Bourgeoisie, un mot qui sent bon les années soixante-dix et que beaucoup estiment être devenu un concept creux. Le Premier ministre, Edouard Philippe lui-même, avait déclaré sur BFMTV « nous sommes toujours le riche de quelqu’un d’autre ». Entendez : il n’existe plus de classes, et donc plus de raison de lutter pour un équilibre des richesses. Or, force est de constater qu’aujourd’hui la lutte des classes est encore d’actualité, et que pour en comprendre les contours, mieux vaut savoir ce qu’est un « bourgeois » exactement, dans notre monde moderne. C’est la tâche que se propose de réaliser le romancier François Bégaudeau dans un essai où il fustige la petite bourgeoisie culturelle parisienne et sa bêtise. L’occasion également pour lui de revenir sur sa condition paradoxale d’écrivain à succès anti-bourgeois. Un livre où le second degré est partout, offrant un texte original et plaisant à lire, sublimé par la langue délicate de François Bégaudeau. Mr Mondialisation est allé à la rencontre de l’auteur. Entretien. 

Mr. Mondialisation : Qu’est-ce qui a motivé le romancier François Bégaudeau à se lancer dans la rédaction d’un essai ?

François Bégaudeau : Ce sont les éditions Pauvert qui, à la base, m’avaient suggéré d’écrire un essai sur Macron. Après trois mois de réflexion, j’ai accepté le projet à condition d’élargir le sujet autour de la bourgeoisie en général. Macron étant le vote bourgeois par excellence, je trouvais intéressant de partir des dernières présidentielles pour réfléchir à ce concept de bourgeoisie et à la manière dont il serait possible de le réhabiliter, de montrer qu’il n’est pas un concept creux, mais une grille de lecture pertinente pour comprendre le corps social aujourd’hui. D’autant plus que ma carrière d’écrivain m’avait amené à fréquenter toute une bourgeoisie culturelle, parisienne et provinciale, dont j’avais à cœur de décrire les codes.

Mr.M : C’est vrai que la forme de l’essai est originale. Vous ne vous bornez pas à une démonstration purement théorique, vous convoquez largement les observations tirées de votre propre expérience…

F.B : Oui, c’est là que transparaît le littéraire qui est en moi. L’espace de la littérature reste avant tout l’espace de la subjectivité, c’est prendre les choses par le concret. Je peux philosopher, je peux raisonner, mais d’autres le font bien mieux que moi. La valeur ajoutée de ce livre, c’est cette approche concrète et subjective de la classe bourgeoise qui me permet d’aborder des thèmes peu explorés comme les goûts esthétiques de la bourgeoisie culturelle. Un thème qu’on ne retrouve pas forcément dans d’autres essais mais que ma circulation sociale d’écrivain m’a permis d’approfondir au gré de mon parcours. Le milieu de la littérature étant surinvesti par la classe dominante, je sentais que j’avais quelque chose d’original à dire sur le sujet, des observations empiriques à faire valoir. Mon thème est précisément la bêtise de cette bourgeoisie culturelle de gauche, qui avait tout pour tomber dans les bras de Macron. Qui était macronienne avant Macron, marinant dans une zone grise et sciemment floue entre centre-gauche et centre-droit.

Mr.M : Parallèlement, vous publiez En guerre, un roman où deux personnages de classes sociales distinctes vont, par un concours de circonstances, se lier ensemble. Quelles-sont les connexions qui existent entre les deux textes ?

