Les fruits des arbres situés sur le domaine public sont rarement récoltés, c’est le cas aussi de certains vergers privés. Souvent gaspillée, cette ressource peut pourtant trouver de nombreux débouchés. C’est le constat à l’origine de la création de Tous au verger !, une association qui souhaite faire prendre conscience aux citoyens de la possibilité de se réapproprier les arbres fruitiers. En Bretagne, dans la commune de Vitré et ses environs, les bénévoles de l’association récoltent les fruits pour les transformer et les offrir à des organismes de solidarité. Tous au Verger ! organise aussi diverses actions de sensibilisation pour préserver ce patrimoine végétal.

Pommiers, cerisiers, pruniers ou encore figuiers, l’espace public peut parfois regorger de ressources insoupçonnées. Ces arbres longent les routes de France et d’ailleurs, mais leurs fruits finissent souvent par pourrir sur les trottoirs. Peu d’entre nous osent les cueillir, alors qu’ils sont pourtant loin d’être défendus. La loi est en effet claire, la cueillette des fruits sur le domaine public, comme le ramassage de ceux qui sont tombés sur la voie publique depuis un domaine privé, est tout à fait autorisée. Il est par contre interdit de les vendre, en vertu du principe de l’inaliénabilité du domaine public.

Des cueillettes anti-gaspillage

Rarement traités aux pesticides et bien adaptés aux conditions environnementales locales, ces fruits ont des propriétés nutritives intéressantes doublées d’une empreinte écologique bien meilleure que la plupart des variétés vendues dans les supermarchés. Les laisser pourrir sur le bord de la route relève donc d’un gaspillage regrettable qui se compterait en milliers de tonnes en France. C’est le constat posé par Tous au verger !, une association née en juin 2019 dans la commune de Vitré, en Ille-et-Vilaine. Son objectif : mieux gérer et valoriser les arbres et arbustes fruitiers qui ne sont pas récoltés.

Tant sur le domaine public que sur des terrains privés, de nombreux arbres fruitiers sont délaissés.

Dans un premier temps, l’association s’est concentrée sur les vergers plantés dans les environs, qui appartiennent à la collectivité. C’est ainsi que les bénévoles effectuent une première cuillette de pommes anti-gaspillage de plus de 500 kg, qui ont ensuite été pressées pour en faire du jus. Mais des propriétaires privés de vergers délaissés de la région ont rapidement contacté l’association pour les aider à valoriser ces ressources précieuses.

Une production distribuée à des associations

En septembre 2020, une dizaine de bénévoles de Tous au verger ! ont ramassé à eux-seuls pas moins de 1,3 tonne de pommes sur un terrain privé, transformées en près de 1000 litres de jus de pomme. La production a été offerte à une épicerie solidaire ainsi qu’à d’autres organismes. Plus récemment, début décembre, l’association a été contactée par le directeur d’un golf pour récolter les nombreux kakis qui poussent sur le domaine. Transformés en confiture, les fruits ont été offerts à différents organismes comme les restos du cœur et la banque alimentaire. Un travail désintéressé qui fait chaud au cœur en ces temps d’austérité. Pour cause, selon le Secours catholique, la France aurait franchi la barre symbolique des dix millions de pauvres en 2020 !

Les 30 bénévoles de l’association ont déjà réalisé de nombreuses récoltes pour valoriser les arbres fruitiers délaissés.

Les porte-paroles de Tous au Verger ! encouragent ainsi tous les propriétaires d’arbres fruitiers qui ne ramassent pas l’intégralité de leurs récoltes pour une raison ou une autre, à se manifester auprès de l’association. « N’hésitez pas à contacter l’association par téléphone ou par mail. On se chargera de la collecte et de la redistribution auprès de divers partenaires » déclarent Olivier Allain et Benoît Brault, à l’origine de l’association auprès de Ouest France. Ils précisent que l’association propose la « restitution d’une partie au propriétaire s’il le souhaite ».

Préserver ce patrimoine végétal

Parallèlement à la collecte des fruits et à la distribution, l’association souhaite préserver ce patrimoine végétal local par divers moyens, comme un inventaire et une cartographie des vergers et des différentes variétés présentes dans l’espace public. Tous au Verger ! espère ainsi contribuer à la sauvegarde de ces variétés locales (jaune de Vitré, pomme amour, etc.). Les 30 adhérents que compte l’association aujourd’hui organisent également des activités conviviales faisant des vergers des lieux d’échange, qui pourraient permettre de préserver et de partager des savoir-faire liés aux arbres fruitiers, comme la taille, le greffage et la transformation. Ces techniques font aussi l’objet de formations mises en place par Tous au verger !.

Des actions de lutte contre le gaspillage sont par ailleurs prévues, tout comme des campagnes de sensibilisation aux enjeux de l’environnement et de l’accès pour tous à une alimentation saine. Un partenariat avec la ville de Vitré a été conclu, qui consiste pour l’association à gérer les 3 vergers communaux et à favoriser la plantation de fruitiers sur le territoire, au cœur des lotissements et des cités. Une idée qui n’est pas sans rappeler les Guérilla Greffeurs, un mouvement né en Californie qui aspire à augmenter la production de fruits en milieu urbain. Les activistes, toujours plus nombreux aux Etats-Unis mais également en Europe, greffent secrètement des branches fruitières sur des arbres de ville qui ne produisent pas de fruits. Contrairement à une croyance répandue, l’espace urbain est propice à la production de fruits sains car les lieux sont préservés des épandages importants de pesticides qui inondent nos campagnes et contaminent les terres.

Les fruits récoltés par l’association sont transformés puis distribués à des organismes solidaires.

Pour sa part, Tous au verger ! souhaite se développer au-delà de sa commune d’origine. Au-delà du partenariat avec les autorités municipales, d’autres collaborations sont envisagées, notamment avec des établissements d’insertion qui pourraient participer aux cueillettes. L’association a besoin de tout le soutien nécessaire, pour acquérir du matériel de greffage, de ramassage et de transformation, mais aussi pour créer des relais et faire rayonner ce modèle qui vise à permettre aux citoyens de se réapproprier l’espace public comme un lieu qui peut fournir des aliments sains et gratuits aux citoyens.

Raphaël D.

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