Pour rendre la vie aux sols, ces maraîchers ont cessé de travailler la terre !

Crédit image : Le champ des Treuls

La progression des « sols morts » se poursuit à une vitesse vertigineuse et de nouvelles pratiques agricoles s’imposent. Au Champ des Treuls, dans le Haut-Anjou (49), on essaye d’essaimer une agriculture où l’on ne travaillerait plus le sol, avec l’objectif d’y favoriser la vie. Découverte d’une technique qui se distingue, alors que le travail de la terre et le labour restent des symboles de la profession. 

Cela fait maintenant près de 5 ans que Jérémie et Fabien travaillent ensemble au Champ des Treuls, sur une exploitation maraîchère de 9 hectares. En 2013, les deux jeunes trentenaires s’associent sous la forme d’une GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) avec l’envie d’embrasser un métier qui puisse leur offrir « un lien permanent avec la nature » et d’adopter « une activité économique qui ne nuise ni à l’environnement, ni à [leur] propre santé physique, morale et familiale ».

Crédit image : Le champ des Treuls

De l’agro-écologie au maraîchage sur sol-vivant

Leur ambition de départ était de proposer un « maraîchage biologique diversifié et de qualité » en s’inspirant de l’agro-écologie et des principes de la permaculture afin de « cré[er] un écosystème complexe où la nature se régénère d’elle-même », permettant   « l’économie d’eau, de pétrole et de préserver la biodiversité ». « Notre but était d’avoir un métier qui nous ressemblait, mais aussi de servir à quelque chose » se souvient Fabien, qui avait auparavant suivi un BEP vente. Pour atteindre cet objectif, il fallait arriver à système de production agricole « qui respecte la terre, notre corps et ceux qui nous entourent ».

Au fur et à mesure, les deux maraîchers ont cessé de « travailler » la terre, ce qui pourrait en surprendre plus d’un tant la pratique est générale. Aujourd’hui, même la fourche bêche et la grelinette restent dans les placards. « C’est arrivé un peu par hasard, c’était comme une intuition » raconte Fabien : « on a commencé à couvrir le sol de paille pour empêcher l’enherbement ; car retourner la terre c’est non seulement du travail, mais en plus ça n’empêche pas les mauvaises herbes de pousser », augmentant d’autant le temps à investir pour nettoyer les parcelles.

Crédit image : Le champ des Treuls

« Nous avons multiplié nos rendements par 1,5 par rapport à nos débuts »

L’occultation des sols au lieu du labour, l’idée est aujourd’hui prise au sérieux par les tenants du « maraîchage sur sol vivant », dont les principaux préceptes sont de ne jamais retourner le sol et à le garder couvert « comme dans la nature ». Pour cela, on utilise le paillage, mais aussi les engrais verts, c’est-à-dire des plantes comme les féverole ou le trèfle qui ont la particularité de fixer au niveau des racines l’azote naturellement présent dans l’air et/ou de décompacter/aérer la terre. La terre est enrichie naturellement, avec une intervention minimale et surtout sans apports à partir d’engrais de synthèse. « Le changement est évident, tant sur la vie du sol qu’au niveau des maladies. Nous avons multiplié nos rendements par 1,5 par rapport à nos débuts. Aujourd’hui, nous utilisons le tracteur principalement pour transporter nos légumes » défend Jérémie. Pour pouvoir partager leurs savoirs et leur expérience, ils mènent actuellement une campagne de financement participatif afin de pouvoir construire un hébergement pour les stagiaires de passage, qui sont de plus en plus nombreux.

Mais pour arriver à ces résultats encourageants, le soutien des consommateurs locaux engagés est essentiel, car le passage d’une technique agricole à une autre ne se fait pas du jour au lendemain et peut, comme lors des conversions en bio, conduire à une réduction des rendements dans un premier temps : « ça prend du temps tout ça, mais dans la société dans laquelle on vit, il faut que tout soit rapide », souffle Fabien. Le changement dépend donc entièrement des citoyens.

Faire vivre la terre (et les êtres humains)

Si aux Treuls, le non-travail du sol a été développé dans un premier temps de manière expérimentale, la technique bien que très marginale rencontre de plus en plus d’enthousiasme chez les professionnels et les particuliers. Elle est promue en tant que technique faisant partie de l’agriculture dite de conversation et qui consiste, selon le réseau Maraîchage Sol Vivant « à utiliser les services écosystémiques du sol afin de maximiser la production de biomasse. Naturellement, un sol vivant est autofertile, meuble, aéré et retient l’eau. Il fournit une nutrition équilibrée qui limite les maladies. Enfin la biodiversité présente est propice au contrôle des ravageurs ». Alors que le labour du sol a longtemps été considéré comme une normalité, une nécessité, les études menées en France, notamment par Claude et Lydia Bourguignon, ont montré que cette pratique participait, au même titre que les apports en engrais chimiques carbonés et pesticides à la mort de la biodiversité indispensable à la vie des sols et à son érosion.

Prendre soin du sol fait partie du premier principe éthique de la permaculture dont l’énoncé est « Prendre soin de la Nature et de la Terre ». Ce qui peut sembler être une évidence a pourtant été progressivement oubliée par l’agriculture intensive, qui a fait de la terre un simple support, l’énergie étant apportée par la main des travailleurs via les engrais chimiques. Cette évolution a été récemment poussée à son paroxysme, le sol devenant superflu pour certaines cultures, par exemple celles des tomates, en développant une agriculture dite « hors-sol » (mais particulièrement énergivore). Aujourd’hui, on estime que « 40 % des sols cultivés du monde sont déjà dégradés en conséquence des activités humaines ». En Europe, la vie organique a disparu de 90 % des sols cultivés. Qui voudrait encore le nier : il y a urgence à changer de modèle et à réinventer l’agriculture.

Crédit image : Le champ des Treuls

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