Depuis plusieurs années, les relations entre le Rwanda et le Burundi sont marquées par des accusations réciproques de soutien à des groupes opposés aux gouvernements des deux pays. Dans ce contexte de fortes tensions régionales, Kigali, la capitale du Rwanda, affirme régulièrement que certains opposants rwandais en exil, parmi lesquels l’ancien chef d’état-major Kayumba Nyamwasa, cherchent à déstabiliser le pouvoir du président rwandais, Paul Kagame, depuis l’étranger.
Des rapports du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo ont relayé des témoignages faisant état de liens entre le mouvement armé P5, présenté comme proche de Kayumba Nyamwasa, et des réseaux de soutien opérant depuis le Burundi. Le gouvernement burundais a toujours contesté ces accusations. Des rumeurs ont également fait état de rencontres entre des opposants rwandais exilés en Belgique et des représentants burundais à Bruxelles.

Des propos inquiétant de l’ambassadeur du Burundi à Bruxelles
Lors d’un entretien diffusé sur la chaîne YouTube MAIN SWITCH 257, l’ambassadeur du Burundi en Belgique, Thérence Ntahiraja, a été interrogé sur les accusations récurrentes du Rwanda selon lesquelles Bujumbura, capitale économique du Burundi, soutiendrait des opposants rwandais en exil.
Évoquant les tensions entre les deux pays, le diplomate n’a pas directement répondu aux allégations portant sur d’éventuelles réunions avec des opposants rwandais. Il a toutefois estimé que les autorités rwandaises ne devraient pas être surprises de voir leurs opposants chercher à retourner dans leur pays ou à contester le pouvoir en place.
Au cours de l’entretien, Thérence Ntahiraja a également affirmé que les autorités burundaises suivaient les activités de certains opposants et exilés politiques burundais vivant à l’étranger. « Nous les connaissons tous, leur adresse, nous suivons leurs activités », a-t-il déclaré. Ces propos ont suscité des réactions critiques parmi plusieurs défenseurs des droits humains burundais en exil, qui dénoncent depuis plusieurs années une surveillance exercée à l’étranger par des agents liés aux services de renseignement burundais.
Parmi eux, Pacifique Nininahazwe, président du Forum pour la conscience et le développement (FOCODE), estime que les déclarations de l’ambassadeur renforcent les soupçons de certains opposants concernant les relations entretenues par des responsables burundais avec des opposants rwandais en exil.

Des interrogations autour de la FRAD
Dans une émission diffusée par FOCODE, son président, Pacifique Nininahazwe, affirme avoir recueilli des informations faisant état d’une coordination entre des responsables burundais et certains opposants rwandais en exil. Selon lui, ces informations proviendraient à la fois de sources situées en Belgique et au Burundi. Il évoque notamment l’existence présumée d’un projet de structure destinée à coordonner des activités liées à un éventuel conflit régional.
Pacifique Nininahazwe relie ces allégations à la création de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), une structure récemment mise en place par les autorités burundaises. Présentée officiellement comme un dispositif destiné à contribuer aux travaux de développement du pays, la FRAD a néanmoins suscité des interrogations au sein de la classe politique.
Lors des débats parlementaires consacrés à sa création, plusieurs élus ont demandé des précisions sur ses missions et sa valeur ajoutée par rapport aux forces déjà existantes. Parmi eux, le député Agathon Rwasa s’était interrogé sur la nécessité de financer une nouvelle structure aux compétences jugées proches de celles d’autres corps de sécurité.
Dans son émission, Pacifique Nininahazwe affirme également que des formations militaires seraient actuellement organisées dans la province de Ruyigi, à l’Est du Burundi. Selon lui, ces formations impliqueraient notamment des membres des Imbonerakure, la ligue de jeunesse du parti au pouvoir, ainsi que d’autres groupes recrutés dans la région. Ces informations n’ont pas fait l’objet de confirmations publiques de la part des autorités burundaises.
Le président de FOCODE soutient par ailleurs que la FRAD serait davantage liée au parti au pouvoir, le CNDD-FDD, qu’aux institutions militaires traditionnelles. À l’appui de cette analyse, il affirme que le secrétaire général du parti, Révérien Ndikuriyo, suivrait de près certaines activités de la structure. Il rapporte également des propos qu’aurait tenus le général Ignace Sibomana, commandant de la FRAD, lors de séances d’information destinées aux recrues. Selon Pacifique Nininahazwe, ces interventions présenteraient le Rwanda comme une menace pour le Burundi et mettraient en avant la nécessité de disposer de forces jugées politiquement loyales.

Des allégations sur des mouvements d’armes
Depuis plusieurs mois, l’organisation burundaise de défense des droits humains FOCODE affirme avoir recueilli des informations faisant état de mouvements d’armes transitant par la frontière entre la Tanzanie et le Burundi.
Selon l’organisation, un convoi de 23 camions en provenance du port de Mombasa, au Kenya, serait entré sur le territoire burundais le 10 avril 2026. FOCODE affirme que ces véhicules transportaient du matériel militaire et qu’ils auraient été escortés jusqu’au Burundi avant d’être dirigés vers la région de Mukoni, dans l’actuelle province de Muyinga.
Les camions auraient ensuite repris la route vers la Tanzanie quelques jours plus tard, sans que leur cargaison ait été déchargée. L’organisation affirme également avoir recensé plusieurs mouvements similaires depuis septembre 2025. Ces informations reposent sur des témoignages et des sources citées par FOCODE, mais n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante.
Dans un rapport publié en 2010, le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo avait notamment évoqué des accusations portant sur des échanges illicites entre les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) et certains membres des services de sécurité burundais. Les autorités concernées avaient contesté ces accusations.
Pour certains observateurs et acteurs de la société civile, les informations relayées récemment par FOCODE mériteraient des investigations complémentaires. À ce stade, aucune preuve publique ne permet toutefois d’établir un lien direct entre les mouvements de convois signalés par l’organisation et les accusations formulées par le passé concernant des transferts d’armes dans la région.
– Inès Mukandanga
Photo de couverture : Interview de l’ambassadeur du Burundi, Thérence Ntahiraja. YouTube.















