Gabriella Papadakis a tout gagné. Championne olympique, quintuple championne du monde, elle a formé avec Guillaume Cizeron le duo le plus titré de l’histoire du patinage artistique français. À l’approche des Jeux olympiques de Milan 2026, tout semblait écrit d’avance : une ultime saison, une nouvelle médaille d’or. Mais Gabriella Papadakis a choisi de de rompre avec un système qui l’a façonnée pour l’excellence, au prix d’un effacement progressif de soi. Mise en lumière des abimes dont elle a décidé de sortir.
Dans Pour ne pas disparaître, paru le 15 janvier 2026 aux éditions Robert Laffont, l’athlète revient sur ce renoncement spectaculaire et ce qu’il révèle d’un milieu profondément violent, normatif et destructeur pour les corps comme pour les esprits. Fruit d’une introspection radicale, son récit explore les coulisses d’une carrière bâtie très tôt autour de la performance, de la discipline absolue et du silence imposé. Derrière les triomphes et les ovations, Gabriella Papadakis raconte les blessures invisibles, la pression constante, l’isolement et la nécessité vitale de danser — mais autrement.
En parlant, elle met en lumière le silence dans lequel tant de femmes du sport de haut niveau sont encore contraintes de se taire. Elle écrit pour ne pas disparaître, ni sur la glace, ni en dehors.
Une carrière au sommet
Sept fois champions de France (de 2015 à 2020, 2022), cinq fois champions d’Europe (de 2015 à 2109) et du monde (2015, 2016, 2018, 2019, 2022), vice-champions (2018) et champions olympiques (2022), le duo de dance sur glace Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron a construit une carrière aussi riche en titres qu’en émotions qui les a fait entrer dans la légende de leur sport et du sport tout court.
Après le sacre olympique en 2022, et la pause des compétitions qui s’en suivit, on s’attendait à ce que le couple le plus titré de l’histoire du patinage artistique français revienne défendre son titre, leur retour ayant été particulièrement attendu. C’est au contraire leur retraite sportive qui a été annoncée le 3 décembre 2024.
Finalement, Guillaume Cizeron a annoncé en mars 2025 reprendre la compétition avec Laurence Fournier Beaudry comme nouvelle partenaire. Gabriella Papadakis, elle, semble avoir définitivement tourné cette page.
Les auspices d’une rupture
Déjà, en mars 2024, dans une interview donnée à Franceinfo, Gabriella Papadakis dénonçait le milieu du patinage artistique comme « un monde systémique et malsain » où règne un climat normalisant les violences que les athlètes intègrent dès le plus jeune âge « même s’il y a du mieux, et que ça évolue énormément ».
« Le problème, c’est qu’on autorise, qu’on accepte et qu’on normalise quand même beaucoup de violences. Et on pense que les résultats vont juste les effacer ou les annuler, ou permettre de tout pardonner. Alors que non ! »
La championne pointait aussi le manque d’accompagnement concernant la santé mentale dans le sport en général : « On pense trop : « On s’en fout si tu n’es pas bien, tant que tu as des médailles… Et si tu as des médailles, tu seras heureuse. » Mais non ! » Elle confiait alors avoir vécu un burn-out duquel elle était restée longtemps dans le déni faute de pouvoir affronter de front la thérapie et sa carrière.
Une interview qui préfigurait ce que Gabriella Papadakis confirme dans son autobiographie Pour ne pas disparaître, parue le 15 janvier 2026. Ainsi qu’elle le prophétisait « les témoignages des victimes sont encore tellement mal accueillis », l’accueil de son livre et les réactions sexistes qu’il a suscitées résonnent profondément avec ce qu’elle y analyse.
L’intimidation judiciaire, révélatrice de la culture patriarcale
Les médias se sont largement focalisés sur les extraits concernant son ancien partenaire, Guillaume Cizeron, assurément les passages les plus « vendeurs » pour l’audimat même si loin d’être représentatifs de l’ensemble du propos.
Guillaume Cizeron y a d’ailleurs répondu, dénonçant une campagne de dénigrement. Il est allé jusqu’à mettre en demeure son ancienne partenaire et son éditeur, une étape préalable à une éventuelle action judiciaire.
