ouest (Irlande, Royaume-Uni, Benelux, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne, Portugal, France), j’ai interviewé une centaine d’Européens. Je tenais à découvrir ce qu’est vraiment l’Europe en réalisant un documentaire pour savoir s’il existe une identité européenne.

    Mr Mondialisation : Vous avez documenté ce voyage en vidéos, en essayant de chercher une culture commune dans les particularismes locaux. Quel bilan en tirez-vous ?

    Thibault Bourdon : En Europe, il existe une trentaine de langues officielles, ainsi que de très nombreux dialectes. Il existe même des pays aux multiples langues officielles comme la Suisse qui en a quatre différentes et la Belgique trois. Néanmoins, sans pour autant renier leur langue natale, les jeunes parlent de plus en plus l’anglais comme langue internationale. Cela m’a permis d’échanger facilement.

    En France, la question de la religion est de moins en moins présente dans notre vie depuis la loi de 1905, bien que l’on trouve des églises tous les 10 kilomètres sur notre territoire. Mais je me suis rendu compte que ce n’est pas le cas partout, comme en Irlande ou en Italie, où l’influence de la religion chrétienne est très forte.

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    Je ne le savais pas avant de partir, mais il y a un nombre incroyable de monarques encore en activité en Europe. On trouve notamment une reine au Royaume-Uni, un roi en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique, un grand-duché au Luxembourg et un Pape au Vatican. Je me suis demandé aussi comment la Belgique a pu rester sans gouvernement pendant plusieurs mois, j’ai découvert la démocratie directe en Suisse, j’ai vu une montée des extrêmes en France. Sur le plan politique, chaque pays dispose de son propre système, le tout étant lié par le Parlement, le Conseil et la Commission européenne.

    Pendant ces 7 mois de pérégrination, je ne me suis jamais fait contrôler par la douane ou la police. C’est ça l’espace Schengen. Les personnes plus âgées m’ont raconté l’époque où il fallait attendre des heures aux postes douaniers, mais aussi l’époque du rideau de fer.

    Au final, il m’a été difficile de trouver de nombreuses caractéristiques culturelles identiques dans tous les pays que j’ai traversés, mais nous partageons tout de même des racines communes. C’est cela à proprement parler qui fait de l’Europe un continent riche de diversité et de culture.

    Mr Mondialisation : Qu’est-ce que représente l’UE pour vous aujourd’hui ? En tant que jeune, y voyiez-vous un projet d’avenir ?

    Thibault Bourdon : L’Europe avant toute chose est constituée d’une multitude de dialectes et d’origines variées. L’Europe, c’est un continent laïque et des religions chrétiennes. L’Europe, ce sont des millénaires d’histoires, des palais, des châteaux, des cathédrales et des grandes places. L’Europe, c’est une riche variété de paysages, des montagnes majestueuses, des fleuves limpides et des falaises à couper le souffle ! L’Europe, c’est le sentiment de nature et de liberté. Mais l’Europe, c’est aussi 750 millions d’habitants divisés par une pression économique et des politiques de croissance que l’Union européenne impose.

    Je pense que le projet de l’Union européenne est un beau projet, plein d’avenir, mais celui-ci devrait être aux mains des Européens. On devrait leur en faire comprendre les enjeux, les investir dans un projet commun au lieu de les berner dans un brassage médiatique. Nos nombreuses différences sont une force. Il ne faut exclure ceux qui voudraient faire partie de ce projet en raison de prétextes économiques. La communication et la médiation permettent de trouver des compromis et des consensus pour le bien de tous.

    Mr Mondialisation : L’Union européenne est critiquée de toute part. Les atteintes à la souveraineté nationale et les politiques néo-libérales sont principalement en cause. Vous reconnaissez-vous dans ces accusations ?

    Thibault Bourdon : La crise grecque, la volonté de l’indépendance de l’Écosse et de la Catalogne, le Brexit sont autant de problèmes qui façonnent des critiques envers l’Union européenne. À travers cette aventure, j’ai compris que l’Union européenne se contente à être une Europe à but uniquement économique, ce qui se répercute socialement sur les peuples. Nous avons des pays avec des niveaux de vie très disparates, et dans ces conditions, comment blâmer un Polonais qui part travailler en Angleterre ou en Allemagne si l’UE le lui permet ? De nombreuses politiques d’austérité ont été imposées. J’ai l’impression que nous vivons dans une Europe dictée par le profit et le capital, une Europe qui en oublie ses peuples. Ces politiques néo-libérales conduisent désormais à un nationalisme et une radicalisation très marquée dans la plupart des pays.

    Pourtant l’Europe est un très beau projet dans lequel j’aimerai m’investir, un projet auquel je veux croire. Il me semble urgent de sauver l’Europe au profit d’une Europe sociale, démocratique et écologique. Nous avons les moyens financiers de changer de paradigme, nous pouvons montrer l’exemple écologique et remettre la planète et l’humain au cœur des objectifs primordiaux. Construire des murs ne nous a jamais rapprochés, nous ferions mieux d’anticiper et de prévoir les problèmes auxquels l’Europe va se retrouver confrontée dans les prochaines décennies. J’ai pourtant l’impression que nous faisons le contraire, que nous ne recherchons que des solutions dans l’urgence, une fois que nous nous retrouverons au pied du mur.

    Pour suivre les projets de Thibault, son site web ici et sa page Facebook là.


    Propos recueillis par Mr Mondialisation.

     

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