L’Asie ne veut plus être la poubelle du monde occidental. Après la Chine, les pays d’Asie du Sud-Est se rebiffent contre l’afflux des déchets des pays riches, parfois exportés illégalement. C’est ainsi que le Sri Lanka vient de refuser des déchets venus de Grande-Bretagne, renvoyés à leur destinateur…

C’est un sujet que nos collègues de M. Japanization avait abordé sous le prisme nippon mais qui concerne tout autant les pays occidentaux : pendant des décennies, l’Archipel s’était débarrassé de ses poubelles en les envoyant se faire recycler ou incinérer en Chine et en Asie du Sud-Est, à l’instar de l’Europe et des USA. Mais la fin de cette complaisance avait sonné dès 2017 à l’annonce de la Chine de refuser l’import de déchets étrangers, le pays étant dorénavant confronté à l’élimination de ceux produits principalement par leur propre classe moyenne en expansion.

D’autres pays d’Asie du Sud-Est comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Vietnam étaient alors devenus les destinations des poubelles occidentales et japonaises. Mais l’époque bénie où les pays riches pouvaient se débarrasser à moindre frais de leurs ordures semble toucher définitivement à sa fin. En 2018 le gouvernement thaïlandais a décidé à son tour d’interdire l’importation de déchets pour ne pas devenir la « poubelle du monde ».

Montagne de déchets en Indonésie. Source : flickr

Et le ras-le-bol de s’étendre à d’autres pays de la région, qui doivent faire face au développement de décharges illégales sur leur territoire apparues avec l’importation des déchets occidentaux. Ainsi on a vu en 2019 que les Philippines avaient renvoyé des tonnes de déchets dans leur pays d’origine (le Canada) tout comme la Malaisie (3 000 tonnes renvoyés aux États-Unis, au Japon, à la France, au Canada, à l’Arabie saoudite) et l’Indonésie a renvoyé des conteneurs en France. Ces évènements se multiplient et marquent une nouvelle tendance. L’Asie ne veut plus être la poubelle de la mondialisation sans poser de question.

Et en cette fin septembre 2020, c’est au tour du Sri Lanka de renvoyer en Grande-Bretagne des conteneurs d’ordures reçus entre septembre 2017 et mars 2018 dans le principal port de la capitale, Colombo. Selon la douane, ces 21 conteneurs, représentant 260 tonnes de déchets, ont été amenés sur l’île en violation des lois internationales régissant le transport de matières dangereuses. Ces conteneurs étaient supposés transporter des matelas, des tapis et des tapis usagés, mais il s’est avéré qu’ils contenaient également des déchets hospitaliers dont la nature n’a pas été révélée (toutefois des chiffons, des bandages et des parties de corps avaient été trouvés dans des conteneurs précédemment importés illégalement). En pleine crise du coronavirus, le pays se passerait bien de ce genre de cadeau où des ordures confinées macèrent depuis des semaines.

Si la Grande-Bretagne a « accepté » de reprendre ces conteneurs comme annoncé à l’AFP par le porte-parole des douanes Sunil Jayaratne ce 27 septembre, le Sri Lanka n’en a toutefois pas fini avec les poubelles étrangères sur son sol. Il reste aux autorités à traiter le cas de 242 autres conteneurs également venus de Grande-Bretagne en 2017-2018 qui contiendraient eux aussi des déchets illégaux en violation du droit international. Pour l’instant ces conteneurs sont abandonnés dans le port de Colombo et dans une zone de libre-échange alors que le gouvernement sri-lankais a engagé une action en justice pour que leur expéditeur les récupère. Cependant, les déchets classiques continuent d’être largement exportés.

Un homme trie les ordures sur le site de Mihisaru Wiyamana Open, au Centre de gestion des ressources de Karadiyana, dans la province de l’Ouest, au Sri Lanka. Source : flickr

D’après une enquête menée En 2019 au Sri-Lanka, sur 3 000 tonnes de déchets dangereux importés illégalement, 180 tonnes environ ont été réexpédiés par leur importateur vers l’Inde et Dubaï en 2017 et 2018. Mais pour combien de temps ces pays accepteront-ils de prendre le relais de l’Asie qui a dit « stop » ?

Dans un futur proche, les pays riches ne pourront plus se voiler la face et compter sur l’Asie – à qui ils reprochent par ailleurs de polluer les océans – pour s’occuper de leurs poubelles. Ils devront inévitablement se poser la question de la quantité astronomique de déchets qu’ils produisent et s’interroger sur les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour les réduire ainsi que la pollution environnementale qu’ils génèrent sur terre comme en mer. Leur faudra-t-il attendre d’être au pied du mur pour s’inquiéter ?

S. Barret

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Source photo d’en-tête : Banque Mondiale / Flickr

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