Dans ce contexte, il est important de souligner que le recours à des mises en demeure ou à des procédures juridiques comme tactique pour intimider ou faire taire des critiques est un mécanisme bien documenté, connu notamment sous le nom de strategic lawsuit against public participation (SLAPP) : des poursuites ou menaces de poursuites stratégiques qui visent moins à obtenir gain de cause qu’à épuiser ou dissuader des personnes ou des journalistes de s’exprimer sur des sujets sensibles. Par exemple, des entreprises comme l’italienne Eni ont été accusées par des ONG d’avoir multiplié des actions en diffamation pour décourager les journalistes et activistes de les critiquer.
Enfin, le positionnement de Cizeron dans cette affaire n’est pas d’un épisode isolé. En effet, son alliance avec Laurence Fournier Beaudry, s’est accompagnée d’une prise de position publique commune en faveur de Nikolaj Sørensen, ancien partenaire et conjoint de celle-ci, pourtant accusé d’agression sexuelle et suspendu pour une durée minimale de six ans pour « maltraitance sexuelle ». Dans une interview accordée à la presse canadienne en mai 2025, le duo évoquait une « injustice », révélant une grille de lecture qui tend à relativiser, voire à disqualifier, la parole des victimes.
Cette mise en demeure a d’ores et déjà valu à Gabriella Papadakis de perdre son contrat pour commenter les JO de Milan avec NBC. La chaîne étasunienne se retranche derrière une prétendue « neutralité compromise » alors qu’elle était informée de la sortie et du contenu du livre. Or, lorsque la NBC se revendique comme « neutre » dans son traitement des Jeux olympiques, elle occulte que toute couverture est façonnée par des choix éditoriaux, des cadres idéologiques et des priorités culturelles.
La réception du livre, miroir d’un backlash
De plus, Gabriella Papadakis a été la cible en ligne de centaines de commentaires caractéristiques de la culture patriarcale qui blâme les victimes qui dénoncent des violences : « pourquoi elle ne s’est pas défendue à l’époque des faits » , « elle n’avait qu’à partir avant », « c’est une ingrate qui crache dans la soupe » , « Guillaume réussit aussi bien sans elle », « elle devrait voir un psy au lieu de se victimiser », « elle veut le déstabiliser par jalousie », « ça ne devrait pas être réglé en public », « il fallait aller en justice », « pourquoi parler maintenant, ce n’est pas le moment », « c’est pour le buzz et l’argent », « elle nuit à son image et aux vraies victimes », « c’est à cause du wokisme » et des moqueries sur son physique…
Ces réactions, loin d’être anecdotiques, s’inscrivent dans un répertoire bien connu de disqualification, dont les mécanismes méritent d’être explicitement déconstruits.
« Pourquoi elle ne s’est pas défendue à l’époque ? » : Cette injonction repose sur une méconnaissance totale des mécanismes des violences. Face à une situation de domination ou de pression psychologique, la sidération, l’adaptation ou la minimisation sont des réactions fréquentes et documentées. Ne pas se défendre immédiatement n’est ni un consentement, ni une preuve d’absence de violence, mais souvent une stratégie de survie.
« Elle n’avait qu’à partir avant » : Quitter un environnement violent n’est jamais un acte simple, encore moins lorsqu’il s’agit d’un cadre structurant dès l’enfance, avec des enjeux économiques, symboliques et identitaires majeurs. Dans le sport de haut niveau, partir peut signifier perdre sa carrière, son réseau, ses revenus et sa raison d’exister sociale. Présenter le départ comme un choix individuel libre revient à nier les rapports de pouvoir systémiques.
« C’est une ingrate qui crache dans la soupe » : Ce reproche assimile la réussite à une dette morale qui contraindrait au silence. Or, bénéficier d’un système n’interdit pas d’en dénoncer les violences. Au contraire, les personnes qui ont réussi sont souvent les mieux placées pour en révéler les mécanismes, précisément parce qu’elles ont pu prendre du recul une fois sorties de ce cadre.
