La Primaire Populaire, c’est quoi ? Un mouvement citoyen qui a vocation à faire émerger une candidature de rassemblement pour faire gagner l’écologie et la justice sociale à l’élection présidentielle de 2022. Bien que suivi par de plus en plus de personnes, ce mouvement fait aussi l’objet de nombreuses critiques. Nous avons donc voulu partir à la rencontre de celles et ceux qui portent ce mouvement citoyen, apartisan et ambitieux pour mieux le comprendre. Décryptage d’un enjeu citoyen majeur. 

90% des sympathisants de gauche sont favorables à un candidat unique pour la gauche et les écologistes à l’élection présidentielles de 2022, selon le sondage Harris Interactive publié en juin 2021. Certes, les sondages sont à prendre avec des pincettes mais celui-ci souligne tout de même quelque chose d’indéniable : il sera impossible pour la gauche de gagner les élections présidentielles de 2022 si elle ne s’unit pas.

D’autant plus dans un contexte de montée de l’extrême droite qui s’avère très inquiétant. En tant que média apartisan, nous avons toujours fait le choix de ne jamais mettre en avant un parti ou un candidat plutôt qu’un autre. Surtout, nous n’avons pas succombé au traitement médiatique récent, lequel semble favoriser la montée des échanges stériles et purement polémiques plutôt que de favoriser une réelle réflexion de fond sur le plan des idées.

En revanche, nous sommes résolument pour la justice sociale et écologique. Pour plus d’information sur notre ligne éditoriale apartisane mais profondément politique, relisez notre présentation, inchangée depuis plus de 10 ans. Nous sommes un média entièrement indépendant. Quand nous avons entendu parler du mouvement de la Primaire Populaire, nous avons simplement été intrigués. Mais aussi sceptiques, comme bien d’autres. Alors nous avons voulu partir à la rencontre de celles et ceux qui portent ce mouvement démocratique apartisan, citoyen et singulier pour aider, c’est notre travail, à y voir plus clair pour mieux débattre.

Avec Maxime, nous sommes revenus sur l’objectif de la Primaire Populaire, les prochaines étapes mais aussi les diverses critiques qui sont faites au mouvement. Interview.

Crédits photo : La Primaire Populaire

Mr Mondialisation : Bonjour Maxime, merci d’être venu. Est-ce que tu peux te présenter ?

Maxime : Je m’appelle Maxime, j’ai 25 ans et je suis actuellement chargé de mobilisation à la primaire populaire. En parallèle de mes études à Sciences Po Toulouse, j’ai milité dans diverses associations écolos pendant près de 5 ans – notamment au sein du mouvement La Bascule et d’Extinction Rebellion. 

Mr Mondialisation : Nous y reviendrons plus en détails après mais, déjà, est-ce que tu peux nous présenter rapidement ce qu’est la primaire populaire ?

Maxime : La primaire populaire, c’est un mouvement citoyen qui a vocation à faire émerger une candidature de rassemblement pour faire gagner l’écologie et la justice sociale à l’élection présidentielle de 2022. Il est aujourd’hui soutenu par plus de 165 000 personnes et une cinquantaine de groupes locaux partout sur le territoire. Il comporte 3 phases clés

1/ En Mai dernier, la rédaction d’un socle commun comportant 10 paquets de mesures phares, issues de 7 rapports de la société civile, dont on s’est assuré de la compatibilité avec les programme des 13 partis politiques des gauches et de l’écologie grâce à un travail de deux mois avec différents représentants de chacun de ces partis.
2/ Du 11 juillet au 11 octobre une phase de parrainages à permis de faire émerger les candidatures les plus à même de porter ce socle commun à l’élection présidentielle. 5 hommes et 5 femmes constituent aujourd’hui le top 10 des personnalités les plus plébiscitées par près de 100 000 personnes.
3/ En Janvier prochain aura lieu le vote de la primaire populaire pour départager au vote au jugement majoritaire ces différentes candidatures. Ce mode de scrutin permet d’évaluer toutes les candidatures à l’aide de mentions plutôt que de voter pour une seule d’entre elles, ce qui permet d’avoir un vote beaucoup plus représentatif : la personne élue est la personne la mieux évaluée par une majorité des votants. Aujourd’hui, nous attendons la réponse des candidats pour savoir s’ils et elles participeront à la Primaire Populaire en janvier prochain. Les candidats du top 10 ont jusqu’au 30 novembre pour donner leur réponse. 

