Faire le plein est devenu un luxe pour des millions de Français. Depuis le début de la guerre en Iran, déclenchée par les États-Unis et Israël, les prix du carburant ont atteint des niveaux inédits. Face à cette situation, les réponses de l’État restent largement insuffisantes et mettent en lumière une dépendance structurelle aux énergies fossiles.

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Les prix à la pompe ont déjà battu tous les records de l’Histoire française. Un contexte qui n’est pas sans rappeler celui connu en 2022 lors des débuts de l’invasion en Ukraine. Et comme il y a quatre ans, cette situation interroge sur les moyens de protéger la population. Tour d’horizon des solutions possibles.

Spéculation et impérialisme au cœur du débat

Les causes de l’augmentation des prix du carburant découlent bien souvent de visées impérialistes de géants, comme la Russie ou les États-Unis, ainsi que chacun a pu l’observer avec les guerres à l’origine des crises pétrolières les plus récentes.

Mais c’est bien le fonctionnement du système capitaliste et de la mondialisation qui entraîne ces hausses, via les marchés financiers et la spéculation. De facto, ce phénomène n’a rien à voir avec une raréfaction du produit, puisqu’aucune pénurie n’a été constatée. Il existe en effet des réserves colossales sont loin d’être épuisées depuis le début du conflit en Iran.

Une mécanique de superprofits

Néanmoins, plusieurs stations ont pu se retrouver à sec à cause d’effets d’aubaine organisés par des entreprises comme TotalEnergies. Cette dernière a en effet vendu du carburant à prix bloqué pendant quelque temps, mais il s’agissait de stock antérieur acheté massivement avant cette augmentation.

En fin de compte, y compris à ce prix, le géant français réalisait donc toujours d’immenses bénéfices. En mars, il a, par exemple, engrangé pas moins d’un milliard de dollars de profits, d’autant que les marges de ces mêmes compagnies ne cessent de progresser depuis plusieurs années. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les grandes compagnies pétrolières effectuent, en outre, en moyenne 81,4 millions d’euros de gains par jour, selon Greenpeace.

Des conséquences dramatiques pour la population

Et à l’autre bout de cette chaîne, c’est à nouveau la population qui en paie le prix. Comme l’a d’ailleurs démontré le député Hadrien Clouet, cette augmentation est si élevée que le coût moyen des trajets professionnels d’un travailleur au SMIC revient à effacer deux ans de hausse du salaire minimum.

Pour les ménages ruraux, les augmentations sont même bien plus corsées, puisque ceux-ci n’ont pas la possibilité d’emprunter davantage les transports en commun. Le surcoût peut alors grimper jusqu’à 120 € par mois.

Pour les plus pauvres, les conséquences peuvent être terribles, dans tous les domaines, d’autant plus que ces hausses risquent de se répercuter sur l’ensemble de l’économie, à commencer par le secteur de l’énergie. Pour les professionnels, dépendant d’un véhicule, la facture est tout aussi salée. Certaines infirmières libérales ne peuvent d’ailleurs plus se déplacer et des patients se retrouvent en défaut de soin.

Un problème de taxes ?

Pour une part du spectre politique, notamment le Rassemblement National, la solution à cette crise serait tout simplement de baisser les taxes sur les carburants. Le parti d’extrême droite propose même de réduire le taux de TVA sur tout le secteur de l’énergie à 5,5 %.

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En plus d’être illégale du point de vue du droit européen, cette mesure engendrerait surtout un trou colossal pour les caisses de l’État estimé entre 12 et 17 milliards d’euros par an. Si l’on se fie au coût moyen de la rénovation thermique d’un logement établi d’après un rapport du Sénat, cette somme pourrait servir à financer les travaux de pas moins de 400 000 passoires thermiques chaque année.

Une fausse bonne idée

Un rapide calcul démontre que ces fonds pourraient servir à la rénovation de l’intégralité des logements concernés (environ 4,8 millions), en douze ans. Or, d’après une étude, à peine un tiers de ces réhabilitations permettrait une économie sociale et sanitaire de l’ordre de 9,6 milliards par an.

Bien investi, l’argent issu de ces taxes engendrerait donc une épargne substantielle pour les Français, d’autant plus qu’une habitation correctement isolée coûte trois fois moins cher à chauffer qu’une passoire thermique dans des conditions similaires. Et même en dehors du secteur de l’énergie, ces 15 milliards représenteraient des dizaines de milliers de postes d’enseignants ou de soignants dans une conjoncture où les Français en ont grandement besoin.

