L214 publie des images tournées les 3 et 4 août 2026 dans deux sites d’un élevage porcin des Côtes-d’Armor lié à la coopérative Eureden. Plus de 300 cadavres de cochons et de porcelets y sont visibles, certains momifiés ou réduits à l’état de squelettes, tandis que des animaux vivants évoluent encore au milieu des morts. L’association, qui dénonce l’un des pires cas d’abandon d’animaux qu’elle ait documentés en élevage, porte plainte et demande la fermeture immédiate de l’exploitation. Tribune.

[Temps de lecture estimé : ~ 3 min | Images sensibles]

Les situations d’abandon d’animaux ne sont malheureusement pas inconnues dans les élevages intensifs. Mais les images tournées dans ces deux sites de la SCEA du Tertre És Lys montrent une situation qui dépasse les cas habituellement documentés. Dans plusieurs bâtiments, des cadavres de cochons sont laissés à même les cases d’élevage, parfois depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Certains corps sont momifiés, d’autres réduits à l’état de squelettes presque complets. Des restes d’animaux jonchent les sols, dans des cases vides ou à proximité de cochons encore vivants.

Des cochons vivants au milieu des morts

Au total, plus de 300 cadavres sont visibles sur les images tournées dans les deux sites. À Saint-Carreuc, plusieurs salles contiennent des cadavres dans un état de décomposition très avancé. À Hénon, une salle entière est jonchée de cadavres, tandis que des cochons sont encore en vie dans l’exploitation.

Ces corps délaissés témoignent d’une situation d’abandon massif et d’une absence manifeste d’évacuation des cadavres. L’état très avancé de décomposition de certains animaux laisse penser qu’ils sont morts depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois pour certains.

Cadavres de porcelets – images tournées pendant l’enquête, les 3 et 4 août 2026 / © L214

L’élevage modèle d’Eureden vire au charnier

Quelques semaines avant la découverte de ces cadavres, cet élevage qui a perçu 18 318 € d’aides de la PAC pour la période d’octobre 2024 à octobre 2025, faisait l’objet d’une importante communication de la coopérative agro-industrielle Eureden. Le 19 juin 2026, une journée portes ouvertes y a réuni environ 500 personnes autour d’un bâtiment présenté comme l’avenir de l’élevage porcin, avec un fort accent mis sur le « bien-être animal ».

Sur le site de Hénon, dans le bâtiment d’une maternité porcine équipée de cases dites « liberté », les images révèlent une véritable hécatombe de porcelets. Selon les constats réalisés sur place, environ 80 % des porcelets sont morts, soit plus de 200 animaux.

Cette affaire est d’autant plus révélatrice qu’elle ne concerne pas un élevage marginal, caché loin des regards. Il s’agit au contraire d’un élevage vitrine, présenté comme un modèle de modernité et de bien-être animal. Dans un article publié par la revue Sesame de l’INRAE, des chercheurs posent clairement les limites de la vision d’un élevage intensif « amélioré » :

« non, améliorer le bien-être des animaux dans les systèmes intensifs n’est pas possible ».

Certaines mesures peuvent réduire des souffrances concrètes, et L214 se bat pour qu’elles soient mises en œuvre, mais elles ne doivent pas masquer les limites structurelles de ces systèmes. Derrière les innovations de bâtiment et les éléments de langage, les animaux sont pris au piège dans des bâtiments fermés, privés de leurs besoins les plus fondamentaux.

L214 saisit la justice et demande une fermeture d’urgence

L’association saisit le procureur de la République du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc pour mauvais traitements (code rural) et abandon d’animaux (code pénal). L’association signale les faits aux services de la préfecture des Côtes-d’Armor afin qu’une intervention urgente soit diligentée.

Je m'abonne à Mr Mondialisation
 

L214 demande la fermeture immédiate de l’exploitation, la mise à l’abri des cochons encore vivants et l’interdiction pour l’exploitant de détenir ou d’exercer une activité auprès d’animaux. L’association interpelle également Eureden sur son absence d’engagement à respecter le Pig Minimum Standards, un ensemble de critères minimaux destinés à mettre fin aux pires pratiques de l’élevage intensif des cochons.

Il s’agit de la deuxième enquête menée par L214 dans un élevage de cochons fournissant Eureden en trois mois, après une première enquête au mois d’avril dans une maternité collective du Morbihan.

Pour Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214 : « Ce que montrent ces images est difficilement soutenable, même pour une association habituée à documenter les pires pratiques d’élevage. Les truies vivent au milieu des cadavres de leurs porcelets, des cochons adultes sont abandonnés jusqu’à devenir des squelettes, laissant imaginer l’agonie précédant la mort de ces animaux.

Nous parlons de plus de 300 cadavres dans une exploitation liée à Eureden, présentée il y a quelques semaines comme un modèle de l’élevage porcin de demain. C’est l’un des pires cas d’abandon que L214 ait jamais documentés depuis sa création. Les services de l’État doivent intervenir sans délai : cet élevage doit fermer, les animaux vivants doivent être mis à l’abri et les responsabilités doivent être établies. »

Une pétition que vous pouvez signer complète l’appel au Sauvetage du Siècle.

L214


Photo de couverture : Capture d’écran d’une vidéo des portes ouvertes de la SCEA du Tertre És Lys

- Cet article gratuit, indépendant et sans IA existe grâce aux abonnés -
Donation