« Guillaume réussit aussi bien sans elle » : Cet argument est hors sujet. La réussite sportive ou médiatique d’un ancien partenaire n’a aucune incidence sur la légitimité d’un témoignage. Il s’agit d’un déplacement du débat destiné à éviter le fond : les violences structurelles décrites dans l’ouvrage.
« Elle devrait voir un psy au lieu de se victimiser » : La psychologisation est une stratégie classique de disqualification : elle individualise un problème systémique et transforme une parole politique en fragilité personnelle. Témoigner de violences n’est pas « se victimiser », c’est nommer des faits et analyser un système qui les rend possibles.
« Elle veut le déstabiliser par jalousie » : Attribuer la parole d’une femme à la jalousie est un stéréotype sexiste ancien, utilisé pour décrédibiliser toute critique féminine. Il permet d’éviter de répondre sur le fond en ramenant le discours à une supposée émotion irrationnelle.
« Ça ne devrait pas être réglé en public » : Cette injonction protège avant tout les institutions et les personnes en position de pouvoir. Or, les violences ne peuvent être traitées uniquement dans des cadres privés ou judiciaires : c’est précisément la publicité des témoignages qui permet de faire évoluer les normes, de briser l’isolement et de rendre visibles des mécanismes collectifs.
« Il fallait aller en justice » : La justice n’est ni accessible ni protectrice pour toutes les victimes, en particulier face à des institutions puissantes et des vides juridiques. Les obstacles sont nombreux : prescription, difficulté de preuve, coût financier, violence procédurale, exposition médiatique. Exiger une judiciarisation préalable est une manière de conditionner la légitimité de la parole.
« Pourquoi parler maintenant ? » : Les victimes parlent quand elles peuvent, pas quand on l’exige. La temporalité du témoignage dépend de multiples facteurs : sécurité personnelle, maturité psychique, distance avec le milieu concerné, capacité à nommer ce qui a longtemps été normalisé. En l’occurrence, le fait que cet ouvrage paraisse à un mois des Jeux olympiques n’est pas un argument contre sa légitimité, mais au contraire un élément central de sa portée politique.
Les JO constituent précisément un moment où l’omerta se renforce, où l’image du sport doit rester lisse, consensuelle et intouchable. Publier à ce moment-là, c’est refuser le silence imposé, c’est mettre en lumière les violences systémiques au moment même où le système cherche à se sanctuariser.
« C’est pour le buzz ou l’argent » : Ce soupçon inverse la charge morale et s’appuie sur un imaginaire sexiste de « la femme vénale », comme si elle avait besoin du buzz et de l’argent pour exister. Il suppose une intention opportuniste sans aucun élément tangible, tout en ignorant les coûts personnels très réels du témoignage (harcèlement, perte de contrats, isolement). S’exposer ainsi est rarement un calcul rentable.
« Elle nuit à son image et aux vraies victimes » : Cette rhétorique oppose arbitrairement les victimes entre elles et instaure une hiérarchie de la souffrance. Elle s’appuie sur et renforce l’imaginaire sexiste de la rivalité entre femmes, de la compétition féminine. Or, il n’existe pas de « vraies » ou de « fausses » victimes sur la base de critères moraux ou médiatiques. Chaque témoignage contribue à rendre intelligible un système de violences.
« C’est à cause du wokisme » : L’invocation du « wokisme » sert ici de mot-valise pour délégitimer toute critique des rapports de pouvoir sans avoir à la réfuter. Elle ne constitue ni un argument, ni une analyse, mais un réflexe idéologique de rejet.
Les moqueries sur son physique : Elles relèvent de la violence sexiste la plus classique : réduire une femme à son apparence pour l’humilier et la faire taire. Ce type d’attaque n’a aucun lien avec le fond du propos et révèle surtout l’incapacité à répondre autrement.
