Judith, 30 ans, a la pêche ! Elle qui s’est convertie il y a quelques mois à peine à l’agriculture sur petite surface en permaculture, après une carrière de musicienne, ne voit que le bon côté de son nouveau choix de vie. Malgré les regards obliques de certains de ses voisins, les coûts de l’installation et les difficultés à rentabiliser l’activité dans les premiers mois, elle ne regrette pas sa décision, au contraire. Tout comme elle, les jeunes sont de plus en plus nombreux à se tourner à nouveau vers des métiers plus manuels, et à vouloir mettre les mains dans la terre. Rencontre inspirante.

Comparée aux autres exploitations, La ferme de Prétuilière, dont Judith est la seule exploitante, ressemble à un timbre poste. Pourtant, la « néo-paysanne » veut y croire fermement : à La Celle, dans le Var, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et sur moins d’un hectare, il serait possible d’avoir une activité agricole rentable, du moins si on se libère du productivisme agricole et des méthodes dépendantes de la pétro-chimie. Par conviction et par défi, elle a voulu le montrer, tout en restant en cohérence avec ses convictions

Crédit photo : Amandine Serrière

« Mais que mange t-on ? »

L’histoire de Judith ressemble à celle de nombreux autres jeunes gens ayant progressivement choisi de revenir à la terre, après un long questionnement à propos du sens de leur vie. Judith elle même avait des grands-parents qui exploitaient une petite surface, mais éduquée par ses parents, elle n’a que très peu côtoyé cette réalité. Néanmoins, elle avait développé une sensibilité pour la nature dans sa jeunesse, puisqu’elle a essentiellement vécu dans des petits villages français, mais aussi en Afrique, pour poursuivre une partie de sa formation musicale. Elle a ainsi pu observer les problématiques alimentaires de près.

Le premier déclic lui est venu dans les mois après la naissance de sa fille, il y a 4 ans. Alors âgée de 26 ans, elle s’inquiète avec son compagnon « de ne pas réellement savoir ce qu’elle donne à manger à son enfant ». Le second déclic a eu lieu quelques mois plus tard, alors qu’elle travaillait dans une épicerie associative bio et « constate les difficultés à se fournir chez des producteurs biologiques locaux ». L’offre permettait difficilement de répondre à la demande, se souvient-elle… C’est alors qu’elle commence à envisager de manière sérieuse d’embrasser le métier de maraîchère.

Judith se lance après seulement quelques formations

Depuis 2015, Judith a enchaîné les formations indépendantes portant sur le « micro-maîchage » ou encore « l’aggro-foresterie ». En revanche, elle n’a pas souhaité obtenir un Brevet professionnel Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA), ni la Dotation Jeune Agriculture (DJA) qui peut se révéler être « un gouffre administratif ». Dans le même temps, elle commence à chercher une terre, pour lancer ses activités. Dans la Var, trouver un terrain agricole n’est pas une mince affaire, alors que la pression sur le foncier est importante. La solution provisoire, mais pas entièrement satisfaisante, est de louer un terrain auprès de la commune dans laquelle elle réside.

Fruit de ce travail, les premières pousses ont surgit en avril 2017 et avec elles, quelques mois plus tard, tomates, aubergines, salades, oignons… Contrairement à d’autres, Judith n’a pas rencontré de grandes difficultés à se faire une clientèle, s’appuyant sur le réseau de distribution qu’elle avait initié avant son installation, Cabaslocos, et au sein duquel elle s’est associée avec d’autres petits agriculteurs locaux. Ce réseau, explique-elle, « permet de rapprocher producteurs et consommateurs tout en créant du lien ». Selon elle, c’est un moyen « de soutenir les plus petites structures », alors qu’elle observe également que « beaucoup de femmes isolées se lancent ». Cabaslocos est l’occasion de partager les problématiques et « de se donner des coups de main entre collègues ».

Crédit photo : Amandine Serrière
Crédit photo : Amandine Serrière

Avec une surface exploitée de moins d’un hectare, Judith est pourtant un peu un ovni dans le milieu : les agriculteurs conventionnels la regardent avec scepticisme et même pour ceux qui sont en bio, la démarche est plutôt atypique. Parfois, elle doit également faire face à l’incompréhension concernant ses pratiques, comme pour le « paillage », qui lui permet pourtant de préserver les sols et de faire des économies importantes en eau.

À peine 6 mois après son lancement, il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions. D’autant que Judith doit faire face aux nombreux investissement matériels, qu’elle compte affronter en lançant un crowdfunding. Pour elle, pourtant, les « micro-fermes font partie de l’avenir » pour garantir la résilience alimentaire des territoires, et de plus en plus de personnes s’en rendent compte. Ainsi, « elle observe une prise de conscience parmi les citoyen.nes, qui se tournent vers des produits écologiques, et réalisent qu’il faut soutenir les petits producteurs locaux ». Car, rappelons-le, les initiatives écologiques de ce type n’existent que par la demande croissante des consomm’acteurs en produits saints et locaux.


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Sources : facebook.com / blubees.fr