ONG créée il y a plus de 20 ans en Colombie dans la région de Cauca, Fundesia (Fondation pour un Développement Intégral et une Recherche Agricole) rêve de reconstruire une paix durable là où le conflit armé sévit depuis des années. Dans cette région particulièrement touchée par la violence, la pauvreté, le narco-trafic, etc., cette organisation a une action concrète sur le terrain au niveau éducatif, social, sanitaire et environnemental. Noé André, actuellement volontaire au sein de la structure, nous présente le climat délicat dans lequel elle intervient.

260 000 mort·es, 60 000 disparu·es, 7 millions de déplacé·es internes : résultat de plus d’un demi-siècle de confrontation, la Colombie reste victime du plus vieux conflit interne des Amériques et l’un des plus meurtriers. À l’origine, un soulèvement paysan pour une répartition des terres plus équitable. Très vite, l’insurrection prend une ampleur considérable, mêlant de nombreux acteurs : FARC (Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes, marxiste), ELN (Armée de Libération National), EPL (Armé de Libération Populaire), narcotrafiquants, gouvernement Colombien,..

Ce conflit est tristement connu pour la cruauté de ses massacres, et de ses innombrables prises d’otages. Mais depuis plus de deux ans le pays est dans une démarche de pacification. Les accords de paix signés entre le gouvernement Colombien et les FARC en 2016 ont été un grand pas en avant. Mais ceux-ci ne vont pas résoudre un conflit d’une telle ampleur et d’une telle complexité du jour au lendemain. D’autant plus que le président entrant Ivan Duque (droite libérale économiquement et conservatrice socialement) a pour projet de reformer ces accords jugés trop laxistes envers les FARC.

Crédit image : Noé André

Plaidoyer pour une reconstruction durable

On observe souvent dans un contexte de post-conflit comme celui-ci, une augmentation des inégalités, de la déforestation, une détérioration globale de l’environnement… Ceci est principalement dû à un accaparement des terres pour une production industrielle. En effet, les terres auparavant occupées par le conflit sont désormais disponibles au plus offrant. Il serait triste de voir ce pays, dont la richesse biologique est époustouflante (2e de la planète en terme de biodiversité), réduit à des étendues désertiques de monoculture et de « chimie ». Il existe pourtant une opportunité pour que la reconstruction en cours et future se fasse de manière intelligente, notamment à travers un relèvement économique local. L’idée étant de ne pas laisser la place aux multinationales connues pour leur impact néfaste sur l’Homme et la Nature.

Crédit image : Noé André

Fundesia* : un exemple concret pour une reconstruction intelligente

Le projet principal de l’ONG est la création d’un village expérimental pour faire face aux différents problèmes que subit cette région depuis plusieurs décennies. L’idée est de mettre en place un développement intégral, s’appuyant sur trois piliers principaux : éducation, autonomie, durabilité. Les 200 familles de ce village et des villages alentour profitent déjà de ce grand projet : la création du collège agro-écologique et de l’école supérieure implique plus de 800 jeunes. La création d’ateliers d’ébénisterie, de métallurgie, de confection, permet aux habitant·es de conserver et de transmettre leur savoir artisanal. Cela aide les villageois à ne pas tomber dans les dérives de l’achat systématique, de l’usage unique et du jetable. L’école de musique, la bibliothèque, le club de foot sont des lieux d’échanges et de rencontres primordiaux pour favoriser une paix durable.

La production agricole associative de la fondation comprend : l’élevage de poules, poulets, poissons, porcs, vaches ainsi que la production et la transformation de fruits, de café, de canne à sucre garantissent aux familles une autonomie financière et alimentaire.
Le projet se veut durable d’un point de vue environnemental, la méthode de production agraire est donc naturelle et s’appuie sur le savoir-faire local. Les employé·es de la Fondation qui travaillent sur ces différents projets sont des habitant·es du village. Ils et elles sont formé·es à l’entretien et à la maintenance des infrastructures (moulin à café, moulin à canne à sucre,etc.) afin de garantir une autonomie sur le long terme. Tous les projets ci-dessus sont opérationnels, mais beaucoup de choses élémentaires sont encore à mettre en place.

Crédit image : Noé André

De nombreux projets en devenir

Le prochain projet qui verra le jour est un projet sur la thématique de l’eau. L’eau fait partie du problème majeur de ce village, ses habitant·es n’ont pas accès à l’eau potable, pourtant vitale ! Leur idée est de capter et purifier l’eau des sources situées en aval du village. L’installation d’un système de traitement des eaux usées grâce à des méthodes naturelles fait également partie de ce projet. Bien d’autres projets très intéressants sont sur la liste : création d’un hôpital, d’une université, d’un centre de gestion des déchets… Il y a également le projet agricole : plantation d’arbres fruitiers, de légumes, de tubercules, de plantes médicinales et ornementales. Objectif : diversifier la production afin de ne pas être dépendant d’une seule ressources, de garantir une source financière et alimentaire sûre pour les habitants, et participer au maintien de la biodiversité.

À travers la création de ce village expérimental, l’ambition à moyen terme est de trouver et mettre en place des solutions concrètes aux problématiques que rencontre ce pays. Bien au-delà de cela, l’intention des habitants est d’inspirer d’autres projets dans le monde entier, d’encourager une transition écologique désormais internationale afin de faire face aux grands défis de notre temps.

Noé André

Pour en savoir plus sur le projet de l’eau et apporter votre goutte d’eau (potable), un financement participatif est mis en place sur internet sur la plateforme Ulule. Toutes aides ou commentaires sont les bienvenus : noe.andre@hotmail.fr

Crédit image : Noé André

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