Détail du “top 10” évoqué par Maxime / Crédits photo : La Primaire Populaire

 

Mr Mondialisation : Peu de candidats parmi celles et ceux désignés ont confirmé rejoindre le processus de la primaire populaire. Que répondez-vous à ce type de critique ?

Maxime : Sur les 10 candidatures plébiscitées par près de 100 000 personnes, 3 d’entre elles ont déjà déclaré publiquement qu’elles participeraient à La Primaire Populaire. C’est le cas d’Anna Agueb Porterie, militante et plutôt proche du parti PEPS (Pour une Écologie Populaire et Sociale), de Charlotte Marchandise, qui était candidate citoyenne à la présidentielle en 2017 (via la primaire.org) et Pierre Larrouturou, chef de fil du Parti Nouvelle Donne, et rapporteur du budget au parlement européen. Les 7 autres candidats ont jusqu’à la fin du mois pour nous répondre !

Il est normal qu’ils continuent de tenir toujours le même discours jusqu’au dernier moment. Mais les sondages toujours aussi désespérants, qui laissent une place de plus en plus importante à un bloc identitaire, la pression mise par les 165 000 personnes soutenant l’initiative ainsi que les quelques maires qui ont décidé de suspendre leur parrainage en signant un serment (ndlr, le serment de Romainville) continuent de mettre la pression sur les candidats qui ne tiendront pas longtemps le discours du rassemblement en dehors du processus de la Primaire Populaire. 

Mr Mondialisation : Vous avez aussi évoqué l’existence d’un “socle commun”. Pouvez-vous revenir dessus ?

Maxime : La primaire populaire souhaite remettre les idées au premier plan. Une fois que nous sommes mis d’accord sur les idées, on cherche la meilleure candidature pour les porter ! Le premier argument en défaveur d’une primaire populaire aurait été de dire qu’il n’y a rien qui rassemble les candidats des partis des gauches et de l’écologie. Ce qui justifierait une diversité de candidatures. Or la rédaction d’un socle commun de mesures phares – qui ne sont pas des petites mesures à mon sens mais des mesures suffisamment radicales pour changer les choses – qui sont compatibles avec les programmes des 13 partis avec lesquels a été rédigé ce socle prouve qu’il y a plus de choses qui les rassemblent que de sujets sur lesquels ils sont divisés.

Ce socle commun est articulé autour de 3 thématiques qui structuraient déjà les rapports de la société civile qu’on a consultés : justice sociale, écologie et renouveau démocratique.

Mr Mondialisation : D’autres critiquent le fait que ce socle est trop général, et pas suffisamment précis quant à plusieurs sujets clivants face aux enjeux écologiques et sociaux ; tels que l’énergie, le nucléaire notamment, ou encore l’Union Européenne.

Maxime :  Il y a beaucoup de choses qui nous rassemblent mais il y a des sujets divergents c’est clair : l’Europe, le nucléaire en font partie. Encore une fois, il y a quand même moins de divergences que ce que le débat public nous laisse à penser.  Afin de tirer son épingle du jeu, chacun des candidats a intérêt à exacerber ce qui le différencie des autres… Sur les divergences réelles qui existent, la primaire permettra de départager les candidats sur leur programme respectif, plus complet que le socle commun qui est en soit “un minimum radical commun”. 

Mr Mondialisation : D’ailleurs, cette primaire départagera les candidats via le vote au jugement majoritaire. Pourquoi avoir privilégié cette méthode au scrutin traditionnel classique ?

Maxime : Le vote au jugement majoritaire permet d’évaluer chacune des candidatures et ainsi d’éviter des biais du scrutin uninominal à deux tours : le vote stratégie ou “utile”, le vote “contre” et permet d’exprimer réellement sa voix en mettant des mentions de “a rejeter” jusqu’à “excellent” à toutes les candidatures. 

