À 29 ans, Pauline Plaçais, petite-fille d’agriculteurs, a décidé de se lancer dans un voyage de deux mois à travers des fermes biologiques françaises. L’objectif ? Démontrer que l’agriculture biologique est très présente et variée sur le territoire français. Et qu’elle incarne un avenir durable et fiable.

[ Temps de lecture estimé : ~ 7min ]

Engagée dans le programme Sport Planète de la MAIF, Pauline Plaçais a créé Des graines pour demain : un périple à vélo et en parapente qui la mène de ferme en ferme, dans une démarche de partage, d’apprentissage et de transmission.

Avec cinq autres éco-aventuriers suivis par Sport Planète, Pauline incarne une génération en quête de sens et d’engagement. Durant son tour de France, la jeune femme part à la rencontre de celles et ceux qui font vivre l’agriculture biologique et paysanne, et qui se font un plaisir de partager leurs connaissances. Nous l’avons interrogée alors qu’elle entamait son aventure.

Pauline s'est lancée dans une aventure de deux mois, de ferme en ferme ©Pauline Plaçais
Pauline s’est lancée dans une aventure de deux mois, de ferme en ferme © Pauline Plaçais

Mr Mondialisation : Pouvez-vous nous raconter votre parcours, avant de vous lancer dans ce projet ?

Pauline Plaçais : « Je possède un Master de Management en solidarité internationale, que j’ai passé dans le but de travailler au sein d’ONG. J’ai notamment effectué des stages au Cambodge, puis en Côte d’Ivoire, où j’ai travaillé sur la coordination de structures dans des projets liés aux droits des femmes. De retour en France, je me suis investie dans l’éducation populaire et l’impact écologique qui y est lié. J’ai travaillé dans une association d’éducation populaire en Pays de la Loire et en Normandie pendant deux ans et demi. L’an dernier, j’ai décidé de partir car j’avais besoin de faire une pause et de ralentir… » 

Mr Mondialisation : Pour mieux entamer cette nouvelle aventure ?

Pauline Plaçais : « Oui, je voulais trouver le moyen d’être plus impactante sur la question du changement climatique, que ce soit dans ma vie personnelle comme professionnelle. J’ai fait du bénévolat, du Wwoofing… Puis j’ai entendu parler du programme Sport Planète, qui m’a paru adapté à mes envies. J’avais des choses à dire et à transmettre, le besoin de sensibiliser – chose que je faisais déjà avec mon entourage proche, mais je voulais aller plus loin, notamment à travers le sujet de l’agriculture. 

Mes grands-parents, oncles et tantes sont agriculteurs. Mon père, paysagiste, m’a faite grandir au milieu de cinq hectares de champs, entourée d’oies, de moutons… Je suis donc issue de ce milieu, mais en réalité, je n’y connais pas grand-chose ! Alors, j’ai réalisé que si moi-même je n’y connaissais rien, que dire de la majorité des Français  ? Le sujet de l’agriculture prend de plus en plus de place, mais sans qu’on n’en comprenne forcément les enjeux. Je pense donc qu’il est important d’en parler, d’expliquer ce qu’il se passe, notamment autour du bio. » 

Mr Mondialisation : Quelle réflexion portez-vous sur l’agriculture biologique en France ?

Pauline Plaçais : « Le bio est en expansion : les chiffres de l’Agence Bio montrent que sa consommation augmente. Mais c’est une agriculture qui reste marginalisée. Elle concerne surtout de petites fermes, et c’est un engagement parfois difficile à tenir car il existe beaucoup de contraintes. Rien que l’installation peut durer jusqu’à trois ans… L’agriculture biologique comprend également beaucoup d’enjeux, notamment sociétaux : elle n’est en effet pas toujours bien perçue, reste encore en marge de la société, et est souvent mal relayée au niveau médiatique.

