Apposé sur de plus en plus d’aliments du commerce, le Nutri-score est censé permettre aux citoyens de repérer les marchandises les plus saines. Mais est-il réellement efficace pour mieux manger et pour produire de façon plus éthique ? S’il paraît solutionner certains problèmes, d’autres restent toutefois laissés de côté. À ce titre, d’autres dispositifs pourraient s’avérer complémentaires, tant l’inaction des pouvoirs publics se fait sentir.
[temps de lecture estimé : ~ 4 min]
S’il semble rencontrer un certain succès, le Nutri-score suscite cependant quelques critiques légitimes. Celui-ci a en effet été accusé de procéder à des simplifications excessives parfois inopérantes et de ne pas répondre à autant d’enjeux qu’il ne le pourrait. Zoom sur un outil utile, mais encore insuffisant.
À quoi sert vraiment le Nutri-score ?
Proposé dans un rapport dès 2014, et mis en place début 2017, le Nutri-score était à l’origine une initiative scientifique soutenue par de nombreuses associations de consommateurs.
Dès le début, même si combattu par les lobbies et les industries agro-alimentaires, il a remporté un succès certain auprès de la population et a même été exporté dans plusieurs autres pays européens. Fin 2025, il avait d’ailleurs failli devenir obligatoire, avant que la droite de l’hémicycle ne réussisse à l’empêcher.

Avant tout, il avait été pensé dans un objectif de santé publique et dans une logique nutritionnelle. Il se penche ainsi particulièrement sur le sel, le sucre, la graisse, les fibres, les protéines, etc.
Certains se sont souvent étonnés de voir des produits comme des sodas mieux notés que des articles jugés plus intéressants pour le bon fonctionnement du corps. Pour autant, le Nutri-score sert surtout à comparer des denrées du même type. Dès lors, il n’y a aucune utilité à confronter l’évaluation d’une pizza à celle d’une boîte de haricots.
Un outil partiel qui a fait ses preuves
Le Nutri-score est donc pensé pour comparer des articles industriels de catégories similaires et pas pour juger un régime global. Comme dans beaucoup de domaines, les doses et les équilibres sont tout aussi importants. Ainsi, un produit très bien évalué peut devenir nocif s’il est consommé en grande quantité. De la même façon, un aliment très mal noté peut rester sans conséquence s’il est mangé avec parcimonie.
Et dans ce cadre, le Nutri-score a démontré son impact. En effet, il a déjà influencé le choix de nombreux citoyens, ce qui a naturellement poussé les industriels à revoir leurs recettes. Au départ, le système permettait donc seulement aux gens intéressés par ce sujet d’améliorer leur nutrition, mais par un effet domino, c’est bien tous les consommateurs qui ont maintenant à disposition de meilleurs produits.
Un nouveau Nutri-score
En 2025, le Nutri-score a évolué pour être amélioré sur certaines évaluations considérées moins pertinentes. Les huiles ou les fruits à coque seront ainsi mieux jugés, tandis que la note de la viande rouge ou des produits trop sucrés et salés a encore été dégradée.
Cette nouveauté faisait suite à certaines critiques scientifiques et citoyennes et les entreprises auront deux ans au maximum pour se mettre en conformité. Pour autant, le Nutri-score reste focalisé sur les aliments d’un point de vue brut et il a toujours de nombreux angles morts.
Des points à discuter
Si l’on parle d’alimentation d’un point de vue purement nutritionnel, alors le Nutri-score est un outil pertinent. Pour autant, d’autres éléments entrent dans la balance du côté sanitaire. Ainsi, les additifs ou les produits phytosanitaires ont un impact réel sur le corps, mais sont mis de côté par le dispositif. Logiquement, une nourriture bio devrait être mieux notée qu’un concurrent qui ne l’est pas.

De la même façon, l’origine des ingrédients pourrait aussi être discutée tout autant que leur degré de transformation. Il est par exemple prouvé que des fruits et légumes cultivés hors saisons contiennent moins de nutriments que les autres. Comment dès lors ne pas prendre en compte de telles données si le but est d’améliorer la santé publique ?
L’alimentation n’est pas qu’une question de santé
Au-delà de l’aspect sanitaire, le mode de fonctionnement du Nutri-score pourrait également inspirer d’autres systèmes similaires (ce qui existe déjà plus ou moins avec certains labels). On pourrait, par exemple, observer les conditions de production de notre nourriture.
D’abord en matière de bien-être animal, mais aussi en ce qui concerne l’environnement, en particulier les émissions de gaz à effet de serre, l’impact sur la biodiversité et les sols ou encore la consommation d’eau. Le contexte social des exploitations agricoles pourrait également être un angle à analyser.
Dans ce cadre, il existe d’ailleurs déjà des modèles de ce type, comme le green-score, mais ils restent bien plus confidentiels. D’autant que ce genre de notation est moins répandue directement sur les paquets et nécessite parfois un smartphone et une application afin de scanner les produits, et par conséquent, une force de frappe moins importante.
Repenser notre modèle alimentaire
On l’aura compris, un outil comme le Nutri-score, bien que lacunaire, demeure d’intérêt public. Néanmoins, il reste imparfait et mériterait d’être complété avec d’autres critères plus larges. De plus, pour avoir une véritable efficacité, il faudrait également que l’État les rende obligatoires afin que chacun puisse être informé sur ce qu’il mange.
Plus loin encore, il serait bénéfique de s’interroger sur une réglementation plus ferme sur les aliments transformés eux-mêmes. Il devrait ainsi être possible de légiférer sur les taux de sucre, de sel, d’additifs et toute substance potentiellement nocive, ainsi que sur la publicité. Une nécessité si l’on souhaite que cette question de santé publique ne repose plus uniquement sur les choix du consommateur, mais bien aussi sur la collectivité.
– Simon Verdière
Image d’en-tête : Exemple de Nutri-score sur l’emballage de trois produits Aldi-Süd en Allemagne. Source : Wikimedia Commons