Ces réactions sont d’autant plus significatives qu’elles sont à l’image exacte de l’omerta que Gabriella Papadakis dénonce dans son ouvrage Pour ne pas disparaître :
« Tu te dis « j’ai passé tout ce temps à écrire un livre pour justement explorer la complexité, essayer de faire comprendre aux gens ce qui se passe, comment ces systèmes perdurent. Et là »… C’est dommage que mon travail soit réduit à ça. »
L’omerta comme système, de l’enfance à l’élite sportive
Car l’ouvrage est justement loin d’être un pamphlet contre son partenaire. Gabriella Papadakis y retrace le fil chronologique de sa carrière sportive, de ses débuts jusqu’à son arrêt. Elle livre un récit introspectif sur cette part prépondérante de son existence à laquelle sa vie privée a forcément été étroitement mêlée et sa santé mentale impactée.
De ce récit transparait une prise de conscience graduelle d’éléments problématiques pourtant présents dès les origines, voire même inhérents au milieu où elle a évolué et dont la relation avec son partenaire n’est pas une cause mais un symptôme. Elle ajoute que le fait d’être confronté dès l’enfance à ces élément ne permet pas de les interroger, d’autant plus dans un environnement et une société qui, soit les normalisent, soit refusent de les voir.
Car les jeunes athlètes sont formés pour répondre à ces exigences, ils façonnent leur vision du monde et leurs valeurs sur ce carcan dans lequel ils grandissent. Ce n’est qu’avec une prise de distance et le recul de l’âge que l’on acquiert un regard plus critique. C’est pour raconter son histoire et cette remise en question d’un système que Gabriella Papadakis a choisi l’écriture.

Un sport structuré par le sexisme
En patinage artistique et plus encore en danse sur glace, des disciplines coûteuses, élitistes et encore perclus de codes bourgeois, les inégalités de genre sont nombreuses. En danse sur glace, ce déséquilibre est accentué par le fait que les jeunes filles sont bien plus nombreuses à pratiquer que les jeunes garçons.
Or, il faut former un « couple » – binôme de danse – le plus tôt possible, ce qui donne le choix et le pouvoir de décision aux hommes, les femmes étant perçues comme interchangeables. Pour avoir une carrière, les femmes dépendent des hommes, ce qui favorise les comportements abusifs.
S’y mêle la nature même de la discipline où l’hétéronormativité demeure la règle et « les rôles sont bien définis : l’homme guide et la femme suit ». Les compétitions internationales sont d’ailleurs interdites aux couples de même sexe, même si cela peut être permis à l’échelon national. Le Canada fut le premier pays a l’autoriser en 2022, suivi par la Finlande et le Royaume-Uni.
C’est justement pour questionner ces stéréotypes de genre que Gabriella Papadakis patinera en couple avec une femme, son ancienne rivale Madison Hubbell, lors du gala Art on Ice 2025. Cette expérience lui a fait repenser sa manière de patiner. Elle, qui durant sa carrière avait été fière d’être complimentée sur sa capacité à suivre son partenaire, était pour la première fois en position de diriger.
De quoi nourrir une réflexion pour l’autorisation des couples de même sexe ce qui aiderait à renverser des dynamiques de domination délétères, à favoriser la créativité et l’épanouissement des athlètes.
Les écrasantes injonctions à une féminité
L’apparence physique est capitale dans un sport qui met en valeur l’esthétique. Elle est particulièrement stéréotypée pour les deux genres, mais pèse bien davantage sur les femmes. Ainsi, l’homme doit être grand et musclé, la femme doit être belle et mince. À lui la force, à elle la grâce.
Durant sa carrière Gabriella est d’ailleurs louée pour sa minceur dont elle est alors fière et écrit que « plus tard j’ai compris l’injustice, la violence ». Si elle n’a pas besoin de suivre un régime pour rester très mince, elle sait que d’autres patineuses se surveillent drastiquement. On demande aussi aux femmes de ne pas gagner trop de muscles alors qu’elles doivent patiner à la même vitesse que leurs partenaires.
Les femmes doivent répondre à un même idéal de féminité inatteignable alors que les hommes peuvent cultiver des masculinités variées. Ils n’ont pas besoin de s’apprêter alors que les patineuses doivent toujours être impeccablement coiffées et maquillées quitte à devoir se lever plusieurs heures plus tôt que leurs partenaires. Et cela même pour les entraînements officiels précédant la compétition auxquels les juges assistent. Un manque de féminité pourra coûter des points au couple, indépendamment de leur maîtrise technique.
