Pas moins de 20 000 brosses à dents usagées se baladeraient dans ses cloisons… Ce projet étonnant d’éco-construction n’est autre qu’une maison dont les murs, l’isolement et les finitions sont faits de déchets. Un tas d’ordures, pratiquement au sens propre, qui devient un habitat durable et écologique.

Le futur de l’habitation serait aussi une poubelle ? Duncan Baker-Brown fait partie de ces architectes des temps modernes qui explorent des solutions d’habitation durable qui semblent parfois farfelues. A l’origine du projet, l’homme tire un effroyable constat « C’est une réalité déprimante. Pour chaque lot de 5 maisons construit en Angleterre, l’équivalent d’une maison de matériaux inutilisés finissent à la décharge ! » et la plupart de ces matériaux sont encore parfaitement utilisables. Pourquoi ne pas réutiliser ces rebuts pour construire ?

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Décidé à mettre en pratique son idée folle, Baker-Brown mobilise ses étudiants de l’Université de Brighton. Dans l’espace d’une année scolaire, ils vont construire ensemble cette maison entièrement constituée de déchets. Objectif : en faire une maison écologique. Le résultat est bluffant. Comment est-ce possible ?

De l’extérieur, on peut apercevoir cette surface noire et caoutchouteuse qui recouvre les murs de la maison. Il s’agit en fait de dalles de moquettes retournées et coupées telles des tuiles imperméables. 2 000 d’entre elles furent récupérées dans un vieil immeuble à proximité. « Nous avons dû les tester au chalumeau pour satisfaire l’agent de contrôle du bâtiment » ricane l’architecte. En réalité, ces moquettes sont déjà ignifugées.

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L’intérieur ressemble à une maison pratiquement normale aux finitions relativement basiques. Les murs intérieurs sont faits de plaques de plâtre récupérées au look flambant neuf. L’escalier en bois noble fut réalisé à partir des déchets d’une école de menuiserie. Il fallait y penser. Même l’ossature de la maison, des poutres aux colonnes, a été réalisée à partir de rebuts de chantier.

Le toit fut le plus difficile à réaliser car tout au long d’un tel projet, il n’existe jamais de certitude sur l’approvisionnement en matériaux usagés. Par chance, une source de tuiles non utilisées va apparaître avant la fin de la construction. L’architecte précise qu’un tel projet demande de la patience et une grande capacité d’adaptation. Les plans de la maison peuvent changer à tout moment.

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'Waste House' by BBM

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Dans un intérêt pédagogique, le bâtiment est percé de petits judas qui donnent vue sur ce qui se passe à l’intérieur des murs. On peut y voir des tas de brosses à dents, des piles ou encore des cassettes-vidéos. L’architecte explique qu’un magasin de location de films était en fermeture. Les cassettes furent utilisées comme isolant. Les 20 000 brosses à dents proviennent d’une société qui nettoie les avions après les vols long-courriers. Ce qui est incroyable, c’est que ces 20 000 brosses (dont certaines sont inutilisées) ne représentent que quatre jours de vols ! Pour finir dans une décharge ? Le fonctionnement d’un monde axé sur la croissance éternelle est décidément bien étrange.

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Rien ne prouve évidemment que ces isolants étranges remplissent leur rôle efficacement. La maison étant avant tout un test grandeur-nature, un doctorant ingénieur étudiera l’efficacité de l’isolation dans le temps. Des capteurs éparpillés dans la maison vont mesurer les variations de température et d’humidité. Afin d’atteindre des objectifs d’isolation respectables, la maison est tout de même équipée de fenêtres à triple-vitrage, seul élément neuf des lieux.

« La philosophie actuelle dans l’industrie est d’importer des tonnes de matériaux sur le site de construction plutôt que de risquer une perte de temps en cas d’épuisement d’une ressource. Il faut trouver un moyen de stocker et de réutiliser le surplus, plutôt que de le jeter dans une décharge. » explique l’architecte. Pour lui, il faudrait un organisme capable de gérer ces déchets, les redistribuer et ainsi éviter un gaspillage important à l’heure de la crise écologique.


Source : Vent-axia.com / Oliver Wainwright

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