« Airbag » : le clip électro français qui expose notre addiction au plastique

Sur fond de musique électro branchée, le dernier clip du duo français March On Mars nous raconte le périple d’un sac plastique depuis sa fabrication en usine jusqu’à sa triste fin en mer. Et nous rappelle que le recyclage ne suffira pas à endiguer les pollutions provoquées par la diffusion du polymère dans l’environnement.

« J’avais envie de faire un clip sur un sac plastique, car nous sommes envahis de partout par cette matière », nous explique Grégory Chosson, coauteur du clip musical électro intitulé « Airbag » et sur lequel il a travaillé avec son ami Alexis Ancel. « Je préfère y voir une œuvre « concernée et consternante plutôt qu’engagée », ajoute-t-il. Car comme l’illustre à merveille le groupe amateur March On Mars, le plastique est partout, au point de menacer l’équilibre des écosystèmes, donc, à terme, de la vie sur terre.

Crédit image : March On Mars

Trier ses poubelles ne suffit pas !

Quand bien même nous faisons attention à ne rien jeter dans la nature et investissons dans le recyclage, ces seuls gestes ne suffisent pas à réduire les pollutions plastiques de manière conséquente, comme en attestent les chiffres : tous les ans, environ 8 millions de tonnes de cette matière finissent dans les mers et océans, et ce même si vous jetez vos déchets dans la bonne poubelle… Tout l’enjeu consiste donc à cesser d’en produire à la source. Et c’est précisément sur ce point que l’évolution de nos sociétés coince.

En effet, moins d’un tiers des déchets plastiques sont recyclés en Europe, le reste étant exporté en vrac, en grande partie vers l’Asie. « Les raisons de ces exportations sont le manque de capacité, de technologie et de ressources financières pour que ces déchets puissent être traités localement », constatait une note du parlement européen de décembre dernier. Le sous-traitement du recyclage permet de déléguer l’activité à des pays moins regardants sur les normes environnementales et d’externaliser les coûts. Faut-il alors s’étonner que parmi les 10 fleuves qui charrient 90 % du plastique qui est finalement déversé dans les océans, on trouve 8 fleuves d’Asie ? Concrètement, une partie des plastiques européens, après avoir traversé les océans en cargo, finira dans des décharges mal gérées puis dans les cours d’eau de pays asiatiques jusqu’à la mer. Ce système est donc intimement lié à ces images de pollution dramatique de nous recevons d’Asie : le plastique est mondialisé.

Des plastiques jusqu’au plus profond des océans

Le clip frappant fait inévitablement écho à la dernière étude spectaculaire sur le plastique qui fait le tour des médias depuis quelques jours. Publiée dans la revue Royal Society Open Science, l’étude en question montre que le plastique pollue les océans jusqu’à 11.000 mètres de profondeur. Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont disséqué 90 spécimens d’amphipodes Lysianassidés en provenance du fond de six des plus profondes fosses océaniques réparties autour de la Ceinture du Pacifique.

Au total, 72 % des animaux testés contenaient au moins une particule de plastique. Au fond de la fosse des Mariannes, la plus profonde connue, ce chiffre atteint les 100 % ! « Une partie de moi s’attendait à trouver quelque chose, mais pas au point d’avoir 100% des individus du lieu le plus profond du monde ayant des fibres dans leurs entrailles. C’est énorme », a commenté auprès de l’AFP Alan Jamieson, chercheur en écologie marine à l’université britannique de Newcastle. Les résultats de l’étude, qui font suite à d’autres découvertes du même genre, ne laissent plus place au doute : les microplastiques polluent l’ensemble des écosystèmes marin au plus profond de la chair des créatures vivantes, depuis ses profondeurs abyssales jusqu’aux glaces de l’océan arctique en passant par l’essentiel de la chaîne alimentaire, crustacés, tortues, dauphins.

« Ça m’inspire du dégoût, j’ai un peu honte de nous et en même temps, ça ne m’étonne pas, on s’en doutait déjà », réagit Grégory Chosson, qui espère toutefois qu’ « Airbag » aidera à sensibiliser sur la question.

Pour découvrir les œuvres de March On Mars, rendez-vous sur leur page Facebook.


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