Cette solidarité qui s’organise partout en France avec humilité et discrétion

Dans la web-série indépendante « Carnets de solidarité », la réalisatrice Julia Montfort nous emmène à la rencontre de familles françaises qui ont fait le choix d’accueillir chez elles des personnes exilées ou en situation de précarité. Une décision qui peut sembler risquée pour beaucoup. Mais une fois les peurs et aprioris tombés, l’expérience se transforme en une belle aventure humaine. Découverte du premier épisode.

« Un jour de juin, l’année dernière, j’ai ouvert ma porte à l’inconnu. Abdelhaq ne savait rien de nous, nous ne savions presque rien de lui. C’est le point de départ de mes réflexions sur les freins et les ressorts de la solidarité », écrit Julia Montfort en introduction de la toute jeune série-web « Carnets de solidarité ». Elle y raconte, après avoir elle-même accueilli Abdelhaq, un jeune réfugié tchadien, comment la solidarité s’organise partout en France, souvent avec beaucoup d’humilité et de discrétion.

Crédit image : Julia Montfort

« C’est une expérience bouleversante »

Pour Julia Montfort et son mari, tout commence par une simple annonce Facebook sur laquelle la réalisatrice tombe un peu par hasard : la directrice de « Thot » (une école diplômante de Français pour les réfugiés et les demandeurs d’asile) recherche d’urgence des familles pouvant héberger deux jeunes hommes. Julia Montfort et son mari décident de se porter volontaires et, 24 heures plus tard, Abdelhaq se trouve sur le pas de leur porte. « Il n’y avait rien d’évident à accueillir un inconnu sous mon toit », se souvient la documentariste avec sincérité.

Abdelhaq, un jeune tchadien âgé de 22 ans, vient alors de voir sa première demande d’asile rejetée. « Il a tout quitté. Lorsqu’il est arrivé, il n’avait pas parlé à sa mère depuis 5 ans et il était dans une grande détresse psychologique », précise Julia Montfort. La réalisatrice de 36 ans, qui a participé à plusieurs enquêtes, notamment dans des mines d’or au Burkina Fasso, a déjà été confrontée à plusieurs reprises à des situations comparables. Mais en s’impliquant personnellement, elle fait tomber la distance qui la séparait jusqu’alors du tragique de ces situations.

Crédit image : Julia Montfort

Chaque personne exilée a un parcours unique

La web-série de Julia Montfort est une invitation à reconsidérer la manière dont la politique s’est saisie de la question des réfugiés jusqu’à présent. Elle questionne l’ « imaginaire que nous nous sommes parfois forgé autour de la figure de l’étranger. » La réalisatrice, indignée par la voie prise par la France, estime que « le gouvernement tergiverse sur le sort d’une centaine de migrants recueillis sur un bateau, alors que ce qui s’annonce – 250 millions de réfugiés à l’horizon 2050* selon l’ONU – mérite une véritable réflexion ». Par ailleurs, regrette-t-elle, « aujourd’hui, ceux qui font le plus de bruit, ce sont les identitaires ». « La France qui agit est plus discrète, silencieuse. Les gens qui s’engagent craignent les poursuites judiciaires », d’où son envie de regarder du côté des « citoyens qui ont un coup d’avance et agissent, ceux qui font la solidarité de demain ».

Mais pour Julia Montfort, c’est également l’occasion de rendre hommage aux femmes, aux hommes et enfants qui parcourent des milliers de kilomètres pour fuir les persécutions, les catastrophes naturelles, les guerres et les crises économiques. Selon elle, il faut rappeler à chacun que ces personnes, souvent indifférenciées sous la désignation de « réfugiées », sont avant tout des êtres humains aux parcours tous différents et qui avaient une vie avant d’arriver en Europe. Ce sont des personnes en situation de précarité qui ont besoin de soutien moral, matériel et d’une plus grande reconnaissance des défis qu’elles traversent.

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Résumé du premier épisode : « Ce premier épisode est un carnet de bord. Julia Montfort raconte le chemin exaltant et parfois complexe qu’est la rencontre de l’autre. Pendant près de deux ans, elle a filmé des fragments de son quotidien d’hébergeuse solidaire. Avec son mari Cédric, elle a agi contre la loi jusqu’à ce que le « délit de solidarité » soit en partie assoupli à l’été 2018. Cet épisode, c’est aussi une voix que la journaliste et réalisatrice souhaite porter. Celle d’Abdelhaq demandeur de refuge tchadien qui a bravé tous les dangers pour survivre et se heurte aujourd’hui à la pulsion de murs qui gagne l’Europe. »

Les épisodes de la série sont publiés à raison d’un épisode toutes les cinq semaines environ. Toutes les informations sont disponibles sur la page Facebook « Carnets de solidarité ». Pour soutenir Julia Montfort dans sa démarche, rendez-vous sur sa page tipeee.

Crédit image : Julia Montfort

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