F.B : Il y a bien entendu des échos entre les deux textes, mais dans En Guerre, le héros peut difficilement être qualifié de bourgeois. C’est un personnage clairement de gauche, mais qui se caractérise par une certaine mollesse politique résultant de son confort de vie. Sa situation sociale ne le soumet à aucune urgence ; et sa conscience politique ne suffit pas à impulser un passage à l’acte. Finalement, je procède à une forme d’autodérision à travers ce personnage. Mais donc Romain n’est pas exactement le bourgeois que j’attaque dans Histoire de ta bêtise. Romain est lucide sur sa situation sociale, quand le bourgeois de mon essai nie la logique de classe et l’arbitraire de ses privilèges. C’est par exemple un Raphaël Enthoven assénant que le bourgeois est moins un fait économique et social qu’une catégorie morale, l’autre nom d’une étroitesse d’esprit transversale aux classes ; insinuant par là qu’il n’est pas un bourgeois lui-même au vu de sa grande ouverture d’esprit. Or, à mon sens, un bourgeois se définit avant tout par sa situation patrimoniale favorable et par son système d’opinions visant à légitimer cette situation patrimoniale.

Mr.M : Dans Histoire de ta bêtise, vous attaquez principalement la « bourgeoisie cool ». Comme la caractériseriez-vous ?

F.B : Le livre fait une distinction entre deux bourgeoisies, l’une étant incarnée par Macron, qui n’a pas les apparences de la bourgeoisie traditionnelle et qui se veut volontiers « progressiste » quand l’autre est perçue comme réactionnaire, de droite, catholique et sociétalement rigide. La bourgeoisie de Macron se prétend plus ouverte sur le plan sociétal, elle est gay-friendly, féministe, pour la diversité – disons qu’elle peut assumer ces marqueurs dans la mesure où ils ne sont que des affichages moraux sans incidence structurelle. J’essaye justement dans le livre d’expliquer les raisons de cette évolution d’un pan de la bourgeoisie vers le cool, vers une sorte de déraidissement moral. Mon hypothèse est que c’est une logique commerçante qui a vectorisé cette transformation. Pour améliorer les ventes, il a fallu rendre la marchandises séduisante, et les vendeurs eux-mêmes se sont rendus séduisants. La bourgeoisie reste fondamentalement une classe de boutiquier, et c’est de cette situation fondamentale que lui est venu le cool. Par exemple, sa molle tolérance pour les minorités résulte d’une logique économique. La stratification de la société en de multiples niches est bon pour les affaires : on crée un marché gay, une cible marketing féminine, etc. C’est bien dans une logique économique que la bourgeoisie est devenue minority-friendly. Le deuxième temps de la réflexion est d’analyser ce cool comme une nouvelle forme de domination plus fourbe, plus retorse. Quand on avait à l’époque un patron qui vous dirigeait à la dure, on a aujourd’hui un nouvel esprit managérial plus soft, plus horizontal et participatif qui cherche à rendre les salariés plus performants en les caressant dans le sens du poil. L’objectif est le même, à savoir l’exploitation de leur force de travail, mais on enrobe tout ça d’un coulis framboise pour le rendre plus digeste. D’un point de vue affectif, je préfère encore la première forme de domination qui a le mérite d’avancer à visage découvert.

Mr.M : Si on vous suit, cette bourgeoisie cool est encore plus détestable que la bourgeoisie réactionnaire « classique » ?

F.B : Oui car elle a toute les défauts de la bourgeoisie réactionnaire, mais elle ajoute à l’oppression une sorte d’hypocrisie. Elle nous l’a fait à l’envers, mais elle arbore ce petit sourire en coin à la Macron. C’est cette conjonction entre brutalité bourgeoise et coolitude apparente qui explique à mon sens la détestation dont le Président fait l’objet, car je pense que cette supercherie, personne ne peut la supporter. On est nombreux à préférer la brutalité à celle qui s’enrobe d’une douceur mielleuse et au fond très condescendante. Il y a alors une espèce de double peine qu’on nous inflige : la domination et la négation de cette domination qui la rend encore plus insupportable.

MR.M : Votre essai attaque la bêtise bourgeoise, cette inclination à toujours faire primer la morale sur la pensée. Pourriez-vous nous en dire plus ?

