Depuis des années, Mr Mondialisation documente l’emprise du plastique sur nos sociétés, de l’explosion des microplastiques jusque dans nos cerveaux, à la contamination silencieuse des sols, des océans et de l’ensemble du vivant, en passant par la responsabilité écrasante des grands industriels de la pétrochimie. Le polyester, fibre reine de l’industrie textile contemporaine, s’inscrit pleinement dans cette dépendance mortifère au plastique. Zoom sur ce produit d’un modèle industriel fondamentalement incompatible avec le vivant.
Le polyester et ses dérivés ont peu à peu supplanté le coton, la laine, le lin et les autres fibres textiles naturelles — c’est-à-dire des fibres que l’on récolte directement sur des plantes ou des animaux — au profit de fibres synthétiques, fabriquées industriellement à partir de ressources fossiles. D’abord adoptés pour des raisons économiques, puis pour certaines propriétés techniques comme la durabilité ou l’imperméabilité, ces matériaux représentent aujourd’hui, avec les autres fibres synthétiques, près de 60,1 % de la consommation textile mondiale.
Pourtant, le contact direct du plastique – que ce soit avec les aliments, la peau, les muqueuses, en les portant ou en vivant et travaillant dans des intérieurs recouverts de plastique – s’avère un danger largement sous-estimé, pour le vivant dans son ensemble, comme le prouvent les études scientifiques récentes qui en dénonce les multiples risques : allergies, perturbations hormonales, toxicité des additifs, et même impact sur la fertilité.
Les océans contaminés au plastique
Les produits dérivés du pétrole, comme le polyester, le nylon, l’élasthanne, ou encore l’acrylique, sont extrêmement nocifs pour le vivant, et se retrouvent, par la production et l’utilisation que nous en faisons, en quantité astronomique partout : en Antarctique, dans les placentas, le lait maternel, les poêles, les emballages alimentaires, nos cerveaux et même la pluie.
Ces particules, une fois dans l’environnement, reviennent dans la chaîne alimentaire et peuvent être absorbées par la peau ou ingérées, posant un risque sanitaire supplémentaire à long terme, comme la pollution, on ne peut plus avérée, des océans.

Selon Ifremer, 80 % des déchets dans les mers et les océans sont des plastiques. Mais la pollution aux microplastiques et nanoplastiques bien qu’établie, reste encore mal connue. Les macrodéchets, repérables à l’œil nu, ne représentent que 10 % du nombre des morceaux de plastique en mer. La grande majorité de cette pollution plastique reste invisible puisqu’elle est constituée de morceaux de moins de 5 millimètres de diamètre. Les microplastiques représentent 90 % du nombre de plastiques : ce sont 24 000 milliards qui flottent à la surface des océans.
Parmi ces microplastiques, les microplastiques primaires sont directement libérés dans l’environnement sous forme de petites particules. Ils proviennent notamment des fibres textiles relâchées lors du lavage en machine, des granulés ou microbilles plastiques, des fibres issues des filets de pêche, ou encore de fragments provenant de l’usure des pneus. Selon une étude publiée en septembre 2025 sur la revue scientifique ScienceDirect :
« Plus de 700 000 microfibres seraient ainsi produites lors d’une machine de 6 kg »
La faune et la flore impactées
Sur les 102 tortues marines examinées dans une étude internationale en 2018, toutes étaient contaminées par du plastique, avec plus de 800 particules retrouvées dans certains individus. Cette quantité ne concernait qu’une partie de leur système digestif, ce qui laisse penser que la quantité totale pourrait être jusqu’à 20 fois supérieure.
Il en est de même pour les amphipodes des abysses. Ces petits crustacés vivant dans les fosses océaniques profondes (jusqu’à près de 6 500 mètres) présentent des taux de contamination record : dans la fosse des Mariannes, 100 % des amphipodes étudiés avaient du plastique dans leur intestin postérieur, surtout du PET (polyester).

Pour les oiseaux marins, c’est la même chose : plus d’un quart des décès d’oiseaux de mer sont liés à l’ingestion de plastique, et la quasi-totalité des espèces (albatros, mouettes, manchots, etc.) sont touchées. Les oiseaux peuvent accumuler de nombreux fragments dans leur estomac, ce qui cause obstructions, malnutrition et mortalité.
Les baleines, dauphins, lions de mer et phoques ingèrent également de grandes quantités de plastique sous toutes ses formes, parfois sous forme de gros débris qui provoquent des blessures internes ou la mort. Les poissons marins, notamment ceux vivant près des estuaires, sont aussi fortement contaminés (jusqu’à 86 % pour certaines espèces comme le merlu européen), selon une étude menée par l’Université autonome de Barcelone dans le cadre du projet de recherche I plastic qui analyse la présence de ces particules dans les rivières et les estuaires.
Le polyester : un danger sanitaire
Commençons par l’eau potable, qui peut également devenir une bombe de plastique, selon un article du CNRS, révélant que la majorité des microplastiques présents dans l’eau potable échappent aux détections actuelles en raison de leur petite taille (< 20 µm). Qu’elle soit en bouteille en plastique, ou non, l’eau est polluée, en somme – sans parler des scandales Nestlé en cours pour ses eaux contaminées vendues à prix d’or.
Concernant les vêtements et les intérieurs en plastique, le contact du polyester ou de toute autre matière plastique avec la peau provoque régulièrement des réactions allergiques et des irritations, surtout chez les personnes sensibles. Plusieurs études cliniques et observations dermatologiques le confirment : peu respirant, il favorise la transpiration et les frottements. Résultat : rougeurs, éruptions cutanées, démangeaisons, voire eczéma chez certains individus.
