L’agroécologie et la permaculture sont des domaines qui intéressent de plus en plus de personnes. En cette période particulière, beaucoup d’entre nous comprennent l’intérêt de faire un pas vers l’autonomie alimentaire. Pour accompagner cette démarche libératrice, des outils voient le jour sous des formes variées. Récemment, c’est une revue numérique, le Potager Permacole, qui s’est lancé dans le partage des connaissances et expérimentations autour de ce vaste sujet. Pour permettre au plus grand nombre d’accéder à ce contenu, la revue est ainsi disponible à prix libre. Focus sur ce projet inspirant.

Dérèglement climatique, chute généralisée de la biodiversité, taux de pollution record, déconnexion croissante avec la nature… Les défis de notre époque sont nombreux, et la permaculture, en tant que méthode systémique et globale dédiée à prendre soin de la terre et des hommes, peut y apporter des réponses concrètes. À l’heure actuelle, des outils voient le jour pour partager les divers enseignements de cette méthode et accompagner ceux qui désirent se lancer dans cette transition.

C’est ainsi que début 2019, Guillaume, jardinier passionné et futur maraîcher se lance dans la rédaction d’un blog et l’animation d’une page et d’un groupe sur Facebook pour partager sa passion du jardinage naturel. Le Potager Permacole voit alors le jour. Durant quelques mois, il y partage ses connaissances et ses expérimentations en agroécologie et permaculture appliquée au jardin. Il décide ensuite de rédiger une petite revue numérique gratuite pour la communauté qui le suit. Celle-ci grandit au fil des mois et des conseils donnés à toutes les personnes intéressées par la permaculture.

L’abonné fixe le prix de la revue

Aujourd’hui, après avoir publié sept numéros de la revue, le projet prend un nouveau tournant alors que d’autres jardiniers passionnés le rejoignent. Ces rédacteurs permettent d’enrichir la revue et d’en diversifier le contenu. En outre, les coûts liés à la création de ces revues ainsi que le temps qu’ils y consacrent commencent à impacter la vie personnelle et professionnelle de Guillaume et Johanna, sa compagne elle aussi impliquée dans le projet. Ils commencent dès lors à réfléchir à une manière éthique de monétiser leur contenu en valorisant au maximum le pouvoir et l’expression du lecteur.

La permaculture comme réponse systémique aux enjeux de demain.

Afin de pouvoir rémunérer les nouveaux rédacteurs et percevoir une rétribution en contrepartie du temps et de l’énergie investis, ils décident de proposer leur revue via des abonnements annuels à prix libre. Concrètement, cela signifie que c’est l’acheteur qui fixe le prix du produit qu’il acquiert. Cela lui donne une opportunité qui lui est rarement offerte : réfléchir à la valeur d’un bien, d’un service, et fixer lui-même le prix qu’il lui semble juste d’offrir en échange. Un montant minimum a tout de même été fixé pour éviter de produire à perte. Il s’élève à 6 euros par an pour six numéros, mais le lecteur est évidemment libre de payer plus s’il le souhaite.

Des contributeurs déjà créateurs de contenu

Les abonnements se sont ouverts en mars 2020, pour un premier numéro paru au début de mois de mai. « Les lecteurs ont véritablement joué le jeu du prix libre : de nombreuses personnes ont pu s’abonner pour 6 euros, et d’autres se sont montrées très généreuses », se réjouit Guillaume, qui constate qu’au final, « tout le monde y trouve son compte ». Pour les rédacteurs aussi, Le Potager permacole a décidé d’adopter un mode de rémunération participatif et fédérateur, puisqu’ils sont payés en fonction du nombre d’abonnés.

Ces contributeurs sont particuliers puisqu’ils sont tous créateurs de contenus gratuits. Ces jardiniers 2.0 permettent à tous d’avoir accès à de l’information de qualité sans frais grâce à leurs blogs ou leur présence sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une façon, pour l’équipe comme pour les lecteurs, de les soutenir dans leur travail de création et de diffusion de contenu si précieux. Trois rédacteurs ont ainsi été sollicités pour cette première revue payante : Justine Bourdon, du blog Un matin au jardin, Rémi Kulik, du Jardin d’Emerveille et Guylaine Goulfier, qui anime la page Facebook « Autosuffisant. Ou presque. »

Un numéro tous les deux mois

Un extrait de ce premier numéro est disponible gratuitement sur le site du Potager Permacole, où l’on peut également retrouver les 7 revues publiées avant la monétisation, retraités sous forme de dossiers librement accessibles. Tous les deux mois, de nouveaux articles traiteront d’agroécologie et de permaculture appliquée au jardin, suivant plusieurs rubriques. Chaque numéro s’intéresse ainsi aux travaux de saisons à réaliser au jardin (semis, plantations à ne pas manquer…), et comprend une interview d’un acteur du secteur (maraîcher, pépiniériste, jardinier) qui partage son expérience et sa passion aux lecteurs.

Le premier numéro de la revue est paru le 1er mai.

Un dossier analyse aussi un thème en profondeur, comme la gestion de l’eau au potager ou les engrais verts, par exemple, tandis que de multiples articles plus courts abordent des sujets variés comme les insectes auxiliaires des cultures, des techniques intéressantes ou encore des recettes de saison avec les produits du jardin. Enfin, avec le « défi biodiversité », la revue incite ses lecteurs à faire entrer toujours plus la biodiversité dans leurs jardins, en installant des niches écologiques. Outre la revue, de nombreux articles sont disponibles sur le blog en libre accès, tout comme des ressources gratuites comme un guide pour bien démarrer au potager.

Chaque jardin permacole est un acte militant

Mais le Potager Permacole ne se résume pas qu’à un site internet et une revue numérique, c’est aussi un lieu d’expérimentation de 2 hectares. Les techniques de régénération du sol qui ont permis d’y installer un potager et un verger aujourd’hui productifs ont inspiré la création et le partage de ces outils numériques. De grandes zones de prairies et de forêts sont également destinées à la biodiversité et ne sont entretenues qu’un minimum.

À travers ce projet, ils proposent ainsi d’accompagner tous ceux qui veulent lutter contre la déconnexion avec la nature à leur échelle en invitant la vie dans leur espace. « Notre vocation est d’aider les particuliers à atteindre un certain niveau de production vivrière sur leur terrain, tout en favorisant la biodiversité et en recyclant leurs déchets organiques » explique Guillaume. Le Potager Permacole est un donc projet éthique à taille humaine qui s’inspire de la permaculture pour l’ensemble de son mode de fonctionnement. Encourager chaque lecteur à créer des jardins permacoles revient à engendrer autant d’actes militants en faveur d’une société qui réinsère la nature au cœur de son existence pour répondre aux enjeux de demain.

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