Il est particulièrement intéressant dans le cadre de Primaire car il permet d’amoindrir les dynamiques de clans derrière un candidat : puisque l’on donne son avis sur toutes les candidatures, cela nous pousse à nous intéresser vraiment à chacune d’entre elles. Aucun participant n’a intérêt à jouer au passager clandestin et à ne pas évaluer les autres candidatures en leur mettant tous la même mention : on a tous légitimement envie de donner notre avis sur les autres candidatures dans le cas où ce n’est pas notre candidature préférée qui est la mieux évaluée. Et si aucune candidature ne nous plait, le vote au jugement majoritaire permet aussi de le dire !

Et rappelons que dans le pire des cas où toutes les personnes ne “jouent pas le jeu” en mettant “à rejeter” à toutes les autres candidatures que celles pour qui elles auraient voté dans le cadre d’un vote uninominale, cela reviendrait au statu quo actuel où chacun s’exprime en donnant sa voix à une seule candidature.  

Plusieurs chargé.e.s de mobilisation (dont Maxime, à gauche) et bénévoles du mouvement / Crédits photo : La Primaire Populaire

Mr Mondialisation : D’autres critiques accusent votre initiative de manquer de transparence, notamment la Haute Autorité de la Primaire Populaire. Que répondez-vous à celles-ci ? 

Maxime : Toutes les informations sont sur le site internet depuis le début du lancement, notamment dans l’onglet “l’écosystème” où vous retrouvez le fonctionnement de la Haute Autorité de la Primaire Populaire ainsi que le Compte Rendu de ses délibérations, la composition du Conseil d’Orientation, du bureau de la Primaire Populaire et des équipes opérationnelles, ainsi que la liste des soutiens. Dans l’onglet “je m’informe”, il y a une grande FAQ (foire aux questions) avec toutes les questions qui sont régulièrement posées par la primaire populaire. A noter que chacun des mails envoyés à l’adresse contact@2022oujamais.fr obtient une réponse.

Mr Mondialisation : Une dernière remarque porte sur le nom de votre initiative. Certaines personnes dénoncent le fait que, bien qu’appelée “primaire populaire”, le mouvement ne soit pas si “populaire” que cela. Tant à propos des bénévoles eux-mêmes, que de vos actions visant à faire signer l’appel et à s’engager.

Maxime : La réalité concrète du terrain, et je peux en témoigner puisque je suis sur les routes depuis 4 mois pour rencontrer les bénévoles de la Primaire Populaire, c’est qu’il y a une grande diversité de personnes qui se retrouve dans l’initiative à la fois en terme d’âge, d’origine sociale et d’identités. Des jeunes de Youth For Climate, des abstentionnistes qui n’ont jamais voté, des néo-militants qui ne s’étaient jamais vraiment “engagés” … 

Il y a une fracture réelle en France, notamment numérique mais pas seulement, sur l’intérêt que les gens portent aux élections. Avec la Primaire Populaire on essaie justement de re-connecter des jeunes, des personnes habitantes de quartiers populaires et dans des zones à fortes abstentions de manière générale à à la politique mais ça prend du temps. Toutes les personnes qui font de l’éducation populaire vous le diront. Et on essaie de travailler avec des acteurs qui ont de l’expérience : je ne prétend pas que la Primaire Populaire va redonner espoir à tous les “oubliés de la République” qui n’y croient plus mais elle le fait en partie déjà !

Le fait que l’initiative soit portée par des citoyens hors des partis et qu’on fait de la démocratie autrement en proposant un nouveau mode de scrutin notamment, ça fait déjà de la Primaire une initiative bien plus populaire que ce qui existe aujourd’hui dans le paysage politique !

A Seine Saint-Denis, le week-end dernier, des bénévoles continuaient d’aller à la rencontre des habitant.e.s pour leur parler du mouvement / Crédits photo : La Primaire Populaire

Mr Mondialisation : A vous écouter, 165 000 personnes ont déjà signé l’appel. Pourquoi signer l’appel de la primaire populaire ?

