Publié en 2023, le rapport de synthèse du GIEC compile l’ensemble de ses travaux, dont les rapports de 2022 ont reçu une attention médiatique encore limitée. Jamais la responsabilité humaine dans la crise climatique n’avait fait l’objet d’un consensus scientifique aussi large. Au-delà des scénarios d’effondrement écologique, le GIEC insiste sur l’interdépendance des écosystèmes et rappelle que seule une action politique ambitieuse permettra de limiter les dégâts à venir.
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Bien que le GIEC n’affirme fondamentalement rien de nouveau – la crise climatique étant connue de longue date – un consensus scientifique aussi massif, accompagné de rapports détaillés, en font un outil puissant : il scelle le caractère irréfutable de l’urgence climatique, mais aussi de l’impact destructeur de nos modes de vie, ou encore de la criminelle inaction climatique de nos dirigeants.
Rappel des avertissements du GIEC
« Chaque dixième de degré compte » : c’est l’un des principaux enseignements du GIEC. En effet, chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences importantes voire irréversibles sur le climat, la santé et l’activité humaine.
L’objectif n’est donc pas de limiter le réchauffement à +1,5°C ou à +2°C dans le cas échéant, mais à +1,6°C à partir du moment où rester sous le seuil des +1,5°C est devenu inatteignable. Cette approche permet également de couper court aux discours fatalistes du type « de toute façon c’est trop tard » ou « on est déjà foutu ». Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir.
« Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir. »
Les conséquences néfastes du réchauffement climatique sur les écosystèmes et les sociétés humaines présentées par le GIEC sont déjà réelles : intensification des évènements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, incendies, inondations, etc.), menace de disparation d’une grande partie de la biodiversité, insécurité alimentaire, chute du rendement agricole, ou encore raréfaction de l’eau potable.

Et injustement, ce sont les pays les plus pauvres et historiquement les moins responsables qui subissent en premier les conséquences de l’effondrement climatique. En effet, les populations les plus vulnérables sont celles qui ont le moins de ressources pour s’adapter.
Les pays du Sud global cumulent souvent les risques climatiques entre zones géographiques vulnérables, conflits et inégalités structurelles, aggravant l’insécurité alimentaire, énergétique et la dégradation des habitats. Les populations autochtones, habitant·es de bidonvilles ou de périphéries urbaines, sont aussi davantage vulnérables face aux évènements climatiques extrêmes.
De leur côté, nombre d’agriculteur·rices se retrouvent endêté·es derrière les promesses du technosolutionnisme. Les gains de productivité profitent aux multinationales alors que les paysan·nes perdent en autonomie, en indépendance et ne sortent pas pour autant de la précarité (20 % des agricultrices et agriculteurs en France vivraient aujourd’hui sous le seuil de pauvreté). Une productivité d’ailleurs discutable à long-terme avec une perte de la biodiversité des sols et des monocultures rendant les parcelles de plus en plus vulnérables face aux aléas climatiques de plus en plus fréquents.
La sourde oreille de Macron
Plus connu pour son inaction climatique, ses cadeaux faits aux plus riches et aux plus pollueurs, et au mieux pour son greenwashing, le gouvernement Macron a t-il à minima agit dans le sens des recommandations du GIEC ?
« la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »
« Dans la France de Macron », les engagements climatiques subissent au contraire un inquiétant recul selon le média Bon Pote, qui s’appuie sur un rapport de 2025 du Haut Conseil pour le Climat. Le HCC conclut en effet que « la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »

Tout d’abord, Bon Pote rappelle la corrélation entre précarité et dépendance aux énergies fossiles. Or la précarité énergétique s’aggrave pour 1,2 millions de ménages français, qui ont subi en 2024 des limitations de fourniture d’énergie, soit une hausse de +24% en un an. La précarité alimentaire est quant à elle passée de 9 à 12% entre 2016 et 2024.
Le HCC déplore l’inaction politique du gouvernement Macron en matière de baisse de l’empreinte carbone. Les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en grande partie issues de la combustion des énergies fossiles. Chaque année, ce sont 70 milliards d’investissements fossiles qui sont effectués en France, dont 40 dans les voitures thermiques et hybrides.
Bon Pote affirme que ces dépenses ont des conséquences désastreuses à la fois sur le réchauffement climatique et la santé des Français. Pas de baisse du trafic aérien non plus à l’horizon, et l’usage du jet privé continue d’être défendu par la majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale.
Criminalisation des mouvements écologistes
Ces chiffres qui pointent la responsabilité du gouvernement Macron dans l’aggravation de la crise climatique, résonnent avec la criminalisation des mouvements écologistes depuis la prise de pouvoir de « Jupiter » en 2017. Reporterre rappelle que la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a été fortement réprimée à coup de bulldozers et de gendarmes mobiles.
N’oublions pas non plus l’abandon des engagements du président à appliquer les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat (149 propositions formulées par 150 citoyens tirés au sort). Finalement, seules 10% des propositions ont été reprises par le gouvernement, alors que Reporterre recense une majorité de mesures – prises par le gouvernement – nuisibles à la planète dans le domaine de l’écologie (entre 2017 et 2021).
L’une des répressions les plus violentes fut celle du mouvement contre les mégabassines à Sainte-Soline, où le collectif des Soulèvements de la Terre sera qualifié d’« écoterroriste » et menacé de dissolution par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. La répression policière aura été extrêmement violente et traumatisante avec pas moins de 200 blessé·es, dont plusieurs manifestant·es qui ont frôlé la mort.

Les dernières années de macronisme ne feront qu’aggraver le bilan écologique et les passages en force antidémocratiques. Pour preuve, le budget 2025 de François Bayrou, adopté après un recours au 49.3, contient 2,1 milliards d’euros de coupes budgétaires sur la mission écologie. L’éphémère mandat de Bayrou se termine sur la même note, avec une série de décrets de reculs écologiques.
Est-il encore temps ?
« à force de dire que “nous sommes tous sur le même bateau”, nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place. »
Envisager un monde écologique, la sobriété ou la décroissance n’a rien d’irréaliste ni d’indésirable. Au contraire, nos prouesses techniques et notre organisation sociale productiviste, qui engendrent un réchauffement climatique de plusieurs degrés, constituent un scénario absolument délirant – un scénario que l’on aurait jugé improbable il y a quelques siècles, voire quelques décennies.
Quelle société pleinement démocratique, où les citoyen·nes choisiraient librement et en pleine conscience les contours du monde dans lequel iels souhaitent vivre, planifierait l’aliénation au travail, l’intoxication alimentaire par les produits chimiques, le massacre quotidien de milliards d’animaux, des modes de vie favorisant les maladies physiques et mentales, la détresse psychologique – le tout en menaçant gravement l’existence même de notre espèce ?

Affirmer aujourd’hui qu’il est « trop tard pour agir » relève davantage d’une volonté de laisser faire et d’une indifférence vis-à-vis des jeunes générations, que d’une réelle certitude. De plus, à force de dire que « nous sommes tous[tes] sur le même bateau », nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place.
Les efforts individuels – trier ses déchets, réduire sa consommation de protéines animales, se déplacer à pied, à vélo ou en transports en commun lorsque c’est possible, acheter de seconde main, privilégier le bio et le local, diminuer sa consommation d’énergie – ne suffisent guère.
Ils restent limités si nous recyclons moins que nous ne produisons d’emballages, si les produits carnés continuent de remplir les supermarchés sans révéler la souffrance animale qui se cache derrière, si les villes ne sont pas pensées pour les alternatives à la voiture individuelle, ou si les banques et les fournisseurs d’énergie recourent aux énergies fossiles ou les financent.
On peut se dire alors que « les actions individuelles n’ont pas de sens », qu’elles ne seront jamais suffisantes, car l’humain – et, par extension, les sociétés humaines – sont égoïstes par « nature ». Or, cette affirmation relève davantage d’un biais ethnocentré que d’un constat biologique : elle projette sur l’ensemble de l’humanité des représentations propres à certaines sociétés contemporaines. Au-delà d’être scientifiquement infondée, elle nourrit le pessimisme et l’inaction, précisément parce qu’on choisit d’y croire.
Certes, les actions individuelles sont insuffisantes et ne susciteront que de la frustration si la société refuse d’accompagner et d’organiser les changements nécessaires à la transition écologique. Cette frustration devient néfaste lorsqu’elle mène au désespoir et à l’abandon des efforts individuels. Elle peut toutefois nourrir le besoin d’agir collectivement, de lutter pour obtenir des changements institutionnels et de dépasser la sphère privée. C’est cette dynamique qui semble la plus favorable à la politisation et au renforcement des luttes sociales et écologistes.
Benjamin Remtoula (Fsociété).
Photo de couverture : Adoption du rapport limitant le réchauffement à 1,5°C, IPCC, 2018 / WikimediaCommons