« Le conventionnel et l’agriculture intensive sont entrés dans un engrenage vicieux dû aux pesticides. » 

Elle produit également des denrées plus chères pour les consommateurs, donc n’est malheureusement pas encore accessible à tous. Enfin, les petites fermes dépendent énormément des aléas climatiques, avec des conditions et des cultures plus fragiles qu’en conventionnel. Mais elle est nécessaire pour la santé humaine, et celle de la Terre ! Sans augmentation de l’agriculture biologique, nous savons que la biodiversité va finir par s’effondrer. Le conventionnel et l’agriculture intensive sont entrés dans un engrenage vicieux dû aux pesticides : les sols sont désormais trop pauvres pour donner de bonnes récoltes, alors on ajoute des produits dessus… Jusqu’au jour où ça ne suffira plus, et au détriment de la santé de tous. » 

Mr Mondialisation : Vous avez choisi de visiter des fermes par le biais du Wwoofing, qui consiste à apporter son aide aux agriculteurs, autour d’une relation basée sur l’entraide, la découverte et l’échange. Pourquoi ce choix ?

Pauline Plaçais : « J’en avais entendu parler depuis longtemps, mais avec un imaginaire différent. Quand on parle Wwoofing, on pense tout de suite à l’Australie ou à la Nouvelle-Zélande… L’image d’un voyage lointain me semblait lui coller à la peau.

Mais, quand je travaillais au Mans, j’ai profité d’un weekend prolongé pour essayer de me rendre utile : je me suis alors renseignée sur ce qui se faisait en France en matière de Wwoofing. J’ai alors réalisé qu’il y avait énormément de fermes participantes, même à côté de chez moi ! J’ai trouvé une ferme qui travaillait en permaculture, accessible en train et en vélo car je n’avais pas de voiture. Et j’ai adoré ! J’y suis retournée régulièrement, on est même devenus amis. Symboliquement, c’est la ferme sur laquelle je termine mon voyage : La Grande Raisandière.

Le Wwoofing est souvent perçu comme un moyen de partir en vacances pour pas cher… Mais c’est avant tout un engagement ! Je tenais à en parler car ce sont des expériences de vie très chouettes : je veux donner aux gens l’envie de s’investir et s’engager, d’être dans une démarche de don et de partage plutôt que de consommation… » 

Pauline se déplace de ferme en ferme sur son vélo, équipé pour parcourir des centaines de kilomètres ©Pauline Plaçais
Pauline se déplace de ferme en ferme sur son vélo, équipé pour parcourir des centaines de kilomètres © Pauline Plaçais

Mr Mondialisation : Sur quels critères avez-vous sélectionné les fermes visitées ?

Pauline Plaçais : « J’ai commencé en Ariège, car on y trouve beaucoup de fermes bio et proches de la nature, et je finirai dans la Sarthe. Je voulais trouver des méthodes d’agricultures variées pour mettre en avant tout le panel de fermes présent en France, et avec des profils très différents. Il y a des enfants d’agriculteurs, d’anciens Wwoofers qui ont monté leur ferme, des ingénieurs qui ont tout plaqué pour se lancer dans l’agriculture… La diversité de profils montre que les choses bougent, et qu’on peut faire partie de ce milieu même sans être issu. »

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« Je crois à la force du collectif : c’est ensemble que nous ferons évoluer la société. » 

Mr Mondialisation : Qu’espérez-vous de ce parcours de deux mois ? À court comme plus long terme ?

Pauline Plaçais : « J’espère avant tout emmener le plus de gens possibles avec moi. Sur chaque ferme, une ou deux personnes m’accompagnent. Elles sont issues du cercle proche, de mes amis, du réseau Wwoof France, ou encore des personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux. Je crois à la force du collectif : c’est ensemble que nous ferons évoluer la société. J’essaie donc d’encourager à faire du vélo, à aller travailler dans une ferme… En somme, j’ai envie de prendre les gens qui le souhaitent par la main, pour qu’ils prennent ensuite la relève, à leur tour. Mon objectif, c’est avant tout une forte envie de découvrir et d’apprendre. »

Mr Mondialisation : Vous sillonnez la France à vélo, mais également… en parapente !