Maxime : L’objectif principal c’est de manifester votre soutien à l’initiative et de dire aux candidats : nous ne voulons pas d’une diversité de candidatures qui portent la justice sociale, l’écologie et le renouveau démocratique ! Nous ne voulons pas d’un duel Macron – Le Pen, Macron – Zemmour qui est un non choix et serait catastrophique car les idéaux portés par ces candidats sont dangereux et destructeurs pour notre planète et les droits sociaux ! Il faut se reconnecter à l’urgence dans laquelle nous sommes : nous n’avons pas 5 ans de plus pour prendre les décisions courageuses à même de mettre la France sur une trajectoire de justice sociale et climatique !

Mr Mondialisation : Oui, mais pourquoi toi tu crois en la primaire populaire ? Pourquoi toi, en tant qu’activiste déçu à de nombreuses reprises par la politique quant aux enjeux écologiques et sociaux, tu t’engages autant dans ce mouvement ? Qu’est-ce qui te fait croire que ça peut vraiment faire bouger les lignes ?

Maxime : Je vais reprendre des mots que j’ai écris dans une tribune de libération j’assume le copier coller plutôt que de le feindre ! [Lit]

« Je suis fatigué de marcher. Nous avons construit ces mouvements à force d’acharnement et de mobilisations, nous avons remporté des victoires, soyons en fiers ! Mais j’ai le sentiment d’être aphone, à moins que celles et ceux à qui je m’adresse soient tout simplement sourds… Alors après avoir organisé et participé à tant de marches, je veux faire plus qu’interpeller celles et ceux qui sont au pouvoir. Pour moi ce n’est plus suffisant : j’ai le sentiment de me complaire dans un mode d’action qui me donne ma petite dose de reconnaissance nécessaire. Je veux sortir de cette zone de confort dans laquelle je me suis installé.

Alors que faire ? Lutter localement en m’installant dans une Zone À Défendre ? J’y ai pensé, j’étais à deux doigts de le faire… M’engager pour empêcher la destruction du vivant c’est attrayant, mais j’aurais le sentiment de me battre face aux conséquences des décisions prises par nos dirigeants. Je veux être radical, traiter le problème à la racine : il faut traiter la cause, il faut changer les dirigeants ! Problème : l’engagement partisan, les partis politiques, tout ça, ça ne m’intéresse pas, ça me rebute même – comme beaucoup de gens autour de moi. Trop éloigné de ce milieu pour m’y sentir à l’aise, je n’en ai pas les codes. Trop «puriste» pour accepter de m’investir dans le jeu électoral, je ne veux pas me résigner à faire des compromis. Pourtant je refuse que mon pouvoir d’agir se réduise uniquement à voter tous les 5 ans… »

En bref, je pense que nous devons prendre notre responsabilité en tant que société civile et accepter que, pour faire changer les choses, il faut gagner les élections ! Et je ne dis pas que ce sera fini à ce moment-là ! Au contraire, ce ne sera que le début pour pouvoir ensuite mettre la pression à des dirigeants qui à minima, parlent le même langage que nous, et contrebalancer le poids des lobbys et toutes les injonctions qui viendront les détourner de leur but premier : servir l’intérêt général.

Crédits photo : La Primaire Populaire

Mr Mondialisation :  Quelle est la suite maintenant, d’ici avril 2022 ? Peux-tu détailler quelles sont les prochaines étapes ?

Maxime : Il y en a trois : dans un premier temps, d’ici la fin du mois de novembre, les réponses officielles des 10 candidatures. Ensuite, le lancement des inscriptions pour un vote qui aura lieu du  13 au 16 janvier 2021 ! Enfin, la campagne pour faire gagner la candidature de la Primaire Populaire en avril 2022. 

Mr Mondialisation : Un dernier mot pour nos lecteur.rice.s ?

Maxime : On a pas 5 ans de plus : c’est 2022 ou jamais ! Faites signer l’appel et engagez vous avec nous pour mettre la justice sociale, l’écologie et la démocratie au pouvoir ! 

Leur appel en vidéo :

Si vous êtes intéressé.e ou juste curieux.se, vous pouvez suivre le mouvement via les réseaux sociaux suivants: Twitter ; Facebook ; Tiktok ; Instagram. Pour signer l’appel, c’est par ici. Et pour s’engager et rejoindre la mobilisation aux côtés de Maxime et bien d’autres, c’est par

-Propos recueillis par Camille Bouko-levy

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