À cette responsabilité pesant uniquement sur les femmes s’ajoute une charge financière. Non seulement se coiffer et se maquiller prend un temps conséquent mais cela revient rapidement cher, sans oublier le costume féminin souvent beaucoup plus coûteux que le costume masculin.
#MeToo patinage
Comment dénoncer des agressions sexuelles quand la présence d’un agresseur est socialement acceptée ? Que l’on sait d’avance que l’on ne sera pas crue mais blâmée, que les chances de condamnations sont infimes ? La culture du viol irrigue toute la société et le milieu du patinage ne fait pas exception.
Les violeurs ne sont pas des monstres psychopathes que la société aime encore imaginer mais majoritairement des hommes ordinaires qui y sont parfaitement intégrés, des proches en qui on a confiance. Deux croiseront la route de Gabriella Papadakis. Un ex-petit ami en 2012 dont elle dira « J’ai couché avec mon ex sans faire exprès »; puis un entraîneur/chorégraphe de patinage en 2014, toujours en activité. « J’ai couché avec C. sans le vouloir » écrit-elle dans un carnet après la seconde agression.
#MeToo n’est pas encore passé par là et il lui faudra des années avant de prendre conscience des abus qu’elle a subis, à la lecture d’un article sur la dissociation en 2020. Et d’enfin y poser les mots justes : « Les souvenirs me reviennent. […] Le choc, logé dans mon corps, enfin explose ».
Cette prise de conscience intervient dans le sillage du livre Un si long silence de l’ancienne patineuse artistique Sarah Abitbol. Celle-ci y révélait avoir été violée par son entraîneur, Gilles Beyer, au début des années 90 alors qu’elle était mineure. L’entraineur avait d’ailleurs reconnu, avec des termes euphémisant et invisibilisant la violence, « des relations inappropriées ».
Un entraîneur que Gabriella Papadakis avait eu à côtoyer à peine âgée de 18 ans quand elle participait à la tournée de spectacles organisée par la Fédération française, et dont le responsable était Gilles Beyer. Elle écrit qu’il avait « été viré un temps pour cause d’abus sexuels sur mineurs, c’est passé à la télé, mais il est revenu ».
Gabriella Papadakis raconte que les patineuses recevaient des messages de sa part les invitant dans sa chambre, le voyaient passer la tête dans le vestiaire pour se rincer l’œil quand elles se changeaient. Vulnérables, elles n’avaient que le rire pour reprendre le contrôle de la situation et vaincre le malaise : « On a aucun pouvoir là-dessus, la seule chose que l’on peut faire est de se moquer de lui. »
Gilles Beyer est décédé en 2023. Il avait été mis en examen en janvier 2021 pour d’autres faits d’agressions sexuelles et harcèlement sexuel par d’autres patineuses que la sortie du livre de Sarah Abitbol avait encouragées à parler. Même s’il ne répondra jamais de ses actes, ces révélations montrent que l’omerta se fissure lentement mais sûrement.
C’est justement par amour du patinage que Gabriella Papadakis a dû écrire. Par refus de « protéger un fonctionnement et une mentalité qui [l]’ont profondément abîmée et qui continuent de rabaisser les femmes. » Un fonctionnement et une mentalité qui l’ont poussée à devoir rompre pour vivre enfin libérée.
Pour ne pas disparaître est l’aboutissement de cette démarche et d’une thérapie qui lui ont permis de poser des mots sur un mal être qu’elle n’arrivait pas à exprimer et que son corps lui a hurlé durant des années. Sa carrière lui permet d’écrire un livre et de prêter sa voix à toutes les autres victimes d’abus qui n’ont jamais pu parler.
Pour ne plus subir, pour ne plus se cacher, pour ne plus avoir peur, pour continuer à patiner, à créer, pour que la parole se libère, qu’on protège les enfants, qu’on croit les victimes.
– S. Barret
Photo de couverture : Pour ne pas disparaître, paru le 15 janvier 2026 aux éditions Robert Laffont.