Pauline Plaçais : « Oui, mon départ s’est fait en parapente en Ariège, depuis le Prat d’Albi : j’y voyais la symbolique du saut, du fait de prendre son envol, de se lancer dans un nouveau projet, et de se délester de ses préjugés et de ses peurs. Le parapente est aussi un moyen de prendre de la hauteur sur les choses, de voir nature depuis le ciel. Il participe à l’émerveillement, qui est une source de protection de la biodiversité, car on protège ce que l’on aime… »

Le départ de Pauline s'est fait depuis Albi, en parapente ©Pauline Plaçais
Le départ de Pauline s’est fait depuis Albi, en parapente © Pauline Plaçais

Mr Mondialisation : Quels sont vos projets pour la suite ?

Pauline Plaçais : « Il n’y a rien de figé pour l’instant, car je ne sais pas ce que peut me réserver cette aventure. Je ne pars pas en tant qu’experte : je suis là pour apprendre. Je n’ai donc pas de plan pour la suite, j’attends de voir ce que la vie me réserve ! » 

Quelques mots de Cécile Paturel, chargée de développement chez Wwoof France

Mr Mondialisation : Depuis quand l’association Wwoof France existe-t-elle ?

Cécile Paturel : « Nous allons fêter nos vingt ans en 2027 ! Le livret de nos débuts est devenu un site web… Le but est de notre structure est de créer une logique d’entraide, sans tomber dans la dérive et en évitant le laïus « gîte et couvert contre du travail ». « Apprendre en aidant les fermes bio et paysannes », voilà notre credo : aider et se sentir utile pendant son temps libre, autour d’une agriculture dont on défend les valeurs. 

Wwoof France aujourd’hui, ce sont environ 18 000 adhérents, pour 1 800 fermes. 70% des adhérent.es sont Français.es et font du Wwoofing en France : un fait qui va à l’encontre des croyances ! Nous avons également un certain nombre d’adhérents belges et allemands. Au total, nous avons 60% de femmes, pour une tranche d’âge qui tourne majoritairement autour de 25-35 ans. » 

« le Wwoofing correspond trop souvent, dans l’imaginaire collectif, à la définition de gîte et couvert contre hébergement. » 

Mr Mondialisation : Wwoof France assure donc un cadre à l’aventure du Wwoofing…

Cécile Paturel : « Oui, car le Wwoofing correspond trop souvent, dans l’imaginaire collectif, à la définition de gîte et couvert contre hébergement. En somme, des vacances pas chères, avec une vision utilitariste et touristique difficile à gérer.

Sauf que les hôtes ne sont pas juste des hébergeurs ! Lorsque l’on s’engage dans le Wwoofing, on vient aider, découvrir un travail, partager des valeurs. Il y a une vraie démarche de réciprocité. Notre charte a évolué au fil du temps : les Wwoofers ne peuvent être plus de deux en même temps, ne travaillent jamais seuls, les besoins des fermes doivent être ponctuels etc. Il y a toujours eu des gens qui travaillent dans des fermes… Alors, autant encadrer et réguler ce type de travail – et alerter quand il y a des abus. » 

La jeune aventurière Pauline Plaçais, adepte du Wwoofing ©Pauline Plaçais
La jeune aventurière Pauline Plaçais, adepte du Wwoofing © Pauline Plaçais

Mr Mondialisation : Comment la sélection des fermes se fait-elle ? 

Cécile Paturel : « Les fermes concernées sont souvent de petites entreprises agricoles, dans lesquelles vivent les agriculteurs. Le point commun entre toutes est que ce soient des lieux à vocation alimentaire. Ces « fermes » peuvent donc aussi concerner des particuliers, des associations, des habitats partagés, etc. La base est de respecter une agriculture biologique et paysanne, en vivant sur place et consommant ce qui y est produit.

Ce sont elles qui nous contactent. Après avoir rempli un petit dossier, nous faisons un premier tri. Un certain nombre est refusé. Celles qui sont sélectionnées sont contactées, souvent visitées avant ou après par notre réseau de bénévoles… Si le contact se passe bien et que les règles de l’association leur conviennent, leur candidature est approuvée.

Nous sommes six salariés qui travaillons à temps plein, joignables facilement, tenant une permanence téléphonique en cas de problème… très peu de choses peuvent passer sous les radars ! » 

– Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : © Pauline Plaçais

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