F.B : Si vous voulez, il est tout-à-fait normal d’appliquer un filtre moral sur les choses, car nous sommes avant tout des êtres moraux. Mais là où cette morale devient dangereuse, c’est quand elle empêche de penser, quand elle se substitue à la pensée, qui, autant que possible, doit se tenir à l’écart du couple bien-mal pour viser la justesse. Quand on veut réellement penser, on doit éliminer, au moins dans un premier temps, les carcans moraux. Quand la morale s’invite dans l’art par exemple, c’est destructeur, car l’art a ceci de grand et de précieux qu’il invite à explorer des zones qui vont parfois à l’encontre des attendus moraux ; l’art doit être une puissance de destabilisation, sinon il ne fait qu’être la chambre d’écho de nos certitudes. La morale peut également nous rendre indisponible à une blague un peu sulfureuse par exemple, ce qui est regrettable. En somme il faut essayer de penser ce qui est, et pas ce qui conforte notre conception du monde. Or on a justement vu émerger, depuis quelques décennies, une bourgeoisie très donneuse de leçon – ce qu’on a pu appeler le « politiquement correct » – expression que je n’aime pas à cause de l’usage qu’en font les réactionnaires. Exploiter la majorité de la population ne lui pose aucun problème, mais une blague homophobe l’offusque. C’est pour elle une manière de se donner bonne conscience, car elle sait être assise sur une injustice initiale, elle se sait condamnable socialement, mais essaye de se racheter sur tout un tas de sujets qui demeurent inoffensifs pour ses privilèges. La scène médiatique se scinde aujourd’hui en deux pôles opposés  : le cool contre le réac, Yann Barthès contre Nadine Morano, Zemmour contre Enthoven. Dans cet espace restreint, la pensée étouffe et n’offre plus que des conversations bas de plafond mettant en scène le bien contre le mal, autour de questions tout à fait toxiques et creuses comme les questions identitaires, les deux pôles prétendus ennemis s’entendant allègrement pour évacuer les questions de classes – ce qui arrange tous ces gens évoluant dans la classe dominante. Voilà en partie pourquoi la bourgeoisie centriste s’est soudainement dotée d’un discours moral qui prend souvent des accents de procureur. C’est elle qui est responsable de l’aseptisation des débats, et de leur médiocrité.

Mr.M : Dans votre roman comme dans votre essai, vous analysez beaucoup la vive hostilité qu’entretient la bourgeoisie avec toute forme de violence. Pourquoi avoir mis cet élément en lumière ?

F.B : Il est clair que la bourgeoisie est pour la pérennité de l’ordre existant, car c’est un ordre qui l’arrange. Or, la violence politique a toujours pour effet, et souvent pour objectif, la déstabilisation de l’ordre social. C’est la raison pour laquelle la bourgeoisie cherche systématiquement à amadouer les mouvements sociaux en mettant en avant le dialogue, la concertation avec les leaders. Elle aime beaucoup les syndicats comme la CFDT, et donner l’illusion que la décision finale est le fruit d’un consensus et non pas le produit d’une violence institutionnelle qui démantèle les protections sociales à marche forcée. L’absence d’interlocuteurs officiels lors des mouvements des gilets jaunes explique en grande partie la peur qui s’est emparée des dominants, car ils n’avaient plus leurs outils habituels pour désamorcer la colère. Il y a chez le bourgeois une vision de la plèbe qui perdure à travers les siècles : celle d’une masse de sauvages prêts à leur passer la corde au cou. Mais ce mouvement d’embourgeoisement par le rejet de la violence concerne la société tout entière. Tout le monde, y compris moi, à force d’évoluer dans une société hyper protégée, devient hostile à la violence et adopte de ce fait une attitude assez bourgeoise, timide voire apeurée, vis-à-vis de ceux qui font usage de la violence. Ce mouvement de pacification généralisée entrave la possibilité de l’émergence de forces contestataires véritablement efficaces. De ce point de vue, nous sommes nombreux à participer, à des degrés divers, au statu quo social.

