En août 2014, Mr Mondialisation relayait l’alerte : un ancien banquier d’affaires venait d’être nommé ministre de l’Économie et de l’Industrie. Emmanuel Macron entrait à Bercy après un passage à la banque Rothschild et à l’Élysée auprès de François Hollande. À l’époque, nous interrogions déjà la trajectoire prise par le Parti socialiste au pouvoir. Douze ans plus tard, à l’approche de la présidentielle de 2027, le recul permet de mesurer la gravité de ce qui se déroulait. De Hollande à Macron, de la trahison du PS à la progression du RN, cette séquence politique doit aujourd’hui être rappelée, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Le 27 août 2014, Attac publiait un communiqué lucide : Un banquier ministre de l’économie et de l’industrie : l’impudence de MM. Hollande et Valls. Emmanuel Macron venait de quitter l’Élysée, où il avait été secrétaire général adjoint de la présidence de la République, pour rejoindre Bercy et devenir ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. Avant cela, il avait travaillé dans la banque d’affaires Rothschild et participé notamment au rachat, par Nestlé, de la branche de nutrition infantile de Pfizer.

Attac dénonçait une « fusion » entre les oligarchies politique et financière et mettait en cause le poids des grandes entreprises dans les décisions publiques. Le contexte de 2014 renforçait cette lecture : la crise financière de 2008 avait durablement marqué les sociétés occidentales, tandis que les débats sur la régulation bancaire, les accords de libre-échange et le pouvoir des multinationales occupaient une place importante dans le débat public. Attac appelait alors à la mobilisation contre les banques et les grandes multinationales.

Poignée de main entre Manuel Valls, ministre français des Outre-mer (à droite), et Raffaele Fitto, vice-président exécutif de la Commission européenne, lors de la visite de ce dernier à Paris, en France. 10 mars 2025. Wikimedia.

Séparer l’homme de la politique libérale

Daniel Schneidermann, le fondateur d’Arrêt sur images, écrivait ironiquement dans une chronique publiée le même jour : « Vive Macron ! ». Il décrivait cette nomination comme la clarification d’une orientation politique qu’il jugeait déjà à l’œuvre sous François Hollande et Manuel Valls, qui est d’ailleurs devenu ensuite ministre sous Macron. Il évoquait notamment les débats sur la TVA, le travail dominical, le logement et les relations avec le patronat.

En 2014, il était encore impossible de savoir jusqu’où cette trajectoire conduirait. Pour autant, derrière le parcours personnel d’un futur président, se trouvait une orientation économique et politique déjà engagée.

Le journaliste Daniel Schneidermann en 2009 dans les locaux d’@rrêt sur images. Wikimedia.

L’enfant terrible du Parti socialiste 

En 2012, François Hollande avait été élu président de la République avec le soutien d’un électorat largement situé à gauche, dans un contexte marqué par la volonté de tourner la page Sarkozy. Pourtant, le choix du « pacte de responsabilité », les orientations favorables à la compétitivité des entreprises et le recours croissant à une ligne libérale ont contribué à une fracture durable au sein du Parti socialiste et de son électorat. La nomination de Macron à Bercy en 2014 s’inscrivait dans cette évolution plutôt qu’elle ne la déclenchait à elle seule.

La suite est connue : Emmanuel Macron quitta le gouvernement en 2016, lança En Marche ! Avec son ni de droite, ni de gauche, Macron rameute une grande partie des socialistes. La société civile réclame alors, sans succès, une coalition éco-sociale entre Hamon, Jadot et Mélenchon.

Pétition fermée. Cette pétition avait 82 662 signataires.

Malgré ça, au premier tour, Macron obtenait 24,01 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen à 21,30 %, tandis que François Fillon et Jean-Luc Mélenchon dépassaient eux aussi les 19 %. Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste, ne recueillait que 6,36 %. Au second tour, Macron l’emportait avec 66,10 % des suffrages exprimés contre 33,90 % pour Marine Le Pen.

Douze ans après, quelles leçons tirer des trahisons socialistes ?

La présidentielle de 2027 approche. Et, douze ans après les premières alertes, le contraste avec 2014 n’en est que plus saisissant. À l’époque, Attac dénonçait la nomination d’un ancien banquier d’affaires à Bercy comme le symbole d’une porosité inquiétante entre pouvoir politique et intérêts économiques. Daniel Schneidermann, lui, soulignait déjà que le véritable sujet n’était peut-être pas Emmanuel Macron lui-même, mais la politique qu’il venait incarner.

Ce que l’ère Macron est venue révéler, c’est la réalité de ce que peut engendrer la dite gauche « raisonnable », « de gouvernement », soit-disant « responsable » : une gauche qui conforte les marchés, le patronat et les élites économiques, qui détruit les services publics et précarise la population, jusqu’à dérouler le tapis rouge à l’extrême droite tout en prétendant la contenir. 

Le piège serait, aux présidentielles 2027, de recommencer. L’enjeu est donc de rompre avec cette mécanique d’une gauche prétendument « raisonnable » ou d’une extrême droite prétendument « antisystème », et de soutenir une politique de rupture qui défend réellement celles et ceux qui subissent depuis des années la précarisation, la destruction des services publics et l’érosion de leurs droits sociaux.

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– Mr Mondialisation


Photo de couverture : Attac.

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