À la veille de la présentation du projet de loi de finances pour 2027, un rapport de l’UNICEF France et VersLeHaut identifie cinq scénarios et cinq principes pour une politique éducative : transformer une baisse d’effectifs inédite depuis la Seconde Guerre mondiale en opportunité historique d’investissement pour l’École.
L’UNICEF France et VersLeHaut présentent ce mardi 29 septembre « Baisse démographique : comment saisir cette opportunité historique pour l’éducation ? », un rapport inédit sur les conséquences à tirer, pour les politiques éducatives, d’une chute démographique sans précédent dans notre pays.
À la rentrée 2035, la France aura perdu 1,7 million d’élèves par rapport à la rentrée 2025, soit une baisse de 14,2 % de la population scolaire actuelle : une rupture démographique que le rapport analyse comme un point de bascule pour l’École, porteur à la fois de risques et d’opportunités inédites.
Le rapport est préfacé par Claude Thélot, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et ancien président de la Commission du débat national sur l’avenir de l’École, qui y voit « une chance peut-être unique qu’il faut absolument saisir ». Il se conclut par une postface d’Adrien Taquet, administrateur de l’UNICEF France et ancien secrétaire d’État à l’enfance et aux familles, pour qui :
« la baisse du nombre d’enfants peut être l’occasion d’une refondation de notre modèle éducatif ».
Des résultats scolaires en recul, une opportunité qui s’ouvre
Le rapport part d’un double constat. D’une part, la dégradation préoccupante des performances scolaires sur le temps long : les résultats de l’enquête PISA 2025 témoignent de résultats alarmants, tandis que la part des élèves en grande difficulté a fortement progressé depuis 2015, dans un contexte d’inégalités sociales et territoriales persistantes.
D’autre part, une chute démographique qui va libérer, mécaniquement, des marges budgétaires considérables au sein du premier budget de l’État : selon les estimations du rapport, plus de 5 milliards d’euros pourraient ainsi être dégagés pour l’enseignement public à l’horizon 2035.
Moins d’élèves pour mieux d’école
Face à la tentation, dans un contexte de déficit public élevé, de faire de cette marge une source d’économies à court terme, VersLeHaut et l’UNICEF France défendent un choix stratégique de long terme : l’intégralité des économies mécaniquement dégagées par la baisse démographique doit être réinvestie dans l’amélioration de la qualité du système éducatif, entre 2026 et 2035 et au-delà, plutôt que redéployée vers la réduction du déficit public ou d’autres politiques.
Cette opportunité ne se traduira en amélioration réelle des résultats des élèves que si les moyens supplémentaires sont indissolublement liés à une transformation des pratiques et des organisations professionnelles, ainsi qu’à une attractivité accrue du métier enseignant. Réinvestir sans changer les modes de fonctionnement du système éducatif reviendrait à manquer une occasion historique.

« Moins d’élèves ne doit pas signifier moins d’ambition pour l’École. Cette baisse démographique est une occasion rare de mieux garantir le droit de chaque enfant à une éducation de qualité, en particulier pour les plus vulnérables. Nous appelons donc à ce que 100 % des marges budgétaires dégagées soient réinvesties dans l’éducation, avec une exigence : qu’elles se traduisent par des progrès concrets et mesurables pour les élèves », explique Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France.
« Nous avons souhaité démontrer pourquoi la baisse démographique constitue un point de bascule pour l’école française. Mais pour saisir cette opportunité historique et améliorer la qualité de notre système éducatif, il faut parvenir à un consensus politique sur l’intérêt comme l’urgence d’un investissement de l’État dans l’éducation. C’est en ce sens que nous portons l’idée d’un nouveau pacte d’investissement éducatif, qui conjugue des mesures offrant le meilleur rendement, une autonomie plus importante et un changement de culture professionnelle dans l’Éducation nationale au service des communautés éducatives », explique Marie-Caroline Missir, déléguée générale de VersLeHaut.
Cinq principes pour guider l’action publique
Pour orienter ce réinvestissement, l’UNICEF France et VersLeHaut proposent cinq principes directeurs :
- Principe d’impact fondé sur des preuves : cibler les dispositifs dont l’efficacité est démontrée scientifiquement ;
- Principe d’évolution des modes de fonctionnement : conditionner les moyens nouveaux à des transformations des pratiques professionnelles ;
- Principe de priorité aux élèves les plus vulnérables : concentrer l’effort sur la réduction des inégalités ;
- Principe d’équité territoriale et de gouvernance partagée : construire les arbitrages avec les collectivités territoriales ;
- Principe de transformation concertée et soutenable : inscrire les réformes dans un dialogue social exigeant.
Cinq scénarios pour éclairer le débat public et présidentiel
Le rapport propose également cinq scénarios d’investissement, non exclusifs les uns des autres, chiffrés à horizon 2035, destinés à nourrir le débat budgétaire de l’automne et la campagne présidentielle à venir :
- Miser sur le renforcement de l’école primaire et du collège ;
- Miser sur la lutte contre la grande difficulté scolaire ;
- Miser sur l’aménagement du territoire, en donnant aux académies la capacité d’adapter localement l’offre scolaire ;
- Miser sur la formation continue intensive des enseignants et de nouvelles modalités de travail ;
- Miser sur la réduction de la taille des classes.
Ces scénarios s’accompagnent de recommandations transversales, à commencer par l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle garantissant, sur la durée, la trajectoire de réinvestissement de la marge démographique dans l’éducation.
Faire de l’éducation une priorité du débat public
Pour VersLeHaut et l’UNICEF France, cette rupture démographique doit devenir un thème central de la séquence politique qui s’ouvre : la discussion budgétaire de l’automne, puis la campagne présidentielle.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’UNICEF France appelle les candidates et candidats à faire des droits des 15 millions d’enfants vivant en France une priorité de leur projet de société. Pauvreté, protection, santé mentale, éducation, égalité des chances, environnement ou numérique : les décisions prises aujourd’hui façonnent leur quotidien et leur avenir.
Pour accéder au rapport ICI et accéder à la synthèse du rapport ICI.
– VersLeHaut et l’UNICEF France
Photo de couverture : Flickr.