Mr.M : Justement, la question de la violence comme outil de contestation divise les milieux militants. Pensez-vous qu’elle puisse être un moyen efficace pour parvenir à ses fins ?

F.B : Là-dessus, il faut être prudent. Quand j’étais jeune, dans un premier temps, les espaces militants étaient très virilistes, beaucoup de mecs s’investissaient par goût, entre autres, de la castagne. En ce sens, je pense que les partisans de la non-violence ont fait du bien aux mouvements d’émancipation, qui se sont dévirilisés, féminisés, et du même coup rendus disponibles à des considérations tout à fait opportunes, concernant notamment la place des minorités dans les luttes sociales, à commencer par la place des femmes. Néanmoins, dans l’analyse objective des rapport de force, le fétichisme autour de la non-violence me semble contre-productif, car il fait fi de la force colossale que le pouvoir peut lui-même déployer.

Il y a une forme de naïveté politique à penser que des mouvements irréprochablement démocratiques et pacifiques suffiront seuls à faire plier la bourgeoisie et l’État qui la sert. De plus, la bourgeoisie occidentale a principalement délocalisé la violence, en déplaçant notamment les théâtres d’opérations militaires en Afrique et au Proche-Orient ou Moyen-Orient. Mais ce n’est pas parce que cette violence est hors de notre champ de vision immédiat qu’elle n’existe plus. Il faut en faire le constat froid : les mouvements pacifiques comme l’occupation des places, Nuit debout, les « révolutions arabes » ont peu obtenu ; le capitalisme n’a pas tremblé et la bourgeoisie continue d’exploiter la moitié de la planète. Il n’y a que quand on montre les muscles que la bourgeoisie tremble. Inversement, les images de gilets jaunes frappant un policier, ou enfonçant la porte du ministère de Benjamin Griveaux, créent chez les dominants le retour d’une vieille peur, celle de la plèbe insurgée et donc dangereuse. Mais c’est une vieille question qui agitaient déjà les milieux anarchistes et communistes au XIXe siècle, une question à laquelle je me garderai bien d’apporter une réponse ferme et définitive tant elle est complexe. Ce qui est clair, c’est qu’être de gauche aujourd’hui c’est conjuguer la certitude qu’une éradication du capitalisme est souhaitable, et le désarroi de pressentir que cette éradication est très incertaine. À chacun de répondre à cette contradiction de la manière qui lui semble juste.

François Bégaudeau

MR.M : « Tu tiens l’élection pour le lieu exclusif de la politique, je tiens que la politique a lieu partout sauf là » peut-on lire dans votre essai. Cela fait évidemment écho à des prises de position publiques en faveur de l’abstention comme acte politique. Cette posture vise à critiquer le système ou à affirmer l’impossibilité ontologique de la démocratie représentative ?

F.B : Je crois que la démocratie ne peut être représentative, elle doit être directe. À partir du moment où l’on élit quelqu’un afin qu’il prenne les décisions à notre place, on abjure notre souveraineté. Dans une véritable démocratie, nous voterions nos lois. Le passage par des représentants me paraît toujours anti-démocratique. Après, il serait possible de perfectionner la démocratie représentative en s’interrogeant sur les modalités de la représentation. Ce sont des réflexions qu’ont notamment soulevées les Gilets Jaunes qui, sur ce sujet, ont fait preuve d’une grande intelligence collective. Je pense notamment au RIC et au mandat révocable. Les représentants doivent être au service du peuple et constamment surveillés par ce dernier. Mais ce que ma phrase dénonce, plus que le vote, c’est les personnes qui pensent que leur vote change vraiment les choses, alors que tout est joué d’avance. Même si certaines séquences électorales conduisent à des séquences politiques intéressantes en dépit de la vacuité du résultat. Ce fut le cas de la percée des insoumis lors des dernières présidentielles qui a réorganisé un peu le rapport de force partisan d’alors. Mais néanmoins, l’élection n’est ni plus ni moins qu’un folklore assez vain. À l’arrivée, les vainqueurs sont toujours au service du capital. Les institutions ont été pensées, par les dominants, pour produire cette constante.

