À l’heure où de plus en plus de personnes s’inquiètent des conséquences à long terme de l’agriculture dite conventionnelle, d’autres préfèrent relativiser voire même jusqu’à remettre en cause les avantages pour la santé de l’agriculture biologique. Qu’en est-il réellement ?

Si l’agriculture biologique a déjà démontré ses bienfaits en matière de préservation de la biodiversité et de fertilité des sols, elle a cependant longtemps fait débat concernant la santé. Avec le recul des années, il existe désormais des études qui prouvent ses effets positifs sur le corps humain. Pour autant, l’agriculture bio ne peut être considérée comme le seul facteur vertueux puisque d’autres manières de produire entrent elles aussi en compte.

Des aliments plus riches en nutriment

Avec la forte inflation, le bio a connu un net recul dans le panier des Français ces derniers mois. Il faut dire que son prix peut être jusqu’à 75 % plus élevé que celui des produits classiques. Et si de telles différences peuvent s’expliquer par l’inaction des pouvoirs publics pour développer sa consommation ainsi que par les marges des distributeurs, on peut néanmoins légitimement s’attendre à y gagner quelque chose.

Les dernières études à ce sujet le confirment : ce type d’agriculture fournirait des aliments plus riches en nutriments (notamment en vitamine C, polyphénols, et oméga 3), mais aussi 12 % d’éléments phytochimiques en plus. Des composés naturels contenus dans les fruits et légumes qui ont des propriétés positives sur la santé en général.

Moins de produits néfastes

En plus de propriétés nutritives supérieures, l’agriculture biologique épargne aussi les corps de multiples substances néfastes notamment en évitant de nombreux pesticides, mais également du cadmium, un métal lourd et cancérigène que l’on retrouve dans les engrais de synthèse.


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Déjà en 2012, des recherches démontraient que les produits non bio contenaient en moyenne 30 % de plus de pesticides et 48 % en plus de cadmium. Or ces substances sont très néfaste pour la santé humaine.

Quel impact sur les consommateurs ?

Une longue étude qui s’est déroulée sur plus de dix ans l’a prouvé, l’agriculture biologique aider à rester en bonne santé. Ainsi, les scientifiques ont par exemple relevé que l’exposition aux pesticides favorisait l’obésité et le diabète de type deux. À l’inverse, la teneur supérieure en oméga 3 et antioxydants de la nourriture bio permettrait de lutter contre le phénomène.

En outre, les individus adeptes du bio auraient 23 % de chances en moins d’être en surpoids et 31 % de risques en moins d’être obèse. Mieux, l’alimentation bio diminue de 25 % les possibilités de contracter un cancer. Le chiffre grimpe même jusqu’à 34 % pour le cancer du sein et 76 % pour les lymphomes. Cette nourriture aurait aussi un impact positif sur les risques cardio-vasculaires. Enfin, les résidus de pesticides pourraient également avoir une influence négative (notamment des anomalies cérébrales) sur les enfants en développement qu’ils soient très jeunes ou encore dans le ventre de leur mère.

Ces informations restent valables même si l’on considère que les personnes mangeant bio ont en général un mode de vie plus sain. En effet, pour éviter de se fourvoyer dans ce biais, les chercheurs ont corrigé leurs données par des modèles statistiques.

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L’agriculture bio utilise-t-elle des produits nocifs ?

Un argument que l’on entend régulièrement dans la bouche des détracteurs de la nourriture bio consiste à affirmer que cette agriculture userait aussi des produits très néfastes pour l’organisme et que certains paysans non certifiés feraient de meilleurs aliments.

On évoque par exemple souvent le cas de la bouillie bordelaise (également employée dans l’agriculture conventionnelle), un produit phytosanitaire toléré dans l’agriculture biologique qui semble créer la polémique. Pourtant, l’immense majorité des fermes bio en France n’utilisent absolument aucun pesticide (au moins 85 % selon l’agronome Jacques Caplat).

Bouillie bordelaise utilisée dans la viticulture. Wikimedia.

Comme le précise l’association Générations futures, à peine dix biopesticides autorisés dans l’agriculture bio ont une toxicité identifiée (dont aucun n’est suspecté d’être cancérigène), contre 340 dans l’agriculture conventionnelle. Finalement, les pesticides que l’on retrouve le plus dans les aliments bio sont peut-être bien ceux qui proviennent de l’agriculture conventionnelle et qui contaminent, notamment par les cours d’eau, les parcelles voisines. Ces dernières occupent en effet encore 90 % des terres exploitées en France.

Différents types d’agriculture

Bien évidemment, au-delà des aspects biologiques et conventionnels, il existe de nombreux types d’agriculture qui peuvent favoriser ou pas la qualité des produits. Le respect des saisons, les caractéristiques des terrains, le type de semences ou encore la nature des fertilisants peuvent avoir un impact non négligeable.

C’est dans ce cadre que s’inscrit par exemple l’agriculture régénératrice. De fait, celle-ci donne une importance capitale au respect des sols qui sont effectivement cruciaux pour fournir des aliments de valeur. À l’inverse, depuis juillet dernier, les légumes produits sous serres chauffées en hiver ont été réautorisés dans l’agriculture biologique, preuve que ce label n’est pas forcément synonyme de sobriété énergétique.

Mais pour être exact, lorsque l’on parle d’agriculture biologique, on compte en réalité plusieurs labels, dont le plus connu est sans doute le fameux AB qui est le seul décerné par les pouvoirs publics. Cependant, il en existe de même des privés, comme celui de Nature & Progrès, avec un cahier des charges plus strict.

L’agriculture bio favorise la vie du sol. Flickr.

Certains petits paysans peuvent également produire des aliments de très grandes qualités (parfois même supérieur au bio) sans pour autant disposer d’un label, parfois pour échapper aux contraintes administratives. Pour autant, se cacher derrière cette minorité qui ne représente pas l’essentiel de notre consommation pour dénigrer le bio paraît peu pertinent.

Une question d’équilibre

Dans tous les cas, la nourriture bio ne doit évidemment pas servir de caution à une alimentation déséquilibrée. Fondamentalement, il est même tout à fait possible de manger d’une façon moins saine avec des repas uniquement bio qu’avec de la nourriture classique.

Pour avoir un sens, la comparaison doit alors se faire avec des aliments de type identique. Il serait par exemple absurde de faire un parallèle entre de la pâte à tartiner bio avec des brocolis en agriculture conventionnelle. Les habitudes de vie ont donc, elles aussi, une importance cruciale dans la santé des consommateurs.

Toutefois, de manière globale, et en moyenne, il apparaît pourtant clair que manger bio offre de nombreux avantages en matière de santé. Dans ce contexte, il est à déplorer que les politiques publiques de ces dernières années ont plutôt fait la part belle à l’agriculture chimique.

Les récentes manifestations paysannes ont d’ailleurs elles aussi été instrumentalisées pour affaiblir un peu plus les normes écologiques au profit des fermes industrielles. Et ce, une nouvelle fois, au détriment des populations les plus précaires. Un constat d’autant plus regrettable qu’une étude confirme bien qu’il serait tout à fait possible de nourrir l’humanité avec le l’agriculture bio.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Bernard Ronot, visite de la plate-forme de blés anciens à Fromenteau (Côte d’Or). Flickr

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