La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne été censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents et de nombreux observateurs.
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Chaque année, des centaines de milliers de lycéens se trouvent sous la pression de Parcoursup. Pendant des mois, les étudiants subissent l’angoisse des résultats et sont déjà soumis à une âpre mise en concurrence dès leur plus jeune âge. La plateforme s’est, en outre, transformée en véritable outil de ségrégation, reproduisant, sans ambiguïté, les inégalités. Zoom sur un échec absolu, symbole d’un séparatisme social institué par le macronisme.

La machine à angoisses
Depuis ses débuts, Parcoursup n’a cessé d’être critiqué pour la pression qu’il engendre. Certains lycéens peuvent ainsi passer des mois à scruter leurs vœux, leurs rangs et d’interminables listes d’attente.
L’outil était censé mettre fin au tirage au sort qui avait parfois lieu auparavant lorsqu’une formation avait plus de demandes que de places et que d’autres critères avaient été épuisés (académie, niveau de préférence, situation familiale…).
Frédérique Vidal, ministre de l’Éducation de l’époque, promettait même qu’aucun bachelier ne « recevrait un non » sur le portail. Et pourtant, tous les ans, des milliers d’étudiants peinent à trouver une issue. En juillet 2026, ils étaient près de 100 000 sans affectation.
Un système obscur
Dès ses débuts, le système était déjà contesté, accusé d’opérer un tri entre les lycéens. Si le procédé précédent était loin d’être parfait, il installait néanmoins l’idée que l’obtention du baccalauréat offrait un droit aux études supérieures. Avec Parcoursup, l’entrée n’est plus garantie, et la sélection entre postulants reste opaque.
Il existe certes un algorithme national qui classe les élèves en fonction de leurs résultats au lycée et au bac. Mais d’autres critères viennent s’ajouter au niveau local. Et à ce petit jeu, chaque université dispose d’une liberté de discrétion. Impossible alors de ne pas y voir une sorte de tri social déguisé.
Des inégalités criantes
Dans ce contexte, les lycéens ne disposent évidemment pas tous des mêmes cartes. L’établissement d’origine joue d’abord un rôle prépondérant. Ainsi, dans certaines filières prestigieuses, un bachelier issu d’une banlieue défavorisée aura nettement moins de chances qu’un élève des beaux quartiers parisiens, y compris si ses résultats sont brillants. Le défenseur des droits a d’ailleurs déjà été saisi sur cette question.
Ces inégalités sociales sont aussi trahies par les lettres de motivation ou par certains documents que doivent produire les lycéens et qui laissent parfois transparaître leur milieu social. Là encore, les adolescents venant de familles privilégiées disposeront, en outre, d’appuis beaucoup plus solides pour construire leur dossier grâce au bagage culturel ou professionnel de leurs parents. Ceux-ci seront, de surcroît, plus en mesure d’indiquer à leurs enfants les parcours à choisir pour atteindre leur but et d’expliquer comment multiplier les stratégies.
Lors du passage de la licence au master, une autre plateforme du même type a aussi été mise en place. Mais ici, les noms des candidats ne sont plus anonymisés, comme c’est le cas pour les bacheliers. De ce fait, une étude a ainsi démontré que les personnes avec des patronymes à consonances « africaines » avaient moins de chances d’être retenues.
Former des petits soldats du capitalisme
Au-delà de l’injustice soulevée par ce système opaque, c’est aussi le logiciel de pensée instillé par la macronie qui pose question. Dans une société déjà de plus en plus basée sur l’individualisme, les lycéens sont placés en concurrence les uns avec les autres avant même d’arriver à l’âge adulte.
Cette ambiance installe un stress permanent avec l’enjeu suivant : la moindre note au lycée pourrait influencer toute une vie. Comme si un jeune de 17 ans était tenu de construire un projet professionnel tout tracé.
La compétition plutôt que l’orientation
Mais plus loin encore, les adolescents ne sont pas seulement sommés de trouver un avenir, il leur faudra aussi se battre entre eux pour être certains de voir leur vœu se réaliser. Cette philosophie brise dès le plus jeune âge toute idée de solidarité et installe la croyance qu’il est nécessaire « d’écraser les autres pour réussir ».
En somme, le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron a déjà tenté pendant près de dix ans de soumettre les nouvelles générations à son dogme du « tous contre tous », comme si l’université devait former de futurs travailleurs corvéables et prêts à surpasser tout le monde. Assujettir les lycées à une immense charge de labeur et à une pression constante s’inscrit d’ailleurs également dans ce mode de pensée.
Abandonner ses rêves
Cette sélectivité accrue va, en outre, conduire certains étudiants à renoncer à leurs véritables aspirations pour bifurquer vers des choix « raisonnables ». La décision de l’orientation peut même devenir une sorte d’auto-censure. Là où plusieurs filières et universités resteront pratiquement intouchables, d’autres ouvriront plus largement leurs portes, mais ne seront pas valorisées pour une entrée en master.
De quoi décourager bon nombre de jeunes et tout simplement les pousser à abandonner leurs cursus pour se tourner directement vers le milieu du travail ou des secteurs moins « ambitieux » et moins en phase avec leurs rêves. Parcoursup et son système de compétition installent aussi une forme de résignation et de soumission au monde capitaliste.
Ce système met également en place une logique de rentabilité : les élèves doivent choisir des études pour espérer en tirer un emploi et un revenu. Les filières sont alors hiérarchisées, à l’instar des établissements, et un certain prestige prend même le dessus sur le droit à l’éducation, la culture, la formation et l’émancipation intellectuelle.
Rendre le droit d’étudier aux lycéens
L’alternative à ce système ne consiste donc pas seulement à créer un Parcoursup plus « humain » ou plus « transparent ». Le problème est plus profond et plus simple à la fois : il n’y a pas assez de places pour tout le monde aux endroits où les jeunes veulent étudier.
Là encore, la logique austéritaire interdit d’investir et le sous-financement de l’enseignement supérieur est directement responsable de la situation. Plutôt qu’instaurer une concurrence sans pitié, il conviendrait donc de rendre au baccalauréat son statut de sésame pour l’université.

Changer de vision
Si une faculté n’a plus assez de places pour ses étudiants, alors elle doit en ouvrir des supplémentaires plutôt que trier les gens. Pour ce faire, il est indispensable de rénover et d’agrandir les installations, de faciliter l’accès au logement et renforcer les équipes enseignantes.
De facto, les jeunes n’ont pas à porter la responsabilité de pénuries organisées par un manque de volonté politique. C’est au contraire à l’État d’assumer cette charge pour mettre fin à un système aussi inégalitaire que Parcoursup. Parce qu’à 18 ans, chacun devrait pouvoir choisir ce qu’il veut apprendre sans avoir l’impression de jouer son avenir à la loterie.
– Simon Verdière
Paris le 6 février 2018. Journée de grève et d’action contre la réforme du lycée et de l’université. Pour le maintien du bac comme diplôme national et pour l’abandon du plan Étudiant (projet de loi Vidal). Flickr.