Le port de sous-vêtements en polyester augmente le risque de cystites et d’infections urinaires, car les fibres retiennent l’humidité et la chaleur, créant un environnement propice à la prolifération bactérienne. Même partiellement doublé de coton, le polyester peut libérer des microfibres qui contaminent les muqueuses et accroissent le risque d’infections, voire de syndrome du choc toxique. Le contact direct avec les muqueuses vaginales par exemple peut avoir de lourds effets, puisque les muqueuses, en général, absorbent davantage toute sorte de polluants que le reste du corps, mais les muqueuses vaginales sont encore plus perméables que les autres.
Mais surtout, selon l’ANSES, le polyester est systématiquement traité avec des colorants, agents de finition, anti-froissements, retardateurs de flamme, phtalates, etc, des substances sont loin d’être inoffensives : ce sont des perturbateurs endocriniens avérés. Ils peuvent migrer du tissu vers la peau, puis pénétrer dans l’organisme.
Cerise sur le gâteau de l’ultrapollution textile, une étude publiée en juin 2024 a montré que les PFAS présents dans de nombreux textiles synthétiques traversent facilement la barrière cutanée :
Selon les tests réalisés sur des modèles de peau humaine, jusqu’à 59 % de certaines molécules PFAS sont absorbées après 24 à 36 heures d’exposition.
Enfin, les microfibres de polyester, libérées lors du port ou du lavage, peuvent être absorbées par la peau ou inhalées. Elles servent de vecteurs à des substances toxiques, notamment le BPA, dont l’exposition est associée à des troubles du développement cérébral et de la prostate chez les enfants et les fœtus.
Impact sur la fertilité et le système hormonal : des études préoccupantes
Le polyester et ses dérivés peuvent présenter des risques pour le système endocrinien, mais la dangerosité dépend principalement des substances chimiques ajoutées lors de la fabrication et de la finition des textiles, plutôt que du polymère de polyester lui-même. Plus précisément, le polyester pur, composé d’éthylène glycol et d’acide téréphtalique, n’est pas intrinsèquement classé comme perturbateur endocrinien.
Cependant, selon Santé.gouv, et comme évoqué, les textiles en polyester sont traités avec divers additifs chimiques, qui peuvent migrer du tissu vers la peau, notamment en cas de chaleur ou de transpiration, puis être absorbées par l’organisme. Les effets potentiels incluent des troubles de la fertilité, des anomalies du développement, des troubles hormonaux, et d’autres pathologies liées à une perturbation du système endocrinien.
Une étude sur des sujets exposés en continu à des vêtements en polyester a montré une azoospermie (absence de spermatozoïdes) après 140 jours. Le phénomène était réversible, mais souligne la capacité du polyester à perturber la spermatogenèse, probablement via son potentiel électrostatique élevé et la migration de substances chimiques.
Les dangers des tissus plastiques dans nos intérieurs
Tout comme le polyester, les tissus synthétiques comme le polyamide, le nylon ou l’élasthanne incluent des perturbateurs endocriniens, des cancérigènes, des neurotoxiques et des mutagènes qui peuvent migrer dans l’air ou être en contact direct avec la peau. Tous ces effets délétères sont également sublimés par vos textiles d’intérieur, à savoir vos rideaux, vos canapés, tapis, coussins et oreillers, draps, matelas, etc… Donc, si vos enfants ont des peluches, ce sont également des réserves de polluants ultra-toxiques.
La toxicité des matelas pour enfants a été mise en exergue par deux études publiées par l’université de Toronto le 15 avril 2025 :
« les bébés et les jeunes enfants peuvent respirer et absorber des produits chimiques nocifs contenus dans les matelas lorsqu’ils dorment ».
Les bébés et les enfants sont encore plus susceptibles d’être exposé à ces polluants, à cause de leur peau plus perméable, le fait qu’ils mettent fréquemment leur main à la bouche et sont plus près des tissus et du sol, réceptacle de microplastiques et autres polluants en tout genre (comme les produits d’entretien synthétiques).
Pour réduire leur exposition, les chercheurs conseillent aux parents de réduire le nombre d’oreillers, de couvertures et de jouets. Ils recommandent aussi de laver régulièrement la literie et les vêtements, car ils agissent comme une barrière protectrice, ainsi que de favoriser les tissus non teints ou aux couleurs neutres. La conservation des couleurs vives nécessite l’ajout de filtres UV et autres additifs pouvant être nocifs. Couplé à la toxicité et des rejets des meubles, ainsi qu’aux produits d’entretien, il est très important d’aérer régulièrement.
Une responsabilité industrielle écrasante
La généralisation du polyester et des fibres synthétiques est la conséquence directe de stratégies industrielles et politiques. En privilégiant des matériaux issus de la pétrochimie, peu coûteux et hautement rentables, les industriels ont imposé un modèle textile fondé sur la surproduction, l’opacité et l’externalisation des coûts sanitaires et environnementaux. Le discours dominant, qui fait peser la responsabilité sur les consommateurs, occulte le rôle central des grands groupes de la fast fashion et de la pétrochimie dans l’organisation de cette dépendance au plastique.
Présenté comme une solution « écologique » par le biais du recyclage, le polyester recyclé demeure aussi une source majeure de microplastiques et de substances toxiques. Réduire réellement l’impact du textile implique un changement structurel : encadrer strictement la production de fibres synthétiques, imposer la transparence sur les substances chimiques utilisées, et mettre fin aux fausses solutions industrielles. Tant que les industriels ne seront pas tenus pleinement responsables des dommages qu’ils causent aux écosystèmes et à la santé humaine, le polyester restera l’un des symboles les plus visibles d’une économie qui sacrifie le vivant à la rentabilité.
– Maureen Damman
Photo de couverture de EqualStock sur Unsplash