PS et Écologistes dans la roue du gouvernement

Du côté du camp présidentiel, on a plutôt préconisé la mise en place d’aides ponctuelles en direction de secteurs très restreints, ne représentant que 70 millions d’euros. Un dispositif qui est cependant loin de répondre à la détresse de toutes les personnes touchées de plein fouet par cette crise.

Du côté du PS, la mue libérale se poursuit, puisque le mouvement d’Olivier Faure s’est contenté de réclamer des chèques énergie pour les plus précaires. Sans grande surprise, la patronne des écologistes, Marine Tondelier, lui a emboîté le pas, prônant des subventions ciblées pour les moins aisés.

Les deux partis renient ainsi le programme du Nouveau Front Populaire qu’ils avaient pourtant signé deux ans auparavant et qui portait le blocage des prix comme première mesure. Pire, Marine Tondelier est allée jusqu’à dire qu’elle s’opposait à ce dispositif parce qu’il allait « coûter de l’argent à l’État », oubliant, ou feignant d’oublier qu’il serait entièrement à la charge des pétroliers.

Le blocage des prix plus efficace ?

Le blocage des prix, outil phare du projet de la France Insoumise, reprise par le NFP, est, en effet, revenu sur le devant de la scène. Le parti de Jean-Luc Mélenchon propose ainsi de plafonner le prix et d’encadrer les marges des distributeurs. De cette manière, le tarif du carburant pourrait être maintenu proche de son montant d’avant-crise. Une solution déjà utilisée par le passé en 1990 lors de la guerre du Golfe.

Dans ce scénario, l’État éviterait un coût budgétaire direct, en faisant porter le coût de cette spéculation sur les grandes entreprises, ce qui paraît logique tant leurs profits se sont avérés considérables dans un contexte de restrictions généralisées.

Se projeter sur le long terme

Dans tous les cas, toutes ces mesures ne représenteraient que des solutions d’urgence pour répondre à une crise prévisible qui n’a malheureusement une nouvelle fois pas été anticipée. Elle symbolise d’ailleurs à la perfection la dépendance de cette époque aux énergies fossiles.

Ainsi, c’est d’abord le secteur de la mobilité qui peut être remis en cause tant il tourne intégralement autour de la voiture. Dans ce cadre, l’inégalité entre les zones urbaines, où il existe des alternatives, et les territoires ruraux est assez criante.

Vers une électrification massive ?

En effet, en plus d’être plus polluantes, les ressources fossiles ne sont pas présentes sur le sol français, ce qui pose un clair problème de souveraineté, comme le démontre cette guerre en Iran. Dans les faits, si les approvisionnements en pétrole vers la France cessaient, le pays pourrait se retrouver très rapidement à genoux.

À ce titre, la question de l’électrification du réseau automobile entre sans aucun doute dans le débat public. Même si, d’un point de vue environnemental, cette solution est loin de représenter un miracle, elle aurait le mérite de s’appuyer sur une énergie facile à produire sur place.

Repenser notre mode de vie

Pour ce faire, il faudrait cependant développer massivement les énergies renouvelables, et surtout tendre vers plus de sobriété dans tous les domaines : transports, logement, industrie, mobilité, etc. Comme le montre le paradoxe de Jevons, les gains d’efficacité énergétique peuvent conduire à une hausse globale des consommations, en s’ajoutant aux usages existants plutôt qu’en les remplaçant. Dans ce cadre, pour arracher tous ces secteurs à la volonté des marchés financiers, il deviendrait nécessaire de recréer de grands pôles publics de l’énergie.

Dès lors, la nationalisation de société comme TotalEnergies pourrait prendre tout son sens. Dans la même veine, ce genre de mesure devrait s’accompagner d’un véritable contrôle sur les entreprises de transports en commun, d’électricité ou de gaz. Et ce, afin d’offrir des alternatives concrètes au « tout voiture », aux déplacements inutiles et aux consommations évitables. Une planification de long terme qui sort de la logique de profit, au bénéfice de toutes et tous.

– Simon Verdière


Source photo de couverture : station essence / Louis Concorde sur Flickr

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