« Après moi le déluge » : un artiste dissimule 13 œuvres dans le domaine skiable de Courchevel

Depuis quelques semaines, l’artiste de rue Nicogermain affiche de manière sauvage 13 pochoirs au cœur du domaine skiable de Courchevel, considéré comme le plus « huppé » de France. Des œuvres qui, pour ceux qui savent regarder au delà de l’unité, livrent un message assumé. Via ces créations originales, il espère sensibiliser les curieux aux questions environnementales les plus urgentes.

« Urgences » : c’est le nom de cette série de 13 panneaux de Nicogermain, d’abord exposées à la fin de l’année passée à la Condition publique à Roubaix (Urgence#1), avant de trouver une seconde vie aux abords des pistes de Courchevel. Le projet est mené en collaboration avec Stéphane Chatry d’Artivism Contemporary Art, une association qui fédère des artistes engagés. Chacune des affiches détourne des messages publicitaires ou politiques afin d’encourager une réflexion sur l’ambivalence de notre inaction face au changement climatique. En plein milieu d’une station de ski – une activité particulièrement touchée par les conséquences de la hausse des températures – son œuvre d’art est confrontée de manière immédiate aux effets du changement climatique.

Crédit image : Nicogermain
Crédit image : Nicogermain

« Il faut arrêter de dire qu’on protège l’environnement, alors qu’on fait exactement l’inverse »

C’est un « travail au long cours », nous explique l’artiste à propos de sa nouvelle installation. « À Courchevel, pour marquer les esprits, j’ai sélectionné des pancartes sur le thème des urgences écologiques et environnementales », précise-t-il. Tous les pochoirs ont été peints sur du bois et dispersés aux quatre coins de la station, à proximité des logements ainsi qu’au bord des pistes. Elles traitent d’environnement, de condition humaine, de consumérisme, ainsi que de marketing. L’artiste se dit marqué par le changement climatique. « J’ai toujours habité à la campagne, à proximité de la montagne. On parlait déjà de fonte des glaciers dans les années 1990 ; dans les Alpes, ce recul se voyait déjà », se souvient-il.

Pour expliquer sa démarche, l’artiste né en 1973 évoque sa volonté de surprendre. « Je mets une image gratuite là où on ne l’attend pas. C’est une bouteille à la mer, je ne veux pas savoir ce qui arrivera de la pancarte ». Nicogermain espère ainsi que ses œuvres  puissent participer à faire prendre conscience, là où circulent nombre de touristes, des bouleversements globaux engendrés par les activités humaines. « On voulait marteler le message et faire passer le message ailleurs que dans une exposition classique en intérieur », ajoute l’artiste de rue.

Pourquoi exposer dans l’espace public de Courchevel ? « C’est la station la plus huppée de France, on est sur les terres des plus grandes fortunes. La pancarte « Après-moi le déluge » est placardée à une centaine de mètres de l’emblématique hôtel Cheval blanc » de Courchevelle », plaisante Nico Germain pour répondre à cette question. « C’est un peu une provocation, mais l’idée de départ est plutôt de confronter une société de loisir insouciante des problèmes auxquels on fait face à une vérité un peu plus dérangeante ».

Crédit image : Nicogermain
Crédit image : Nicogermain

La fin du ski dans quelques décennies ?

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L’action symbolique n’est pas sans rappeler la menace que fait peser le changement climatique sur les stations de ski dont les revenus dépendent essentiellement des activités touristiques. Si les domaines de haute altitude sont relativement épargnés jusqu’à présent, les problématiques posées par le défaut d’enneigement interrogent de manière de plus en plus pressante de nombreuses stations, obligées de réfléchir à leur avenir. Paradoxe, certaines d’entre elles vont opter pour des solutions encore plus polluantes, rajoutant du problème à la problématique. Alors que le recours aux canons à neige est de plus en plus fréquent, certaines communes envisagent de faire construire des pistes en intérieur, comme à Tignes, en Savoie. Des solutions très énergivores ! Selon Météo France, « à l’horizon 2080 et avec le scénario le plus pessimiste, les simulations prédisent une baisse de la durée de l’enneigement sur les Alpes de 60 à 85 % selon les massifs (les massifs du nord des Alpes étant les moins affectés) à basse altitude et de 40 à 75 % à moyenne altitude ».

Pour suivre Nicogermain, sa page Instagram ou Facebook.

Crédit image : Nicogermain

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