À tous ceux qui pensent que l’harmonie entre l’homme et la nature est derrière nous et qu’elle est impossible à conserver dans notre monde moderne, nous invitons à jeter un œil sur Puerto Nariño, au cœur de la forêt amazonienne. Le voyage n’est pas de tout repos pour atteindre ce petit village isolé au milieu de la plus grande forêt du monde, poumon et plus belle réserve de biodiversité de la planète et uniquement accessible par bateau. Ici, l’herbe est vraiment plus verte, et on ferait bien d’en prendre de la graine pendant que nous le pouvons.

Puerto Nariño est un petit village de 4500 habitants, paisiblement installé au cœur de la forêt. Une impression de bout du monde, le calme et la sérénité se dégagent immédiatement de cet endroit. Les pêcheurs travaillent autour de leurs petits bateaux, quelques personnes font la lessive dans le fleuve, les enfants jouent sur le terrain de foot sous les yeux de dizaines de locaux, sirotant un verre à l’ombre et mangeant des empanadas. Le temps semble s’être arrêté.

Puerto Nariño est habité par des communautés indigènes de 3 ethnies différentes : les Tikunas, les Cocamas et les Yaguas. Et ils ont fait de cet endroit un modèle de village écologique. En opposition à l’industrialisation triomphante du monde, les habitants de Puerto Nariño ont porté tout naturellement le concept de “green living” au rang d’art de vivre.

Photographies : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

Ici, pas de moteur, pas de voiture, pas de moto… Seuls l’ambulance et le camion pour le recyclage sont tolérés comme véhicules terrestres motorisés. La ville est 100% piétonne et l’unique moyen pour se déplacer sur le fleuve sont ces petites embarcations typiques. C’est du coup l’unique bruit artificiel que les habitants doivent supporter, avec celui d’un générateur qui apporte le peu d’électricité nécessaire pour les habitants. L’air est plutôt bercé par les sons de la musique latino diffusée par de nombreuses maisons. Certes, d’aucuns ergoteront qu’on est loin du confort de vie du monde occidental. Et pourtant, que pourrait-on leur reprocher à la vue de notre bilan écologique dramatique ?

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À chaque coin de rue, des “punto ecológico” rappellent qu’ici, le recyclage et le tri sélectif sont une obligation, ou plutôt une norme acceptée de tous. Des programmes de sensibilisation sont enseignés dès le plus jeune âge à l’école et de lourdes amendes sont imposées aux contrevenants. Oui, détruire la nature n’est pas considéré ici comme une liberté fondamentale. Ainsi, les habitants travaillent tous à la propreté du village et des volontaires participent régulièrement aux travaux de nettoyage. Les rues du “pueblo” sont extrêmement propres et bien aménagées, décorées de bacs de fleurs en bouteilles recyclées. De bonnes pratiques de gestion des déchets qui peuvent parfois nous sembler normales dans les villes européennes, mais qui sont pourtant loin d’être une généralité dans cette région du monde très polluée par les incivilités autant que par de grands projets industriels.

Jesus Armando Rivera est peintre et sculpteur. Il est venu s’installer ici pour être en connexion avec la Pachamama, la Terre Mère. La nature, la vie écologique et le fleuve lui amènent la paix intérieure, dit-il : « je suis arrivé ici il y a 14 ans, dans la forêt amazonienne. C’est clairement un processus de développement personnel avec la forêt, la Pachamama, le fleuve… tout est favorable ici ! Bien sûr, je reconnais qu’ici, c’est un paradis. Être connecté avec la Terre Mère, c’est déjà l’abondance pour le corps et l’esprit. Et donc je n’ai pas besoin de penser à l’argent. » nous témoigne-t-il avec le sourire (traduit depuis la langue locale).

Photographies : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

Certes, la vie peut sembler « moins faciles » ici si on y porte un regard hâtif. Mais la communauté, sans même l’exprimer, nous questionne : quel est le prix de notre confort moderne ? et surtout, qu’elle est notre responsabilité individuelle et collective en échange de ce confort ? Cette municipalité précieuse possède parmi les plus beaux paysages que l’Amazonie puisse offrir. Et les habitants en sont pleinement conscients, ils ne vivent pas dans la nature mais avec la nature, alors, ils font tout pour la préserver sachant pertinemment que c’est elle qui assure leur subsistance. La majorité des habitants ici vivent de la pêche et la forêt amazonienne leur donne aussi de quoi manger. La logique « locale » prédomine sans en avoir fait une doctrine, donnant de la crédibilité à ceux qui luttent ailleurs dans le monde pour relocaliser l’économie essentielle et ses savoir-faire : reconnecter le citoyen avec ce qu’il mange, boit, respire… élémentaire ?

Quand on les questionne, les communautés évoquent leurs pratiques ancestrales avec fierté, celles qui leur permettent une réelle auto-suffisance sans mettre à genoux la faune et la flore qui les entoure. L’argent, qui existe malgré tout, n’est qu’un complément pour s’acheter du riz, du sucre ou des vêtements dans certains cas. Il n’est ni central, ni fondateur des comportements. Robinson Peñia vit, quant à lui, ici depuis toujours. Il a 28 ans, une femme, une fille de 7 ans et un bébé. Il exprime à sa manière le bonheur de vivre ici : « L’Amazonie, c’est très beau, très bon. Même plus, c’est un paradis ! Tu vas dans la forêt pour aller manger un fruit, une banane, une papaye. Alors la forêt peut tout te donner…oui ! Avoir beaucoup d’argent, ce n’est pas très important ici parce qu’on est auto-suffisant… pour tout, avec la faune et la flore ! » (traduit depuis la langue locale).

Photographies : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

Puerto Nariño, c’est comme un retour aux sources, aux valeurs essentielles de l’existence. Comme la magie de s’endormir aux sons paisibles de la jungle. Mais pour préserver cette singularité, faudrait-t-il que « le monde moderne » puisse apprendre à s’effacer, réapprendre à vivre et laisser vivre.

Pascale Sury & Mr Mondialisation


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