« Choisir ses règles, voilà pour moi ce qui représente le plus haut degré de liberté »

Mr.M :  Vous revendiquez un héritage intellectuel libertaire. L’anarchisme est-il une hypothèse souhaitable à vos yeux ou plutôt un cadre théorique vous permettant d’analyser le système actuel ?

F.B : Avant toute chose, je tiens à préciser que je définis l’anarchisme comme un tempérament, comme un certain rapport au monde. C’est d’abord avoir une grande incrédulité vis-à-vis de tous les pouvoirs. Être anarchiste c’est rire de la grande solennité qui entoure les pouvoirs, ressentir leur caractère fictionnel ; c’est ne pas se laisser impressionner par ce théâtre ridicule. Quant au projet politique anarchiste, il est un horizon qui me semble par définition inaccessible mais qui définit une ligne à suivre, une fin vers laquelle il faut tendre. C’est viser à ce que les individus puissent toujours se soustraire aux dépendances imposées. Il faut bien faire la différence entre les dépendance subies et les dépendances choisies. Contrairement à l’idée souvent véhiculée, une organisation d’inspiration anarchiste ne refuse pas la règle, elle assure juste que les règles soient librement et collectivement établies en fonction du bien commun, lequel tache aussi de prendre en compte les aspirations individuelles.

Pour un documentaire tourné au printemps et qui sera visible début 2020, Autonomes, j’ai rencontré des anarchistes qui vivent en ferme collective. Mais cette association, qui a pour but de les soustraire à certaines contraintes courantes, ne les exempte pas de répondre à des obligations inhérentes à cette nouvelle configuration de vie. La collaboration entre amis implique un certain mode de vie, des comptes à rendre à ses associés, des sacrifices de chacun pour que la structure alternative dure. Mais la différence essentielle est que ses règles, ce sont eux qui les ont choisies. Ils ont adhéré rationnellement à ces nouvelles contraintes car elles sont la condition de réalisation et de pérennité du mode de vie qu’ils ont épousé. Choisir ses règles, voilà pour moi ce qui représente le plus haut degré de liberté, et c’est comme cela que je définirais l’anarchisme politique.

Mr.M : Cela veut-il dire qu’être anarchiste, c’est croire en la bonté naturelle humaine ? Est-ce croire qu’ il n’y a guère besoin d’un État pour se protéger des autres hommes ?

F.B : Je ne crois pas que l’Homme soit bon ou mauvais par nature car je ne crois pas à la nature humaine. Il y a une phrase de Spinoza qui dit « l’Homme est un loup et un Dieu pour l’Homme ». On peut trouver de tout dans l’humanité, une grande capacité de générosité comme une vraie saloperie, et nous avons tous un peu des deux en nous. Nous alternons entre des phases d’altruisme et d’égoïsme. Nous ne sommes ni bons ni mauvais, nous agissons au gré des circonstances. Je perçois l’être humain comme une coquille vide contenant, en puissance, autant le nazisme que Mozart. La véritable question c’est de savoir quel dispositif de vie nous mettons en place pour que ce qui surgisse soit ce qu’il y a de bon en nous. Or, le capitalisme organise la société de telle sorte que c’est davantage l’égoïsme qui nous est profitable, il met en avant la concurrence, la prédation, et crée des situations de vie et de travail qui stimulent nos affects les plus sombres. Ainsi, être anarchiste ne signifie pas croire que l’Homme est bon, mais c’est néanmoins avoir conscience que demeure en lui un certain potentiel de grandeur.

– Propos recueillis par T.B

 

 

Histoire de ta bêtise : Prix TTC : 18.00 €
EAN : 9782720215629
Prix Numérique : 12.99 €
EAN numérique : 9782720216671

 

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