La pérennisation dans le temps des projets à caractère environnemental est l’un des principaux défis que rencontrent les acteurs de la transition. Au « Bois du Barde » éco-domaine se trouvant dans les Côtes d’Armor en Bretagne, on tente de répondre à la problématique avec une bonne dose de pragmatisme mêlée à l’envie de proposer de nouvelles solutions à l’échelle locale. Ici, le caractère hybride du projet et l’implication de différents acteurs ont été identifiés comme des éléments pouvant accroître la résilience du projet. Se côtoient ainsi sur une ferme bio arboricole, des yourtes pour un accueil touristique, une association de sensibilisation à l’environnement indépendante et une ferme équestre…

Pour Anne-Laure Nicolas, 40 ans, Le Bois du Barde situé à Mellionnec, est en quelque sorte le rêve d’une vie qui a commencé à se concrétiser il y a un peu plus de 5 ans. Après avoir rencontré son compagnon, Gilles Nicolas, qui disposait de plusieurs hectares de terrains agricoles en Bretagne, elle s’est lancée avec lui dans le développement d’un lieu écologique hybride, dont le principal objet serait la préservation d’un espace naturel tout en créant une activité économique locale. Depuis 2011, elle dispose du statut d’exploitante agricole et participe à ce titre à la production de pommes et de sève de bouleau, tout en accueillant des visiteurs dans des yourtes. Anne-Laure Nicolas ne perd que rarement le nord : si elle et son compagnon affichent aujourd’hui leur volonté de « vivre à leur rythme », ils sont également persuadés que les réalités économiques ne peuvent pas être occultées pour l’ensemble puisse perdurer. Un défi pour de nombreux « eco-projets » de ce type.

Crédit photo : Le Bois du Barde

La mixité comme facteur de réussite

Aujourd’hui, au Bois du barde, on produit 1500 litres de sève de bouleau et 90 tonnes de pommes acides par an, le tout en biologique. D’autres part, chaque année, plusieurs centaines de personnes profitent de cet espace exceptionnel en passant une ou plusieurs nuits dans les yourtes. L’éducation est également au centre du projet, avec l’accueil de divers groupes scolaires. Au passage, la culture bretonne s’en trouve valorisée.

Si Le Bois du Barde est construit autour de plusieurs facettes connexes, c’est qu’Anne-Laure Nicolas est convaincue que la production écologique doit être accompagnée d’actions de sensibilisation à l’attention des acteurs du territoire et des citoyen.ne.s. « Les gens doivent être conscients de ce qu’ils mangent et comment c’est produit » affirme-t-elle. Mais d’après elle, ce caractère hybride présente également de nombreux avantages, notamment parce que chaque projet améliore le fonctionnement des autres.

Mais pour Anne-Laure Nicolas, il s’agit déjà de réfléchir à l’après. Qu’adviendra t-il du domaine lorsqu’elle et son compagnon n’auront plus l’âge pour entretenir de si vastes espaces ? Pour elle, penser dans le temps la protection « de ces 15 hectares passés en bio » qui valorisent le territoire est une évident puisque « trop de projets alternatifs ont du mal à perdurer car la transmission na pas été pensée ». Bien consciente de la problématique, elle ne souhaite pas attendre qu’il soit trop tard pour trouver une solution satisfaisante.

Crédit photo : Le Bois du Barde

À la recherche d’une assise juridique et de nouveaux collaborateurs

Aujourd’hui c’est en continuant à mutualiser les besoins de chaque structure et en travaillant dans un projet commun que la réponse doit être trouvée. Certains outils juridiques pourraient consolider le modèle, mais aussi alléger les charges importantes que sont celles d’Anne-Laure et Gilles Nicolas. C’est ainsi que les diverses activités sont désormais encadrée en tant que Pôle territorial de coopération économique, un statut qui prend compte des différents projets en place.

Mais l’objectif est également de trouver de nouveaux partenaires. En se transformant en Société Civile Immobilière (SCI), Anne-Laure Nicolas espère renforcer l’implication des différents acteurs locaux, mais également « faciliter la transmission » de l’existant. Ainsi, d’autres projets sont désormais invités à prendre des parts au sein de la SCI qui est également « ouverte à tous les citoyen.ne.s qui souhaitent soutenir et à toutes celles et ceux qui veulent devenir un acteur des terres agricoles de demain ». Dans ce cadre, la SCI permet de conserver un esprit démocratique, puisque qu’il est régit selon le modèle une personne = une voix, ce qui empêche que ceux qui détiennent le plus de parts s’arrogent le droit de décision.

Les nouveaux collaborateurs viendraient se greffer sur l’existant. Il s’agirait d’une part de proposer un projet autour de la ferme équestre, d’autre part de développer les activités de transformation et de ventes des fruits bio. L’un des points essentiels, insiste Anne-Laure Nicolas, qui souhaite conserver une cohérence globale, c’est que les projets proposés puissent s’articuler logiquement et que les porteurs de projet soient familiers des méthodes de décision et de discussion déjà adoptés par les acteurs en place, c’est à dire « la communication non-violente et la sociocratie ». Selon elle, ces techniques facilitent la prise de décision tout en prenant en compte les besoins de chacun. Car la pérennité de tout projet dépend surtout de la cohésion des personnes qui s’y impliquent.

Crédit photo : Le Bois du Barde

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Sources : leboisdubarde.fr