Le combat d’Auriane pour les semences paysannes

Grand départ le 4 janvier 2018 pour Auriane Bertrand, citoyenne engagée de 26 ans et passionnée d’agriculture. Celle-ci se lance dans une grande aventure : partir un an à la découverte de ces acteurs du monde qui défendent les semences paysannes contre le monopole de trois semenciers industriels qui contrôlent 80% du marché mondial des semences certifiées. Un impact non négligeable sur la qualité de notre nourriture, son prix, l’environnement et la santé de chacun qu’Auriane trouve intolérable. C’est face à ce constat que l’aventure Seed Tour est née. Rencontre.

David contre Goliath

Pour Auriane, l’histoire commence dans l’entre-deux guerres, en 1932, lorsque le comité de contrôle des semences créé le premier Catalogue Officiel Français des Espèces et Variétés. Un catalogue dont l’objectif est de faire savoir aux agriculteurs ce qu’ils achètent, en représentant une garantie de qualité génétique, germinative et sanitaire. Depuis ce moment, toute personne souhaitant vendre sa production ne peut pas semer n’importe quelle graine, mais seulement celles inscrites dans le catalogue officiel. Si l’idée initiale semblait bonne, la jeune femme nous explique qu’elle va impliquer dans les décennies qui suivent trois conséquences non calculées et plutôt désastreuses.

La première conséquence, c’est l’appauvrissement génétique de notre alimentation, et donc une perte de « goût » et de variété dans nos assiettes. Seulement 120 espèces seraient inscrites au catalogue officiel, alors que nous savons en cultiver 7000 en France, selon l’ETC Group, un organisme de veille citoyenne sur la biodiversité.

La seconde est bien sûr d’ordre écologique, puisque ces semences à haut rendement seront vendues avec engrais et intrants chimiques qui dégradent les sols, la faune et la flore. Et, finalement, la troisième conséquence est d’ordre économique voire sociale. Sous couvert de sécurité alimentaire, les semenciers industriels vont leurs semences dans la quasi-intégralité des exploitations françaises jusqu’à contrôler le marché, créant les conditions d’une véritable dépendance économique. Il s’agit là d’une dépendance aux prix et variétés fixées par les industriels, sachant qu’aujourd’hui, le coût des royalties représente 31% du prix de la graine. D’autre part, les agriculteurs, eux, vont s’endetter à vie. La surproduction générale tirant les prix vers le bas, couplé aux pressions des distributeurs et grandes surfaces, va les plonger dans une grande précarité.

Pour Auriane, beaucoup d’organismes travaillent déjà à des solutions, tels que le Réseau Semences Paysannes, ETC Group, Inf’OGM, sans oublier de nombreux citoyens à travers de nombreuses associations locales. Et le consommateur, par ses choix de consommation, possède désormais un réel poids dans les décisions de production. C’est face à ce constat qu’Auriane a créé le Seed Tour et l’association Qu’est-ce qu’on sème. Le but étant de savoir comment maximiser le pouvoir des consommateurs dans le débat sur les semences. Un projet qui vise à collecter les bonnes idées dans plusieurs pays, puis choisir celles qui seront les plus efficaces pour une mise en application ici.

La guerre des graines est mondialisée

Le Seed Tour, c’est un voyage d’un an qui débutera en janvier 2018 et qui aura comme objectif d’aller à la rencontre de ceux qui défendent les semences paysannes. Mexique, Cuba, Sénégal, France, Inde, Cambodge, la quête d’Auriane sera de trouver des solutions, les diffuser au plus grand nombre et amener les citoyens à changer leurs comportements de consommation. L’espoir, à termes, c’est que chaque euro dépensé encourage cette agriculture libre et respectueuse de l’environnement que la porteuse de projet défend.

L’association Qu’est-ce qu’on sème prendra le relai au retour du voyage afin de mettre en application les solutions trouvées durant l’année, dans une concertation avec les citoyens qui auront suivi le projet. Afin de financer cette aventure, Auriane a lancé une campagne de crowdfunding, avec succès. La jeune femme a su rassembler autour de son projet, financé à 133%, nombre de citoyens concernés par la problématique. Une proposition simple qui s’adresse à tous : devenir « semeur« , parrainer des graines paysannes et participer au changement de paradigmes en France et dans le monde.


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