Pourquoi manger des tomates en hiver est un désastre écologique et humain

Les tomates se retrouvent en quantité dans les rayons de tous les magasins, y compris en hiver. Mais à quel prix ? Pour en avoir le cœur net, les membres de la chaîne YouTube Le Tatou se sont rendus dans le « Grenier de l’Europe », à Almeria en Espagne. Dans une de leurs vidéos, ils dévoilent l’envers du décor et exposent le « désastre écologique et humain » des tomates produites dans cette région. Leur court reportage est une nouvelle incitation à privilégier une alimentation locale et de saison.

Dans la région d’Almeria, en Espagne, fruits et légumes sont produits tout au long de l’année. En particulier en hiver. Cette région est parfois appelée « le grenier de l’Europe » car il s’agit de « la plus grosse productrice de fruits et de légumes hors saison pour l’Europe ». Une « performance » incontestable qui cache cependant une autre facette de cette économie, dont les dessous sont moins glorieux. En effet, productivisme et demande des consommateurs friands de tomates – même hors saison – obligent, la production augmente. Mais les rendements agricoles importants ont des conséquences sociales et environnementales de plus en plus difficiles à cacher.

Campo Dalías-Zuid Spanje (1)Des ouvriers exploités

Afin de remplir les étalages des grandes surfaces et des marchés de tomates et autres fruits et légumes qui ne poussent pas en hiver dans nos contrées, tous les excès semblent donc permis. Les images aériennes de la région témoignent de l’ampleur de cette industrie : au sol, ce sont des milliers de serres qui se succèdent les unes à la suite des autres. C’est à peine si l’on peut encore voir autre chose à l’horizon. Mais si ce n’était que ça…

Ces dernières années, les conditions de travail des ouvriers agricoles qui interviennent dans ces serres ont été régulièrement mises en cause. Ainsi, entre les rangées soignées, ce sont essentiellement des personnes immigrées que l’on croise, sans contrat de travail et payés en dessous du seuil minimum. Une grande partie d’entre eux perçoivent des revenus à la journée. Leurs conditions de vie sont tout aussi précaires, puisque ces ouvriers logent pour beaucoup dans des baraquements de fortune à proximité de l’exploitation. Tels des esclaves des temps modernes, leur vie se limite à la production de tomates à destination du consommateur européen moyen. La situation est illégale et va à l’encontre du droit national et européen. Pourtant, jusqu’à présent, les autorités ferment l’œil, permettant aux entreprises de continuer d’exploiter l’absence de protection pour ces personnes.

Irregular Greenhouse Workers, Las Norias, Almería, Spain, 2003Désert de plastique

Si la main d’œuvre peu chère permet aux producteurs de rester concurrentiels sur le marché, l’intensification de l’agriculture et l’utilisation de méthodes de plus en plus agressives ont eu raison des sols et ont même des conséquences graves sur les éco-systèmes avoisinants. Les nappes phréatiques les moins profondes ont été progressivement vidées, participant à la destruction des sols. Aujourd’hui, pour répondre à la demande toujours croissante en eau, l’industrie installe les pompes à eau toujours plus profondément et fait usage de nouveaux processus comme la désalinisation, technique qui génère de nombreuses substances toxiques et aux conséquences environnementales décriées.

Bien plus visibles encore sont les plastiques qui jonchent les sols, jusque sur les plages. Les serres sont loin d’être éternelles et les bâches doivent être très régulièrement changées. N’étant pas toujours recyclées et déblayées, une partie d’entre elles se « décomposent » sur place, participant à la pollution locale mais aussi à celle des mers. Les déchets produits sur place seraient équivalents à la quantité de fruits et de légumes qui poussent dans les serres : 3 millions de tonnes par an d’après les sources des auteurs de la vidéo.

Alméria est l’un des témoins des dérives de l’agriculture industrielle, des absurdités engendrées par la logique de concurrence à n’importe quel prix et de produits agricoles toujours moins chers (dictature du prix). C’est également la conséquence de l’exigence du consommateur d’avoir à portée de main, en toute saison, n’importe quels fruits et légumes. Mais au bout de la chaîne quelqu’un paye le prix. Alors, la question se pose : avons nous vraiment besoin de tomates en hiver ?

Tomatoes


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